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Les usages publics du passé en perspectives
[mercredi 15 fvrier 2012]



Sabina Loriga, historienne, est directrice d’étude à l’EHESS. Ses recherches portent principalement sur les rapports entre histoire et biographie, et les constructions du temps historique. Isabelle Ullern, directrice adjointe du Centre de Formation Initiative, s’intéresse à diverses questions à la croisée de l’histoire et de la philosophie. Olivier Abel, philosophe, professeur à la Faculté protestante de Paris et chercheur associé à l'EHESS, a publié de nombreux ouvrages sur différentes questions de philosophie morale et politique. Tous trois animent un groupe de recherche destiné à confronter les traditions disciplinaires et nationales dans l’étude de la production des discours sur l’histoire et la mémoire. Pour cette quatrième livraison du cycle "L’histoire publique – l’enjeu de la mémoire", ils ont accepté de nous présenter, à travers l’expérience des activités de l’Atelier International de Recherche "Usages publics du passé", les grands enjeux du rapport au passé en divers endroits de la planète : l’occasion d’élargir le cadre géographique qui a été celui des échanges précédents, avant qu’un dernier entretien à paraître dans deux semaines ne nous permette de conclure ce cycle d’échanges sur une série de cas plus étroitement liés à la "mémoire de France".



Nonfiction.fr – La création relativement récente de l’Atelier International de Recherche "Usages publics du passé" a-t-elle été motivée ou favorisée par une actualité, académique ou politique ? À quels "besoins" prétend-il répondre, et de quel manière ?

Sabina Loriga – L'Atelier, qui réunit des historiens de différentes périodes, des spécialistes de différentes aires culturelles, des sociologues et des philosophes, a été fondé en 2009. Mais, depuis 2000, nous animons un séminaire visant à nouer un dialogue entre historiens et philosophes, tous partageant la conviction que le passé ne concerne pas seulement les historiens, qu’il ne saurait être monopolisé par eux, et qu’il est indispensable d’interroger ensemble la dimension éthique du rapport au passé, car c’est une condition du lien social et, en même temps, du dissensus civique. Au début de notre réflexion commune, nous avons privilégié l’étude des relations entre la mémoire et l’histoire. De ce premier travail est issu un ouvrage collectif, La juste mémoire. Lectures autour de Paul Ricœur , dans lequel nous abordons la dimension éthique, au sens large, du rapport historique à la mémoire.

En ce qui concerne votre deuxième question, je ne sais pas si nous sommes en mesure de "répondre" à des besoins. Sans aucun doute, notre échange s'est nourri d'une série de questions. En particulier, il me semble qu'en Europe, les dernières années ont vu s’établir un double processus, apparemment contradictoire : d’une part, un repli sur le passé ; d’autre part, une perte de confiance en l’histoire. On a assisté à un investissement démesuré dans le passé, qui a pris trois formes principales : la commémoration, la patrimonialisation et l’enregistrement de la mémoire. Mais un scepticisme ordinaire, presque instinctif, fondé sur l’idée (ou peut-être, plutôt, le stéréotype) selon lequel l’histoire a toujours été et sera toujours écrite par les vainqueurs, semble prévaloir. De ce penchant au soupçon, on trouve trace dans la presse ("l’histoire manipulée", "l’histoire occulte", "ce que les historiens vous ont caché") et aussi dans la littérature. Ce constat pose une série de questions pressantes. Certaines font désormais figure de véritables lieux communs, ce qui ne signifie pas pour autant qu’on puisse les ignorer commodément : Comment faire face à la perte de confiance, au moins relative, dans les ressources cognitives de l’histoire ? Peut-on traiter la mémoire comme une "simple" source entre les mains de l’historien ? Quelles peuvent être les manières de faire des historiens dans l’espace public ?


Nonfiction.fr – Avec deux historiens mais aussi deux philosophes et un sociologue et des contributions par des spécialistes d’anthropologie, de psychologie, etc. l’atelier est en effet authentiquement interdisciplinaire, et vous rappelez qu’il a d’ailleurs sa source dans une institution, l’EHESS, qui encourage sans doute plus que d’autres de tels croisements des regards. En quoi le passé est-il un objet de réflexion commun à tous ces champs intellectuels, et à l’inverse, n’y a-t-il pas une spécificité dans chacune de leur façon de l’aborder ?

