Depuis 1933, seuls deux Présidents américains n’ont pas été réélus pour un deuxième mandat : Jimmy Carter en 1981 et George H. W. Bush en 1993. Il convient alors de s’interroger sur cette pratique du deuxième mandat. Il ne s’agit pas en soi d’une nouvelle élection neutre mais bien d’un référendum pour ou contre le Président sortant. "Les Présidents ont vocation à être réélus", affirme Stephen Hess. "Si le Président n’est pas réélu, c’est parce qu’il est considéré comme un 'failed President' " ajoute-t-il  .

Souhaitez-vous que je continue à être votre Président ?

Le peuple américain a un droit de regard sur le mandat écoulé : il peut dire oui, il peut dire non. Jimmy Carter se présente devant le peuple en 1981. Le peuple lui rétorque : "non, vous nous avez humiliés." On se souviendra de la crise diplomatique au Nicaragua, de la crise iranienne des otages ou de l’invasion par l’URSS de l’Afghanistan. Le mandat de Jimmy Carter voit également l’inflation, les prix des carburants et le chômage s’envoler. Le peuple ajoutera : "non, vous nous avez ruinés." 
Bush père sera confronté à la même épreuve. "Non, vous nous avez ignorés." Fort de ses succès internationaux (effondrement de l’URSS, libération du Koweït), le Président délaisse son peuple. L’économie connaît une récession accompagnée d’un fort chômage. Les Américains ne se sentent plus en sécurité, des émeutes raciales éclatent à Los Angeles. "Non, vous nous avez menti." Le Président manque à sa promesse de ne pas augmenter les impôts ; il sera sanctionné. Lyndon B. Johnson s’est auto-considéré comme un "failed President". Grandement impopulaire du fait de l’offensive du Têt et de la guerre au Vietnam, il renoncera à se présentera pour un deuxième mandat, en 1968.

Obama a-t-il le droit de prétendre à un deuxième mandat ?

"Jamais un Président de la République n’a été réélu avec un taux de chômage supérieur à 7, 2 %", affirme Vincent Michelot, co-auteur du Bilan Obama. Avec 15 millions de chômeurs, soit 8,3% de la population active, le chômage sera un facteur déterminant de la prochaine élection au même titre que la crainte de l’immobilisme. Comment reconquérir le Congrès et dépasser le discours néoconservateur ? "Barack Obama a été incapable de vendre aux Américains ce discours sur le rôle d’un État plus interventionniste : il n’a pas su affronter directement les néo-conservateurs sur ce terrain", selon Olivier Richomme, également co-auteur du Bilan Obama.

Outre ces points noirs, l’ère Obama a quelques succès à son actif. Comme le souligne très justement André Kaspi, "Obama a déçu mais il a un bilan". Joe Biden s’en fait le porte-parole : "Ben Laden est mort, et General Motors, lui, est toujours en vie".  L'ennemi public n°1 a été éliminé et les banques et industries automobiles ont été secourues. N’oublions pas non plus la première assurance santé universelle qui pourrait permettre, en 2014, à 30 millions d’Américains de bénéficier d’une couverture sociale à laquelle ils n’avaient pas accès.

"Les Américains ont choisi l’espoir plutôt que la peur", clamait le Président lors de son discours d’investiture. L’homme qui pouvait tout doit se contenter d’un bilan mitigé. Barack Obama se présentera en 2012 contre lui-même et les espoirs qu’il a suscités#nf#

 

A lire sur nonfiction.fr :

Al-Qaïda, cache-misère d'Obama, par David Courbet. 

A lire aussi :

- Interview d'Olivier Richomme, Bilan de Barack Obama : "il a su redorer le blason des Etats-Unis", Terrafemina, le 7 juin 2012.

- Entretien avec Vincent Michelot, Le bilan d'Obama, Bully Pulpit, le 20 juin 2012.

- Interview vidéo d'André Kaspi : "Obama a déçu mais il a un bilan.", le 13 août 2012.

- Dossier Barack Obama, L’Express n°3188, semaine du 8 au 14août, pp.28-38.