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Politique

Sans tricher

Couverture ouvrage

Eva Joly
Les Arènes , 250 pages

Délinquances écologique et financière : même combat !
[mercredi 04 avril 2012]


Un propos clair, sans aucun "effet de manche" : la candidate d’EELV à la présidence de notre République expose sobrement ses convictions et son caractère.

Biographique, cet autoportrait n’en commence pas moins par un hommage aux anonymes   qui préfèrent semble-t-il manifester leur soutien à la candidate Eva Joly autrement qu’à l’occasion des sondages de ces dernières semaines.
A ceux que cette candidature ne convainc pas et qui se demanderaient encore : quel peut bien être le lien entre la défense de la Planète, la traque des délinquants en col blanc et la conduite des affaires de tout un pays comme la France, la lecture de ce livre s’impose  . C’est que les prédateurs de tout poil, auxquels Eva Joly a pu se frotter dans ses différents postes  , représentent une force de sape anti-démocratique redoutablement efficace. Elle œuvre masquée, derrière la mondialisation dite "heureuse", ses paradis fiscaux et les saccages sociaux et environnementaux dont ils sont le lit mortuaire  . Ni la Norvège, ni la France fortes de leurs ancrages historiques respectifs ne vivent pour autant à l’abri de ce vampirisme. "Nous avons délibérément abandonnéaux logiques du marché des domaines aussi essentiels que le logement, l’eau, la santé. Ce modèle a fait faillite. Il a concentré la richesse, puni les pauvres et laminé les classes moyennes "  . Un constat sans appel, mais pas désespéré : "L’intérêt personnel des acteurs de l’économie (intérêt individuel, ou celui de l’entreprise, selon une vision inique de l’économie) fait loi. Sauf, dit-on, pour les "doux rêveurs ". Ceux qui nous reprochent de rêver voudraient en réalité nous faire entrer dans le cauchemar qu’ils ont fabriqué…   (…) Nous sommes infiniment plus réalistes que ceux qui s’accrochent peureusement aux idées mortes et s’affrontent théâtralement à leur sujet. "   Comme en écho, par ailleurs, l’économiste Frédéric Lobez appelle lui aussi à changer de lunettes. S’interrogeant sur "Ethique et finance "  , il estime que le concept de rationalité économique défendu jusqu’ici par les capitalistes est trop étroit. L’altruisme n’est pas si irrationnel, reconnaît-t-il  . Le principe de maximisation de l’espérance d’utilité de ses profits est démenti par la rencontre, quotidiennement, d’individus guidés par l’engagement, l’empathie. Cette réalité contredit le postulat de l’égoïsme sans partage de l’agir économique  .

Cohérence d’un engagement

En attendant ce changement effectif de braquet, le lien entre l’écologie, le social et la corruption est patent. Pour l’illustrer, Eva Joly relate le cas islandais, "exemplaire " à cet égard  . Y compris dans le refus islandais de sauver les banques en aggravant la dette supportée par les contribuables. L’histoire a fait moins de bruit médiatique que le feuilleton des "plans de sauvetage " de la Grèce, par exemple. Or, la leçon démocratique dont est porteur le "cas" islandais diffère du fatal prêt-à-penser ressassé à longueur de journaux tout l’été 2011 et au-delà, comme une onde de choc sans fin.
"Faire de la politique, c’est découvrir une partie du réel, qui ne se voit ni dans les journaux, ni à la télévision, ni sur internet"   affirme la candidate qui défend aussi l’idée que le combat pour la démocratie, jamais acquise, passe par celui d’une information juste, sans tricherie, qui circule démocratiquement. D’où le titre du livre, véritable étendard. De fait, pour prendre la mesure objective de sa pensée et de son caractère, mieux vaut éteindre ses écrans, passer devant les kiosques à journaux sans s’arrêter. Et à la place, plonger dans ce livre éclairant, sans tambour ni trompettes.

