Arts et Sciences (43) : une réflexion autour de Carsten Höller
[lundi 12 mars 2012]



Le travail présente des stimuli, qui peuvent être perçus comme des moyens d’expression. Son travail le plus connu est l’installation Glück (Hambourg, Cologne). Elle rend possible, aux sens du récepteur (on ne parlera donc plus de spectateur), l’expérience d’une déstabilisation. L’installation consistait en un cadre de bois posé sur un socle très large, qui conduisait à une machine et un film super 8 projeté sur un mur. Le film figurait des images d’une vie familiale heureuse d’un couple hétérosexuel. Ces images relevaient du cliché. Elles associaient le bonheur familial et les conditions économiques des ménages. Comme elles associaient le couple à la question de la reproduction. On pouvait donc, au cœur de l’installation, éprouver ce que signifie ce type de bonheur. Y compris sous la forme de pilules du bonheur, proposées dans l’exposition (le bonheur chimique). 

 

À la limite donc des arts et des sciences, qu’on en apprécie le rapport ou non tel qu’il est organisé par Höller, l’artiste organisait une réflexion portant réciproquement sur les rôles sexuels et la capacité de l’art à faire prendre des distances avec la réalité.  Höller offre les moyens d’une expérience physique et d’une démonstration à destination du spectateur. De ce fait, il refuse l’isolement des arts hors du champ de la recherche et de la science. 

 

Dans son travail produit pour la Documenta de Kassel, les spectateurs ou plutôt les "regardeurs"/observateurs se déplaçaient sur une rampe, et pouvaient observer des cochons à travers des miroirs réfléchissants. L’observateur était donc invité à une variation contemporaine du motif de l’Odyssée, offrant les moyens d’une observation éthologique sous la forme de l’art, et soulevait simultanément le problème des doutes que l’on peut exercer à l’égard de l’authenticité et de la réalité. 

 

Est-ce que l’art est aussi puissant et complexe que l’observation de la nature ? 

 

Les installations de Höller sont toutefois le plus souvent ironiques. Non sans rester à la fois attractive et proches d’une expérimentation du comportement (behavioriste). Elles permettent d’ailleurs d’observer aussi le comportement des spectateurs dans l’exposition. 

 

En 2006, c’est une tout autre installation qui est proposée, à la Tate Modern. Elle consiste en 5 toboggans dont le premier partait du premier étage de la Tate. Les spectateurs étaient invités à emprunter les installations, habillés avec des protections. Même résultat : l’art est devenu ici un centre d’observation des comportements des spectateurs.  Pour beaucoup l’art de Höller appartient seulement au monde de l’art moderne. Ils interprètent ce travail à partir de l’axe de la participation. 

On peut, nous semble-t-il, aller plus loin, et approfondir la veine du rapport arts et sciences, à condition de prêter attention à ce qui est "science" ici. En un mot, y compris dans sa dernière installation autour des rennes (dormir au milieu des rennes et les entendre frotter leurs bois sur les troncs des sapins,…), il s’agirait plutôt d’une expérimentation du spectateur lui-même. Ce dans quoi ce dernier est conduit à s’exercer est alors observé par l’artiste comme s’il était le maître du laboratoire. 

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr