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Avec Robert Fossier meurt un pan de "l’histoire économique et sociale"
[mardi 29 mai 2012]



Robert Fossier, historien du Moyen-Âge, est mort le 25 mai 2012, dans un silence médiatique peut-être dû au week-end de la Pentecôte. La nouvelle mérite pourtant réaction : au-delà de l’émotion du petit milieu des médiévistes, c’est une génération d’historiens qui disparaît progressivement, une manière de faire de l’histoire et d’envisager le monde (Henri Dubois, historien de l’économie et de la population du bas Moyen-Âge à Paris IV, vient également de décéder). Robert Fossier incarne une histoire économique et sociale du Moyen Âge poursuivie avec ténacité dans la lignée de l’Ecole des Annales, tendance Marc Bloch. Sans atteindre la notoriété et l’influence d’un Georges Duby ou d’un Jacques Le Goff, Robert Fossier a contribué à rendre le Moyen Âge plus humain, plus concret et moins caricatural. Sans céder aux modes intellectuelles, il a répondu à sa manière à la "demande de Moyen Âge" de son époque.

Une thèse d’histoire régionale sur la Picardie  donne le ton : il ne s’agit pas d’abstractions, mais de la matérialité fondamentale, des bases d’une société médiévale largement rurale, du peuple. Une histoire "au ras du sol" sans que cela soit péjoratif : Robert Fossier s’intéresse aux "gens" du Moyen Âge, qui fournissent le titre de son dernier ouvrage . Aux raffinements des élites, il privilégie les masses sociales, leur vécu, leur "encellulement" dans des villages, phénomène européen qui dépasse selon lui "l’incastellamento" italien.

Pour ce type d’étude, il faut un "terrain", la Picardie, dont les archives ont été labourées, retournées et mises en culture, c’est-à-dire dépouillées, éditées  et interprétées. Chartiste et temporairement archiviste, Robert Fossier était expert en la matière et assez patient pour faire œuvre d’historien positiviste, attaché à la preuve par les textes, fussent-ils humbles voire rébarbatifs.

Robert Fossier ne s’est cependant pas enfermé dans l’érudition. Il a su s’associer aux archéologues, notamment Jean Chapelot, pour de vastes enquêtes sur le village, thème de recherche fondamental dont les acquis sont maintenant largement diffusés .

Enfin, Robert Fossier a marqué des générations d’étudiants, dont beaucoup sont devenus les chercheurs d’aujourd’hui : enseignant-chercheur, il a joué un rôle important à Paris I, pôle majeur de la recherche historique en France. Certains se rappellent encore ses cours de paléographie et son exigence ! En France, mais aussi dans le monde, ses ouvrages, manuels ou livres de vulgarisation ont été largement diffusés. Dans la célèbre collection Nouvelle Clio, son Enfance de l’Europe : aspects économiques et sociaux (Xe-XIIe siècles) reste un repère historiographique. Robert Fossier a ainsi pris position dans les débats persistants autour de la féodalité, jugée trop juridique et à laquelle il préfère l’analyse de la seigneurie. Enfin, son histoire du Travail au Moyen Âge est l’une des dernières synthèses sur le sujet, vulgarisant les apports historiographiques en les appliquant à la "vie quotidienne" .

En adéquation avec son approche, l’écriture de Robert Fossier est vigoureuse, claire et précise, c’est-à-dire pédagogique. Mais aussi tranchée : le manque de nuance ou de compromis peuvent agacer le spécialiste qui a son propre point de vue.

La demande sociale évolue sans cesse et des historiens de la trempe de Robert Fossier se font rares : la matérialité est moins à la mode, le "social" tend à se fondre dans le culturel et la clarté synthétique recule face à l’éloge de la complexité. S’il a accueilli les développements de l’anthropologie ou cherché des causalités systémiques, Robert Fossier préférait les faits aux théories. Typiquement, il a contribué à la collection "Atelier du médiéviste" par un volume sur les Sources de l'histoire économique et sociale du Moyen Âge occidental . Le questionnement est donc inséparable de la documentation. Cette rigueur, alliée à une certaine largeur de vue, assure à l’œuvre de Robert Fossier une place de choix dans une historiographie qui clame la nécessité d’un "retour aux sources". Quant à l’approche "économique et sociale", qui peut actuellement paraître datée, elle reste à déconstruire pour en tirer les enseignements, sans jeter le bébé avec l’eau du bain.
 

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2 commentaires

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Zugol

30/05/12 12:38
Hélas, il n'y a pas que Robert Fossier parmi les oubliés nécrologiques des médias. Si vous avez entendu la moindre chaîne de télé (honte à Arte !) parler du décès de Dietrich Fischer-Dieskau, faites le savoir !
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lysandre

01/06/12 19:33
Pour Zugol :France Culture et France Musique en ont parlé. Si vous le voulez, vous pouvez retrouver les émissions en ballado-diffusion.
www.radiofrance.fr

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