Suivez-nous

FacebookRSS

Sciences

L'évolution biologique au XXIe siècle : Les faits, les théories

Couverture ouvrage

Roger Dajoz
Tec & Doc Lavoisier , 326 pages

L'évolution serait-elle un fait réel ?
[dimanche 11 mars 2012]


Faciliter la compréhension de l’évolution en partant d’abord de la théorie pour l’appréhender ensuite comme un fait

La théorie de l’évolution occupe constamment l’actualité scientifique. Le succès de cette théorie semble avoir été favorisé par la relative fiabilité des méthodes scientifiques d’exploration du vivant particulièrement développées en paléontologie et en biologie. On s’en doute, l’évolution permet de replacer le vivant sur un axe temporel de plusieurs millions d’années. L’ouvrage de Roger Dajoz, L'Evolution biologique au XXième siècle excelle dans l’analyse diachronique des mutations du vivant tout en réfutant les thèses qui paraissent ne pas être fondées sur des éléments scientifiques.

La théorie de l’évolution serait essentiellement scientifique

De manière générale, comme théorie, l’évolution a été vigoureusement combattue par les défenseurs des thèses créationnistes. Or le créationnisme d’inspiration ecclésiastique serait dogmatique, si l’on en croit ses propres défenseurs, en raison de ce que la révélation serait la lumière qui éclairerait le fait. Pour autant, l’invocation du temps, absolu ou relatif, y compris son interprétation et sa connaissance, paraît être l’insaisissable variable de cette irréductible opposition. Alors se pose la question : les êtres vivants sont-ils tous toujours et indéfiniment les mêmes ? Les faits peuvent donc être interrogés.

Les premiers illustres évolutionnistes, Lamarck et Darwin, avaient initié une réflexion qui a introduit en science l’idée de mutabilité des espèces, et donc nécessairement une opposition radicale à l’idée d’espèce immuable. Roger Dajoz propose une histoire scientifique de la théorie de l’évolution, celle-ci s’appuyant sur les mérites des sociétés savantes de l’Europe. En effet, l’histoire de l’évolution est indissociable de celle de l’Europe moderne et du XXIe siècle. L’évolution biologique au XXIe siècle, comme le titre de l’ouvrage l’indique, s’explique par l’exceptionnelle promotion politique et sociale des sciences et des échanges à partir de l’épicentre européen. Si la paternité de la théorie de l’évolution ne souffre d’aucune contestation, en revanche, l’accueil fait dans le monde à ladite théorie et dont l’auteur parle (pp. 43-44) laisse perplexe. La lecture de l’ouvrage fait apparaître un monde réduit principalement à l’Europe et aux États-Unis. 

Les foyers culturels dans lesquels ont été préservés les éléments mis au service de la théorie de l’évolution auraient pu être mieux soulignés et argumentés sans que cette prise en considération n’entrât en contradiction avec l’essence ou la méthode de recherche. Or, précisément, cette confusion du monde et de l’Occident altère la rigueur avec laquelle la maîtrise du sujet a été conduite d’autant plus que, suivant la logique de la thèse défendue dans l’ouvrage, l’évolution serait universelle. Dans une telle perspective, si elle ne l’est pas déjà indiscutablement, elle serait à juste titre appelée à transcender les considérations culturelles particulières. Par rapport à l’épistémologie des sciences biologiques, cette universalité aurait pour effet de disqualifier les prismes culturels dont doit se méfier le biologiste. Néanmoins, une telle dépréciation n’aurait nullement pour conséquence de dissimuler les véritables enjeux philosophiques ou de société de la théorie et encore moins la guerre de prestige qui oppose ou distingue les systèmes, les figures ou les symboles des grandes civilisations.

Une étude rigoureuse et détaillée

À la fin de l’ouvrage, l’étudiant en biologie et le curieux ont une meilleure compréhension de la théorie de l’évolution. Le vocabulaire technique est accessible et bien détaillé. L’auteur accompagne avec attention ses lecteurs dans le labyrinthe des variations intraspécifiques et des interactions apparaissant au sein des espèces et, au-delà, des époques marquées par la complexification des espèces, tout en prenant soin de rapprocher la biologie de la paléontologie, de la génétique, de la biochimie et même de la médecine. Les thèses abordées en biologie sont bien présentées avec leurs limites. L’évolution biologique est par exemple expliquée à partir d’une analyse historique contingente aussi bien qu’elle a été confrontée à la théorie de non prévisibilité de Conway-Morris (p. 116).