Au fil de chapitres courts, presque lapidaires…

Il y a, mis à jour dans ce livre, comme un fil d’Ariane reliant la conversion écologiste (récente, nul ne le nie) de l’auteure  , son travail en vue de réformer l’aide au développement et son entrée dans l’arène politique. Dans sa ligne de mire : sous couvert d’aide aux pays du sud, des contrats léonins bernent durablement les peuples, réinterprètent en fait la colonisation d’Etats dits en développement. Par exemple, des experts du FMI ont pu recommander au Mali d’accepter un % de royalties dérisoire, par rapport à ce qu’un pays comme la Norvège négocie habituellement pour elle-même avec les multinationales autorisées à exploiter ses ressources rares. C’est encore une forme de tricherie qu’elle récuse sans tergiverser  . Elle s’est attelée à ce travail d’abord comme conseiller auprès du gouvernement norvégien, puis dans le cadre de son mandat de députée européenne, avant son arrivée-surprise dans la course à l'élection présidentielle française, est-il rappelé dans cet opus paru à l’aube de la campagne.
"Trop française pour la Norvège"  , elle témoigne néanmoins dans ces pages d’une maîtrise de soi qu’elle y décrit elle-même comme typiquement norvégienne. Mais son intime compréhension du "génie français"  , sa viscérale déclaration de foi patriotique   et la filiation politique qu’elle revendique   confèrent à son accent un tout autre relief : un de plus dans le paysage français, où ils sont légion !

Jamais deux sans trois ?

Pourquoi serait-il rédhibitoire, dans un pays qui s’enorgueillit de cultiver la diversité comme l’une de ses spécialités ?
Première surprise associée à son nom choisi à l’instar de sa nationalité : le score d’Europe Ecologie en France lors des élections du Parlement de l’UE ; le succès de cette liste s’explique essentiellement par la figure d’Eva Joly, de l’aveu de Daniel Cohn-Bendit lui-même.
Deuxième surprise : déjouant les pronostics de la classe médiatique parisienne, c’est elle qui a été préférée par les militants écologistes ayant voté aux Primaires des Verts, pour briguer la "fonction suprême".
Sous presse avant les soubresauts de sa campagne -l’accord Verts/PS modifié dans son dos, le départ de son porte-parole Yannick Jadot, les accolades (aux allures de " baiser de Judas ") des chefs du parti dont elle porte les couleurs…, ce livre a aussi par moment des accents de candeur, rétrospectivement désuets.
Mais dans l’ensemble,- en cela mieux loti que le téléspectateur ou l’auditeur, otages des gesticulations théâtrales   d’une présidentielle couverte au ras des pâquerettes-, le lecteur peut apercevoir au fil des pages la cohérence d’une candidature, et les traits d’une femme à la tête haute, énergique et posée, animée de convictions bien trempées.


Un Drakkar dans la tempête…


Eva Joly, sans rien renier de son passé ramassé en paragraphes "coups de poing " dans ce livre, explique qu’elle "tire le même fil" depuis l’Affaire Elf, -et même avant, quand elle était au Trésor au sein d’une unité chargé de sauver les entreprises réellement en difficulté. Elle les distingue des tricheurs tentés d’utiliser le droit pour éponger leurs dettes et renaître ailleurs… : "Je pense qu’il n’y a pas de démocratie sans transparence, sans justice. Faute de cela, nous ouvrons nous-mêmes la voie à des régimes malthusiens, autoritaires, voire fascistes. "  "Déjà, quand j’instruisais l’affaire Elf, mes détracteurs expliquaient que je " trahissais les intérêts français ". Mais les intérêts français sont-ils de maintenir le Congo, le Cameroun et les autres pays dans un état de dépendance ? " Dans le même temps, les mêmes répètent que pour freiner l’immigration incontrôlée vers nos pays, il faut aider ces pays à se développer. Là encore, la solution est écologiste, croit Eva Joly : aller jusqu’au bout implique un partage équitable des richesses planétaires  .
Le film Terra Ferma d’Emanuele Crialese, récemment à l’affiche, sans doigt accusateur ni poncifs révèle impeccablement cette atroce réalité : l’Europe n’est pas disposée à recueillir tous les hommes chassés de leurs pays par la faim, le dérèglement climatique, les persécutions politiques ou religieuses; mais nous ne pouvons pas non plus nous satisfaire de les rejeter à la mer pour garder à flot le Radeau de la Méduse … c’est inhumain, donc insoutenable.
Pour relever les défis du développement durable, "il faut que tout le monde soit à bord, pas question d’abandonner en route les valeurs démocratiques" soutient Eva Joly dans ce livre. Le risque est grand de dériver sinon vers une société où les plus riches auraient accès à une nourriture de qualité, profiteraient à titre privé d’un environnement en partie préservé tandis les autres, par milliards, seraient laissés dans la misère, la faim, aux prises avec les dérèglements climatiques  . Ce scénario n’est hélas pas purement imaginaire, ni lointain.

