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Société

Genre et rapports sociaux de sexe

Couverture ouvrage

Roland Pfefferkorn
Page Deux , 140 pages

Les rapports hommes - femmes : comment en parler ?
[dimanche 08 avril 2012]
Une synthèse réflexive sur les concepts ayant émergé grâce aux féministes, à partir d’une théorie des rapports sociaux élargie.  

Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, Roland Pfefferkorn est un spécialiste reconnu de la question reprise dans ce petit ouvrage, sous une forme spécifique. Cette question, c’est celle des inégalités dans les rapports sociaux, des rapports de sexe dans la société contemporaine. Sa forme spécifique d’exposition ? Prenant au sérieux l’effervescence théorique due au mouvement des femmes durant les XX° et XXI° siècles, l’auteur en présente d’abord le corpus. Qu’on ne s’attende donc pas à lire dans ce volume une histoire du genre (gender) ou une analyse de la place du genre dans les rapports sociaux. Ce fut déjà entrepris, avant même que se fixe l’objectif de réaliser cet ouvrage-ci. Pfefferkorn sait bien que le mouvement des femmes a commencé à modifier la situation de ces dernières à l’intérieur des formations sociales capitalistes développées. Le mouvement des femmes a contribué à des modifications substantielles des régimes de partage dans la société : régimes matrimoniaux, régimes parentaux, régimes sexuels, ... Ce qui ne signifie d’ailleurs pas que les inégalités aient toutes disparues, puisque si certaines se sont amoindries, d’autres se sont déplacées.
Mais parallèlement à ces mouvements féministes, de nombreux écrits critiques ont été publiés qui ont chacun participé à la production de catégories de discours sexuées. Les femmes ont aussi contribué à développer une réflexion spécifique, et ceci il est vrai depuis la publication des écrits d’Olympe de Gouges, Flora Tristan, Louise Michel et de bien d’autres. Il reste qu’il était intéressant de se pencher à nouveau sur l’émergence de notions particulières attachées à ces mouvements. Les analyses prenant en compte le sexe social se développent d’ailleurs très tôt en ethnologie ou en anthropologie. En se penchant sur les textes de ce type, il est aisé d’observer le déploiement de prises de positions de mieux en mieux clarifiées, mais aussi l’usage de catégories nouvelles, même si parfois des déséquilibres et des contrastes désespérants se font jour. Par exemple, si des auteurs développent encore des conceptions biologisantes de la féminité, elles contrastent avec une conception sociale de la catégorie masculine. C’est aussi souvent autour de la parenté entendue comme ensemble de relations définies par la filiation et l’alliance que sont pensés les rapports entre les sexes.
Partant, dans cette perspective, les rapports sociaux de sexe deviennent des rapports structurants centraux pour comprendre nos sociétés.
Il faut donc bien garder en tête que Pfefferkorn étudie des discours, et la manière dont les discours font émerger des catégories, et non des situations à partir d’enquêtes sociologiques de terrain. Il est caractéristique à cet égard que le discours qui tente de faire advenir psychologiquement et socialement la femme dans sa spécificité, à partir de la catégorie de différence, ne repose ni sur le même langage, ni sur le même objectif, que celui qui veut faire émerger l’opposition ou la hiérarchie entre hommes et femmes. Et l’auteur de raconter l’émergence progressive à partir du début des années 1970 de la catégorie de gender (genre) qui s’affirme sur le plan international. Le concept de genre, rappelle-t-il, permet d’insister sur le fait que les hommes et les femmes résultent d’une fabrication sociale et qu’ils ne sont en aucun cas réductibles aux sexes biologiques.
Une discussion doit évidemment être entreprise, pour relier ou mettre des distances entre les concepts de genre et de rapports sociaux de sexe. Parfois les deux concepts se rapprochent. Mais, comme le souligne l’auteur, dans d’autres cas, lorsque la dimension relationnelle est oubliée, voire niée, le genre en arrive à gommer la dimension conflictuelle des rapports entre la classe des hommes et celle des femmes. Pire même, lorsque l’approche sexuée ou genrée est conduite sans prendre en compte les autres rapports sociaux, notamment les classes sociales d’appartenance des hommes et des femmes, cette approche peut même contribuer à l’occultation des classes.
C’est donc tout un équilibrage qui est requis pour donner corps à une véritable théorie de l’articulation des différents rapports sociaux, rapports de classe, de sexe, racisation, de génération. Une théorie qui, en particulier, ne soit pas réductionniste.
L’intelligence du déroulement de cet ouvrage se rencontre dès l’énoncé des titres des chapitres. Soulevant d’abord le problème de la rupture nécessaire avec le naturalisme, l’ouvrage se poursuit par la question de l’invention du genre et de la polysémie du concept ; puis il aboutit à l’interrogation requise du concept de genre, pour en déterminer les limites ; alors l’auteur peut envisager de conduire l’un à l’autre les deux concepts de division sexuelle et de rapports sociaux de sexe.
Evitons de retracer l’ensemble de ce parcours en si peu de place. Revenons d’abord au problème central : l’élaboration des catégories par lesquelles on pense un phénomène social. L’auteur sait très bien que les catégories progressivement construites avaient en commun la volonté de penser l’oppression des femmes et celle de proposer des moyens d’y mettre un terme. La construction de tels concepts n’allait pas de soi. La diversité des conceptualisations d’ailleurs tient d’abord au caractère multidimensionnel de l’oppression qui renvoie à la fois à l’exploitation, à la domination, à la discrimination et à la stigmatisation des femmes. L’auteur étudie par conséquent chacun de ces concepts. Il n’hésite pas non plus à rappeler qu’en comparaison avec les classes sociales ou les "races", un aspect spécifique à l’oppression des femmes rend sa mise en cause toujours problématique : elle prend forme à un niveau interpersonnel, par exemple, dans le cadre de relations conjugales et/ou amoureuses, même si l’oppression fonctionne toujours comme cadre et comme réalité dépassant les relations interpersonnelles.
Mais alors, fallait-il réintroduire la notion de "rôle" pour préciser cela, la notion de "rôle conjugal" par exemple ? Toute la question tient en vérité à la manière dont les catégories maintiennent ou risquent de maintenir des a priori naturalistes. Ce pourquoi, il est reconnu que les discours doivent s’ancrer dans des analyses historiques, afin d’éviter ce genre de travers. En est-il de même d’autres concepts, désormais un peu perdus de vue : par exemple le "mode de production domestique", ou encore le "patriarcat" ? Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins vrai que l’oppression des femmes n’est pas réductible au système capitaliste.
Ainsi l’auteur va-t-il de l’avant. Il tente au fil des pages d’articuler les rapports sociaux autour des rapports de sexe, de classe et de la racisation. L’originalité de la démarche consistant à articuler explicitement de manière coextensive et consubstantielle les rapports de classe, les rapports de sexe et les rapports de racisation (focalisés sur l’opposition Blancs, non-Blancs). L’avantage de cette position est qu’elle favorise, à l’occasion, un remaniement en profondeur de l’analyse des classes sociales. Ces rapports sociaux mêlés de façon inextricable interagissent les uns sur les autres, chacun imprimant sa marque sur les autres, et chacun structurant ensemble la totalité du champ social.
Par ailleurs, rédigé par un sociologue, cet ouvrage ne pouvait faire moins que de nous montrer que l’on peut mettre en évidence la production sociale des catégories de la réflexion ou du discours, les reconfigurant au besoin en fonction des objectifs de lutte visés, qui ne sauraient nous reconduire à une renaturalisation du féminin..
 

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