Fort de cette rigueur qui embrasse plusieurs sciences simultanément, Roger Dajoz se pose en défenseur d’une thèse qui transcende la théorie pour devenir un fait. Si l’évolution est tenue pour un fait, elle serait aussi par extrapolation un phénomène ancien interpellant le biologiste. Si l’on suit le raisonnement de l’auteur, l’évolution considérée comme un fait scientifiquement observable rendrait donc finalement justice à la théorie de l’évolution. Le talent des évolutionnistes aurait été alors d’avoir laissé s’exprimer une intuition phénoménologique émancipée et libérée des contingences de la rationalité officielle. Pourtant, quel qu’ait été ce détachement, l’évolution semble porter en elle-même les contradictions des êtres-phénomènes dont l’existence repose sur une logique permanente de création. L’évolution et la création peuvent donc être parallèles sans paraître irréductibles, l’une étant découverte par la science, et l’autre promue par la culture.  Dans le champ des multiples applications de la durabilité, la création intellectuelle a vocation à s’appuyer sur les ressources du vivant dans leur état présent, originel ou en devenir.

On en sait un peu plus sur l’histoire de l’évolution autant que sur la nécessité d’une compréhension du monde à partir du fait. Dans ce contexte, la question des lois naturelles et des causes de l’évolution a été éludée au détriment de l’argument ou de la preuve scientifique. Tout de même, l’argument qui fait de l’évolution un processus observable a posteriori n’explique pas les incertitudes qui lézardent la réalité et déforment la linéarité des conditions de l’évolution. Roger Dajoz s’est efforcé de renforcer le crédit du fait et par conséquent celui de la théorie de l’évolution. La conclusion qui l’assimile à un fait en est l’ultime témoignage. Comme tel, la théorie, bien que très classique a été défendue avec expérience, mais l’évaluation du fait, elle, doit nécessairement se poursuivre.

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

6 commentaires

Avatar

Michel THYS

11/03/12 19:41
Le créationnisme n'est évidemment pas une théorie scientifique, même pas un pseudo-science, mais une croyance religieuse. Elle n'a donc aucun droit à être enseignée, ce que la Cour Suprême des Etats-Unis, pourtant croyants à 95 %, a reconnu. La question est finalement :

Pourquoi les créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ? Ont-ils vraiment choisi de lêtre ?
Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique et ne changent-ils jamais davis ?
Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de lEvolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que la théorie (et même le fait d'observation) de lEvolution, alors quil sagit dune croyance ?
Pourquoi veulent-ils à tout prix, souvent jusqu'à la « mauvaise foi », tenter de concilier la foi et la raison, le subjectif et l'objectif, la religion et la science ?

Je propose quelques hypothèses explicatives. Notamment :
- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et quils ont besoin dexplications immédiates et sécurisantes.
- parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.
- parce quil est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années d'environnements différents a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification aléatoire du vivant et la variétés des espèces.
- parce que, comme la dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :
« Sil ny a pas eu création, tout le reste sécroule ! » ( donc aussi Dieu, etc. !).
- mais sans doute aussi et surtout à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.

En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant orgueil oblige - que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point dinfluencer leur cerveau rationnel et danesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès quil est question de religion.

Comme la écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».

C'est, me semble-t-il, un fait dobservation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par limprégnation de léducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur lexemple et la confiance envers les parents, puis confortée par linfluence dun milieu culturel unilatéral puisquil exclut toute alternative laïque non aliénante et quil incite, à des degrés divers, à la soumission à une « Vérité » exclusive et dès lors intolérante et communautariste. Léducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % La « vérité » ne devrait pourtant être que personnelle, partielle et donc provisoire ...

La soumission religieuse sexplique : après Desmond MORRIS qui lavait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant / dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de lhomme naurait jamais pu survivre si lEvolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu !).

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à lUniversité catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, quen labsence déducation religieuse, la foi napparaît pas spontanément, et que la religiosité à lâge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, nest apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, hypertrophié, d'imaginer, grâce à la bipédie, au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi », fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation a posteriori, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).

Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès lâge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, , sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, par la répétition d'expériences religieuses, se renforcent par « plasticité synaptique » et sont indélébiles
L IRM fonctionnelle tend d'ailleurs à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien lesprit critique que le libre arbitre ultérieurs sen trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de lintelligence et de lintellect, du moins dès quil est question de religion.