Au Nord comme au Sud : les biens communs vampirisés

Main basse sur les politiques publiques des Etats, via leur mise sous tutelle budgétaire ; main basse sur leurs ressources naturelles via des contrats Public-Privé iniques. Au Nord comme au Sud, ces spoliations alimentent les comptes de quelques-uns, sans faire véritablement la "richesse des Nations " promise par les économistes classiques.
Ainsi, la crise de la dette en Europe ou la " malédiction " de l’or noir en Afrique, par exemple, résultent d’un mécanisme similaire, que décrypte l’ancienne juge : "Voilà donc à l’œuvre l’un des mécanismes pervers que j’ai combattu toute ma vie : la captation du pouvoir et la manipulation financière, la privatisation des profits et la socialisation des pertes " . Cette spirale commence par la négation de l’intérêt général et la confiscation de la démocratie, sous couvert d’une urgence à résoudre des problèmes d’une rare… complexité  . Cela ne vous rappelle rien ?
"Complexité " du monde? Ou plutôt, trahison des clercs… Ceux qui savent –ou plus exactement le prétendent, affirmant savoir et maîtriser la situation tandis que prospèrent les tragédies : crises financières, guerres cupides-, incarnent une "bêtise savante, capable de mettre le feu au monde " . Pour lui faire obstacle, la solution primordiale de la candidate écologiste est claire : Aux urnes citoyens !
"A force d’intimider les gens en mettant en avant leur " ignorance ", le système politique finit par leur faire croire, à tort, que le monde est devenu trop complexe pour qu’ils puissent agir sur lui. Découragés, ils font dissidence : soit passivement en désertant les urnes (…) soit en choisissant par dépit un vote protestataire qui alimente le populisme d’extrême-droite un peu partout en Europe"  . Mais les dés ne sont pas encore jetés. Réponses les 22 avril et 06 mai prochains.
 

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1 commentaire

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ya basta

07/05/12 20:24
Il fait nul doute qu'Eva est quelqu'un d'unique dans ce monde politique où tous les coups sont permis, où le citoyen se croit informé, alors qu'on l'infantilise à longueur de temps. Eva parle vrai, ça dérange les professionnels de la politique. Si ce commentaire avait servi de fil directeur aux journalistes pendant la campagne, les choses auraient été différentes. Les gens ordinaires ne s'y sont pas trompés, tous reconnaissent à Eva ses qualités de droiture, d'intégrité et de compétence, mais peu faisaient confiance à EELV pour diriger le pays. Avec Eva, si elle le souhaite, il nous reste à construire une image sérieuse pour EELV, et de démonteer sur le terrain que notre programme, son programme, est le seul moyen de sortir des crises financière, sociale et écologique. Nous n'avons pas le monopole d'avoir eu raison avant tout le monde, espérons que l'avènement de l'Ecologie politique n'arrive pas trop tard!

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