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Politique

De l'utilité politique des Roms

Couverture ouvrage

Etienne Liebig
Michalon , 160 pages

Les Roms ou la politique de la peur
[vendredi 13 juillet 2012]


Les Roms en France ou la construction d’un racisme d’Etat face à l’immigration. 

Une société, pour mieux faire corps, désigne souvent un bouc émissaire. Il porte le visage de l'étranger, de l'Autre, du barbare. Dans son ouvrage De l'utilité politique des Roms, Etienne Liebig s'attache à décortiquer le cas des Roms en France à l'été 2010, gardant à l'esprit cette question : à qui profite cette stigmatisation d'une population sur laquelle sont plaquées de nombreuses peurs, le plus souvent irrationnelles ? 

Les Roms ont beau être citoyens de l’Union Européenne, ils sont pourtant perçus en France comme une population étrangère, marginale et dangereuse, selon le vieil adage "classe laborieuse, classe dangereuse" né au XIXeme siècle. L’installation des Roms en France est érigée dans l’action publique comme un problème majeur, auquel il faudrait apporter un remède. Pourquoi l’attention de l’opinion publique est-elle retenue par ces 10 à 12 000 immigrés, quand l’Etat doit faire face à des problèmes d’une toute autre ampleur ? Dans cet essai sur la perception des Roms en France, Etienne Liebig tente de mettre en perspective le poids de l’héritage racialiste de la pensée française et européenne dans les politiques migratoires du gouvernement. Au-delà de ce "racisme d’Etat", cet éducateur de rue propose une approche sociologique de la perception des Roms. Et s’attelle à "énoncer sans déconstruire" les nombreux clichés et autres prénotions qui constituent notre compréhension d’un Autre, le Rom. Dans son essai, il confronte le climat politique actuel et les schémas de pensée construits sur le temps long pour expliquer l’émergence de ce nouveau "danger de l’extérieur", identifié comme tel pour désigner un coupable, un responsable des maux du pays. La carrière d’éducateur de rue à Montreuil de l’auteur auprès de jeunes, Roms ou non, permet d’appuyer l’essai sur des témoignages. Une manière efficace de comprendre combien le terme "Roms" réunit des populations aux parcours et aux pratiques différentes, tout en conservant le recul et la prudence nécessaires à ce travail de remise en contexte.

 

Inconscient collectif

L'auteur offre une grille de lecture permettant d'expliquer "comment s’était construit un inconscient collectif autour de la personne du colonisé d’abord puis de l’immigré, définissant à la fois une politique et un comportement discriminant". Toutes proportions gardées, il établit un parallèle entre le massacre des Italiens d'Aigues-Mortes en 1893, et l'expulsion des Roms de France à l'été 2010. Deux actes de xénophobie en période de crise économique. Une explosion de violence pour effacer la frustration de ne pas trouver d'emploi d'un côté, l'organisation systématique de l'expulsion des Roms hors de France de l'autre. Pire encore, l'auteur identifie une nuance entre les deux phénomènes, affirmant que "les Roms roumains n'ont pas été perçus comme des immigrants économiques mais comme un fait social, un évènement médiatique, une invasion incontrôlée".
L'assurance d'un accueil difficile réservé à ces populations, et d'une intégration impossible.

 

Paradigme de l'immigré

Si le regard porté sur les Roms et le sort qui leur est réservé reste singulier, il témoigne aussi de l'histoire de l'immigration en France. Les références au spécialiste du sujet en France, Patrick Weil  , émaillent l'essai. Ces travaux portent sur la relation entre immigration, pauvreté, maladie et
marginalisation sociale et économique. Ils remettent en perspective le traitement politique et médiatique du "problème Rom" en France, finalement dans la droite lignée des travaux hygiénistes du XIXeme siècle. Berceau de la sociologie, ce courant, mené par des médecins dont Villermé et ses Tableaux de l'état physique et moral des salariés en France de 1840 reste un des meilleurs exemples, inaugure une nouvelle conception de la société. Charge aux scientifiques de diagnostiquer les maux des classes populaires. Aux politiques l'exécution de ces conseils à travers les politiques publiques.