On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu léducation religieuse précoce, bien qua priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.
Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions et autres indignités, ) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en lexistencesubjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime, mais dautant plus respectable quelle aura été le fruit de la réflexion et du libre examen, et donc choisie en connaissance d'alternatives laïques, plutôt quimposée précocement.

Puisse lavenir favoriser lavènement dun système éducatif pluraliste, fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.

Michel THYS à Waterloo. michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

Références bibliographiques.

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,
ancien professeur à lUniversité catholique de Louvain.1966.
- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
« Religion et développement humain »,. 2001.
- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.
- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
- Jean-Pierre CHANGEUX « Lhomme neuronal »1993, « Lhomme de vérité » 1994
- Pascal BOYER « Et lhomme créa les dieux ».
- Antonio DAMASIO « Lerreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison.
- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de lhomme » 1990.
- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
- Francis CRICK « Une vie à découvrir »
- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».

Etc.
Avatar

feuille blanche75

11/03/12 21:45
Une théorie est une opinion, qu' elle s'appuie sur un fait ou non. chercher et découvrir un fait ne suffit pas, l'interpréter ne nous amène pas non plus au bout de nos peines. Que sait-on vraiment dans tout ça? Des personnes qui interprètent la bible et les faits au gré de leur petite fenêtre de lumière?
Avatar

coolnews

15/03/12 20:19
En effet, comme le relève la critique, on peut se demander s''il n'y a pas d'alternative (scientifique, éthique, culturelle ou morale) à l'évolutionnisme et au créationnisme. Ces deux écoles de pensée font la pluie et le beau temps quand le reste du monde, celle des sauvages et des éclopés du savoir trinque.
Avatar

Sylvain Reboul

25/03/12 14:19
"Pourtant, quel quait été ce détachement, lévolution semble porter en elle-même les contradictions des êtres-phénomènes dont lexistence repose sur une logique permanente de création" Quelle obscure confusion!

Logique de création, peut-être, mais anti-scientifique, sûrement.
Le fait que la théorie de l'évolution soit incomplète et doivent être corrigée ou complétée (ce qui ne veut pas dire niée) n'implique en rien qu'une hypothèse métaphysique et anti-scienfique (le créationnisme), dès lors qu'elle ne peut valoir qu'au regard de la foi et de la révélation, puisse être scientifiquement validée par les faits et l'observation.

L'oubli de Kant est une régression!
Avatar

Victor Lefvre

06/04/12 17:18
Cette recension est affligeante.

Plutôt que nous exposer le contenu du livre, avec une éventuelle critique de ses lacunes et inexactitudes, l'auteur nous débite des phrases dépourvues de signification à foison. Si au moins, il y avait une certaine qualité stylistique...

La publication d'un article aussi indigeste m'attriste quelque peu. Je n'ose pas relever les perles, le précédent commentateur ayant probablement dénichée la meilleure.

Y a-t-il eu une relecture de cet article ?
Avatar

Camilmatthieu

09/04/12 08:26
Une critique ne tue pas. On peut certes reprocher à l'auteur de la critique une écriture peu accessible. Mais les mots n'ont-ils pas un sens? Le créationnisme et son héritage ne fait-il pas partie du patrimoine culturel et artistique d'un grand nombre de pays occidentaux en général? Doit-on ignorer que le débat relatif au créationnisme et à l'évolutionnisme a connu des excès qui n'intéressent pas forcément l'arabe, le chinois, l'indien ou le pygmée? Peu importe qu'une histoire soit scientifique ou pas. Chaque peuple doit assumer son histoire avec courage et sans complexe. Qu'on ne nous dise pas que ce qui est enseigné dans les écoles américaines ou françaises doit l'être dans les endroits reculés peuplés d'aborigènes ou d'autochtones qui n'ont que faire du créationnisme et de l'évolutionnisme. La posture 'intégriste qui ramène l'instruction à des considérations pro-occidentales exclusivement centrées sur l'histoire de l'Europe et des Etats-Unis est une régression et un déni. Elle n'est ni meilleure ni supérieure en quoi que ce soit.
Relativement au créationnisme, peut-on encore ignorer qu'il n'est pas ou plus essentiellement anti-scientifique, et que pour certains de ses courants, la prise en compte de la science ne fait aucun doute? Le nombrilisme d'une certaine classe scientifique occidental est inélégante voire pathétique. Il convient alors de voir le monde avec un regard certes "scientifique", mais tout en gardant à l'esprit sans doute que le monde ne peut pas seulement être ramené à l'église, à Kant ou à Darwin.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr