Bientôt 40 ans. Après la proposition vigoureuse de notre président, alors candidat en apogée de campagne, de "liquider" l'héritage de Mai-68, et à quelques mois de l'anniversaire des "Evénements", il est judicieux de poser la question : que reste-t-il, au juste, de Mai-68 ?

Daniel Cohn-Bendit, celui qu'on s'attend à en défendre les valeurs tant il en a porté l'actualité, et Luc Ferry, philosophe rompu à l'exercice de la critique de cette période, ont été invités à en débattre par France-Culture, en partenariat avec le Nouvel Observateur . La première remarque, c'est qu'ils ne restent ni l'un ni l'autre prisonniers d'une position idéologique ou politique. La question de l'héritage politique de 68 et de l'opportunité d'en réactiver le débat lors d'une campagne présidentielle est d'ailleurs vite laissée de côté, au profit des problématiques sociales et économiques ; pour eux, même si Luc Ferry ne le dit pas aussi expressément, cette époque est terminée, elle n'a plus de portée politique, et la "sortie" de Nicolas Sarkozy pendant la campgagne n'était qu'un coup dans le vent, une atteinte au symbole et à la mythologie, qui ne peut pas se traduire en véritable ligne gouvernementale. Le désir de penser les apports et les erreurs de Mai-68 les animent pareillement, et on entend tantôt Cohn-Bendit regretter les slogans phares des manifestations, tantôt Luc Ferry en vanter le pouvoir émancipateur.

S'ils s'accordent relativement sur les aspects positifs de la libération des moeurs qui a suivi , sur l'effet paradoxe d'un mouvement qui, en prônant la liberté individuelle face à un autoritarisme d'époque, a favorisé le développement de la société de consommation, c'est l'héritage culturel en terme d'éducation qui les divise le plus. L'un pointe que ce mouvement de destruction des traditions a en même temps détruit une culture de transmission, l'autre, tout en reconnaissant les dérives et les erreurs que l'enseignement subit depuis, rappelle que les réformes de l'éducation ne se sont pas faites uniquement à la suite de Mai-68 mais selon un mouvement de plus longue date, que le meilleur système scolaire reconnu actuellement est celui de la Finlande, où "aucune note n'est donnée avant l'âge de 16 ans", et que "la majorité des soixante-huitards sont devenus enseignants, travailleurs sociaux, pédagogues"... Celui qui ne voulait "rien faire pour ces quarante ans" semble bien obligé, en effet, d'y revenir.


> le débat sera diffusé sur France Culture aujourd'hui, jeudi 31 janvier, à 17h, ainsi que demain à la même heure, dans l'émission "Du grain à moudre". Voir le site de France Culture, pour (ré-)écoute.



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