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Politique

Le petit livre rouge de la culture

Couverture ouvrage

Christophe Girard
Flammarion , 100 pages

Quelle politique culturelle pour la gauche au pouvoir ?
[dimanche 01 avril 2012]


À l'aube de l'élection présidentielle, Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture depuis plus de dix ans, dessine les perspectives d'une politique culturelle radicalement nouvelle à l'échelle nationale.

La culture a une fâcheuse tendance à devenir le parent pauvre des politiques publiques en temps de crise. Comme si elle n’était qu’une variable d’ajustement - une politique à développer lorsque l’horizon politique est dégagé, lorsque tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, bien vite oubliée dès lors que la conjoncture se retourne. Pourtant, n’est-ce pas justement au plus fort des crises économiques, politiques, identitaires même que la culture peut jouer un rôle salvateur - une boussole dans une société en mal de repères, un horizon commun qui invite chacun à réfléchir et à dépasser les difficultés du présent ?

Christophe Girard est adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture depuis plus de dix ans. Fort de cette décennie à la tête de la politique culturelle de la Capitale, il présente, assez simplement, quelques propositions, quelques pistes de réflexion pour faire de la culture un axe politique majeur du prochain quinquennat en cas de victoire de François Hollande en mai prochain et des socialistes aux élections législatives suivantes. “Parce que la culture nous invite à mieux penser ensemble, à réfléchir, à se comprendre, tout en favorisant l’émotion individuelle et intime, elle exige que la nouvelle majorité que nous appelons de nos voeux en 2012 s’engage, sans ambiguïté, dans la construction d’une République culturelle”  .

L’auteur définit ainsi trois pistes de réflexion majeures : la création d’un grand ministère rassemblant culture, communication et numérique, la révolution numérique permettant l’avènement d’une culture nouvelle, tant dans ses formes que dans son accessibilité ; la refondation de l’éducation artistique à l’école, qui pêche par son manque d’ouverture sur les différentes formes et pratiques artistiques ; enfin, l’inscription de l’art dans l’espace public - une invitation à dépasser le cadre conventionnel des musées dans lequel l’art est trop souvent confiné.

Le gouvernement compte, depuis 2007, un secrétariat d’Etat ou un ministère délégué au numérique ; cependant, l’auteur dénonce un département ministériel privilégiant “une logique industrielle, favorable aux intérêts des opérateurs de télécommunication”  . De même que la France avait joué un rôle de précurseur en créant un ministère des Affaires culturelles en 1959 - Charles de Gaulle et André Malraux entendaient alors “affirmer que le rayonnement mondial et le développement de la France passaient aussi par la culture”   -, l’auteur pense qu’il est temps, encore une fois, de faire un pas en avant en associant “au sein d’un même portefeuille ministériel la culture, la communication et l’ensemble des questions numériques”  .

En effet, Internet a ouvert un univers culturel potentiellement infini et qui, de plus, a l’avantage de casser les barrières physiques - géographiques, culturelles, sociales - qui entravent parfois l’accès à la culture. Ainsi, Christophe Girard propose par exemple que les institutions culturelles créent des salles de spectacles immatérielles afin que chacun, n’importe quand et n’importe où, ait accès aux spectacles culturels offerts. Dans la même optique, les musées pourraient numériser leurs oeuvres et leurs salles afin que chacun puisse, depuis son ordinateur, s’y perdre. Google a lancé un projet de ce type - Google Art Project - qui permet de visiter virtuellement les galeries de plusieurs musées à travers le monde - dont le Palais de Versailles. Pourquoi laisser aux entreprises privées le monopole de l’initiative culturelle - surtout quand cette initiative se traduit par une accessibilité décuplée !?

De la même façon que les chaînes de télévision et de radio sont soumises à de strictes obligations en matière de financement de la culture, l’auteur voudrait inciter les fournisseurs d’accès à Internet à “prévoir des actions de promotion de la culture sur leurs portails”   voire à les soumettre également à des obligations de financement. Intéressante, cette idée pèche, comme souvent au long de l’ouvrage, par superficialité. Quelles actions de promotion de la culture pourraient être prévues ? Comment ? Quel dispositif pour soumettre les fournisseurs d’accès à des obligations de financement ? Ici, l’auteur lance une proposition sans creuser, sur le fond, ce qu’elle impliquerait, comment elle pourrait être mise en oeuvre.

L’auteur se livre également à une réflexion sur la place de l’histoire de l’art dans l’enseignement en France. Trop souvent, les cours d’histoire n’abordent que partiellement l’histoire de l’art et les cours d’arts plastiques ne sont que très peu considérés. Pour Christophe Girard - et François Hollande reprend cette préconisation dans son livre de campagne, Changer de destin - l’histoire de l’art doit devenir une discipline scolaire à part entière. “Dès l’école, instance de socialisation de tous les milieux sociaux, nous devons susciter la curiosité et la soif de culture, créer les conditions de rencontre avec l’art et la création”  . L’éveil artistique, dès le plus jeune âge et pour tous les enfants, serait un outil puissant pour réduire les fractures culturelles souvent à l’origine d’inégalités structurelles persistantes. Il faut, selon l’auteur, assurer “l’élargissement social de la demande” , car si les barrières matérielles sont réelles, ce sont aussi des “frontières symboliques” qui “entravent l’ouverture à un plus vaste public des musées, des salles de concert ou de spectacle”  .

Outre l’éducation artistique proprement dite, l’auteur propose la création de résidences d’artistes au sein de l’école ainsi que le jumelage avec des institutions culturelles, afin de renforcer les liens entre des milieux trop longtemps imperméables. “C’est d’abord une chance donnée aux artistes de bénéficier de nouveaux espaces de travail en prise directe avec la société ; c’est également la possibilité pour la communauté scolaire de renouveler ses pratiques, ses codes et son fonctionnement en se laissant bousculer et surprendre par la présence et le travail de créateurs”  .

De prime abord, les idées proposées par Christophe Girard sont donc assez intéressantes. La réappropriation de l’espace public promise par l’auteur, son invitation à “renouveler les imaginaires” sont porteurs de rêves et d’espoirs mais, concrètement, qu’en est-il ? L’auteur lui-même le concède : il trace des perspectives d’avenir pour “réapprendre à rêver”   - une sémantique qui n’est pas sans rappeler celle de François Hollande qui aspire à “réenchanter le rêve français”. Mais “revaloriser le projet urbain”, qu’est-ce que ça veut dire ? “Faire la ville pour faire société”, qu’est-ce que ça implique ? Ce sont des beaux mots qui, je n’en doute pas, seraient susceptibles d’être à l’origine d’un renouvellement intéressant des politiques culturelles dans notre pays - en attendant, on reste sur notre faim, car le développement du street-art, si intéressant soit-il, n’est pas suffisant !
On peut aussi déplorer que l’auteur ne se prononce même pas sur la question d’Hadopi, dispositif pourtant au cœur du débat présidentiel. 

Derrière un titre ambitieux (d’aucuns n’ont pas manqué d’en critiquer le choix, la référence à Mao n’étant pas nécessairement judicieuse...) se cache un livre qui laisse un goût d’inachevé. On sent bien qu’il a été écrit avec une idée derrière la tête - celle, évidente, de “se placer” pour la rue de Valois en cas de victoires socialistes au printemps. Cette ambition n’est pas condamnable en soi - mais peut-être qu’un livre plus sérieux, plus dense, plus fouillé aurait été bienvenu pour la porter.... 

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