"L’heure de faire ses valises ?" El País ne s’embarrasse pas pour qualifier la situation économique et sociale de l’Espagne. La crise semble devoir faire renaître des vieux démons du passé : les Espagnols sont de nouveau des émigrés.

L’INE (Institut national des statistiques) dresse un bilan démographique sans appel de la décennie qui vient de s’écouler. Avec 500 000 départs et seulement 450 000 nouvelles arrivées, sans compter les déplacements au sein de l’espace Schengen, le solde migratoire du pays devient négatif. C’est la première fois depuis les grandes vagues d’émigration des années 1960-1970. Si l’Espagne n’est pas un cas isolé, elle est la première concernée au sein de l’Union européenne (voir graphique Eurostat).

Le chômage est la raison principale qui pousse la population hors d’Espagne. Toujours selon l’INE, 64 % des sans-emploi, peu ou pas qualifiés, souhaitent partir, quelle que soit la destination. Les Espagnols ne sont pas les seules victimes de la crise de l’emploi. De nombreux étrangers – qui avaient cru trouver en l’Espagne l’Eldorado des années 1990 – retournent dans leur pays ou tentent de trouver de nouveaux points de chute européens.

Dans son article du 22 juillet 2012 paru dans El País, Carmen Sánchez-Silva aborde le problème sans détour. Puisque l’éventualité du départ semble s’être imposée, il faut informer les Espagnols sur les possibilités offertes à l’étranger. Du choix de la destination à l’indispensable apprentissage d’autres langues, la journaliste délivre les conseils nécessaires aux futurs émigrants. La proximité  reste la principale clé d’une émigration réussie. Aussi la majorité des Espagnols frappée par le chômage préfère-t-elle atterrir dans un pays de l’Union européenne, l’Allemagne en tête. Les plus vaillants traversent l’Atlantique vers le Canada ou les Etats-Unis, ou s’envolent vers le Pacifique, en Australie.
 
L’Espagne se videra-t-elle de sa jeunesse dans les prochaines années ? La situation est inquiétante, non seulement parce qu’elle symbolise la fin d’une période économique florissante, mais surtout parce qu’elle vient aggraver la stagnation démographique. Alors que le renouvellement de la population espagnole reposait sur l’attractivité de la péninsule    et que la crise s’aggrave, l’avenir démographique de l’Espagne semble bien incertain#nf#


A lire :

- El País, 22 juillet 2012, par Carmen Sánchez-Silva : "¿Hora de hacer las maletas? Un repaso a las oportunidades que hay fuera"
- Le Point, 22 mai 2012, par François Musseau : "Les Espagnols redeviennent des émigrants"