 

Le coupable idéal

Objet d’étude plus que citoyen actif, problème à traiter plus que population à aider, les Roms se voient dessaisis de leur identité et de leurs aspirations. Ce qui permet de comprendre comment l’Etat et la société civile s'emparent du destin d'une population, et la forcent à se soumettre au circuit bien établi des administrations, associations et autres formes d'organisations collectives. Dès la sphère universitaire, les Roms n’ont pas leur mot à dire sur leur identité, "les chercheurs et autres "tsiganistes" monopolisent le droit de définir les Roms, mais aucun d’entre eux n’est lui-même Tsigane". Le Rom est un parfait coupable avant tout car il est peu organisé dans la société pour s’exprimer et peser sur le débat public.

 

L’inconnu familier

A déplorer, le peu d’efforts engagés par l’auteur pour définir lui-même l’identité rom, et les groupes qui la constituent. Là se situe le coeur du sujet, tant l’appellation Rom fait écho aux fantasmes qui construisent notre perception du gitan : nomade, musicien, indiscipliné, magicien, agressif, voleur et ensorceleur. A la croisée des chemins de l'actualité et de l'Histoire, Etienne Liebig remet en perspective le rôle de l'Etat dans le traitement de ces populations via les politiques publiques, des médias dans la perception de l'arrivée d'une nouvelle génération de Roms, mais aussi des universitaires, de la culture populaire dans l'univers mental de chacun. Ces facteurs combinés construisent notre regard politique et culturel de citoyen français sur l'étranger en général, et le Rom en particulier. De Georges Buffon à Edouard Drumond, Etienne Liebig retrace le cheminement intellectuel et idéologique français dans la construction du racisme dont l'Etat s'empare ponctuellement dans l'Histoire, au gré des stratégies politiques.

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3 commentaires

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voltaire

16/07/12 11:15
Comme bcp de Français, je suis las de ce discours gauchiste consistant à nier ou occulter la réalité gênante par peur de stigmatiser certains groupes ou communautés et être taxé de racisme.

Le fait est que la peur que suscite les roms n'a rien 'd'irrationnelle'. Ce n'est pas la 'classe laborieuse' qui est crainte, comme le suggère l'auteur, mais la classe voleuse que constitue malheureusement une partie importante des groupes roms venus de l'Est.

Il est indéniable, et les statistiques policières de toute l'Europe peuvent le confirmer, une partie importante de la communauté rom vit de vols, de cambriolages et de mendicité. L'arrivée de roms dans une ville ou un village se traduit par une hausse importante de la criminalité. C'est un problème qui a certes sans doute des causes socio-économiques, mais il n'en demeure pas moins que c'est un problème.

Le problème si situe surtout en Roumanie et en Bulgarie, viviers les plus importants de Roms d'Europe, qui ont persécuté ces populations pendant des siècles et sont aujourd'hui bien heureux de les exporter dans toute l'Europe tout en touchant d'importantes sommes de Bruxelles pour les intégrer, alors qu'ils n'en ont aucunement envie.

Ajouté aux problèmes bien documentés de corruption endémique, de non respect de l'Etat de droit, de criminalisation de la politique, etc., c'est une raison de plus pour remettre en question la présence de ces pays dans l'Union.


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celui qui n'a pas le droit de

16/07/12 16:05
J'avais écrit un commentaire factuel, sans agressivité ou vulgarité.

Juste des faits qui sont arrivés à des proches (mes parents handicapés, ma voisine de 87 ans) victime d'agressions de roumains dans des circonstances particulièrement horribles.

Je n'en tirais pas de généralité.

Mieux, je concluais que ces deux faits nenlevaient aucun mérite à l'article commenté.

C'était juste un autre éclairage. Deux faits bruts.

Mon commentaire a été effacé.

Etait-il si dérangeant ?
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Condorcet

18/07/12 16:19
Je "stigmatise" sans hésiter les Roms: au contact avec eux régulièrement, je peut affirmer que leur mentalité n'est pas favorable à l'"intégration". Les notions de solidarité, de partage, de respect des individus et des biens est incompatible avec leur mode de fonctionnement. On peut masquer la vérité aussi longtemps que possible, mais le ressenti de la population (oui, ces citoyens peu éclairés, bas du front, etc... dont je suis ) ne s'améliore pas à leur égard, avec force raisons. De combien de faits criminels auront nous hélas besoin pour que l'on agisse enfin dans le bon sens ?

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