Sabina Loriga – Il ne s'agit pas de nier la spécificité des approches. Toutefois, les historiens professionnels n’ont pas l’exclusivité de l’interprétation du passé. Il est donc utile d’envisager de manière plus systématique d’autres vecteurs de la mémoire sociale, tels que la littérature et le cinéma, et de s'interroger sur les transformations de l’espace public.


Nonfiction.fr – Qu’on pense à Hérodote, Tite-Live, saint Augustin, Edward Gibbon ou encore Mikhaïl Rostovtzeff – pour ne parler que d’historiographes, et des plus célèbres – il semble que les "usages politiques du passé" aient toujours existé : peut-on comprendre votre démarche comme une volonté d’instituer en histoire la réflexivité depuis longtemps mise en œuvre dans l’ensemble des sciences sociales ?

Sabina Loriga – Vous avez parfaitement raison. Les usages publics du passé ne sont certes pas une nouvauté ! Au tout début des années 1970 déjà, Moses Finley faisait le constat que les usages, notamment politiques, du passé n’étaient pas chose nouvelle, et il encourageait historiens et sociopsychologues à se saisir de cet objet et à en faire un "exercice historique légitime". Ce n’est cependant que plus récemment qu’une série d’"affaires" a mobilisé les opinions publiques sur des objets d’histoire : de la mémoire de l’esclavage à l’or des nazis, de la guerre d’Algérie aux crimes du communisme, de l’accusation de meurtre rituel contre les juifs au Risorgimento italien. La multiplication des controverses publiques et autres polémiques constitue sans nul doute une raison majeure pour que, depuis l’Historikerstreit et la publication du texte d’Habermas, la question des usages publics du passé soit devenue un thème récurrent de la réflexion des historiens. De fait, les sujets les plus débattus sont fréquemment liés à des événements spécifiques de l’histoire contemporaine, tels que l’arrestation de Jean Moulin ou le massacre des Fosses Ardéatines à Rome. Mais ils peuvent également avoir trait à des questions "identitaires" de longue période concernant la définition nationale ou religieuse. Dans ce cas, les traces du passé sont mises en intrigue comme fondement pour des discours de fondation ou de rupture.


Nonfiction.fr – Pour en revenir aux questions plus strictement historiographiques, les usages du passés sont-ils susceptibles d’être eux-mêmes objets d’histoire ?

Isabelle Ullern – Si c’est de la réflexivité (critique, éthique, connaissante) que procède l’histoire, impossible d’échapper à l’histoire de la réflexivité, des arguments et configurations qui lui sont données. Les plus fortes "querelles historiographiques" portent sur cela, autant que sur des décisions d’interprétations contradictoires des données et des faits : dans les années 80, ce qui a explosé en Allemagne puis s’est étendu, à propos de la place à conférer, "tous comptes faits", à la destruction des Juifs d’Europe et aux génocides des Juifs et des tsiganes dans l’établissement de l’histoire du nazisme en Europe (quand fut décidé quoi, etc.), et de la place de cela dans l’histoire européenne (où l’on a vu le philosophe Jürgen Habermas se dresser contre le relativisme de l’historien Ernst Nolte, puis l’extension internationale croissante du débat), c’était plus qu’une querelle historiographique ou épistémologique. C’était cela et c’était en même temps, de façon indissociable, la question de comprendre comment nous intégrons nos reconstructions historiques dans notre propre reconstruction culturelle pluraliste, politique. Le débat surgit, nous saisit, aux points limites inévitables où la démarche de connaissance, et ses rigueurs, heurte la question éthique où se jouent les relations humaines d’écoute et de reconnaissance, entre les personnes et pas forcément tout de suite à un niveau politique. Le passé est un réservoir de réminiscences collectives, et l’on souffre toujours aussi collectivement de réminiscences, pour paraphraser Freud. C’est très difficile à démêler de façon effective. Or, à ce niveau, la connaissance n’est pas la façon la plus directe pour recevoir ou entendre les manifestations des traumatismes, des espoirs aussi, ou des attentes disparates par rapport à l’intelligence du passé. Mais le débat politique, ouvert, violent, contradictoire, exigeant, n’est pas non plus le niveau où cela se travaille de façon suffisamment profonde pour prendre sens dans les pensées particulières des sujets d’une société, ou des acteurs du temps présent.

Notre travail en équipe, et en attention internationale première aux "sites" du monde où se travaille l’usage du passé, essaie modestement, mais avec conviction, d’ouvrir à toutes ces strates, sans mélanger la morale avec la politique – pour éviter tout moralisme simplificateur qui pointe dès qu’on mêle des attentes de justice à la recherche historico-politique. nous constatons en permanence, et d’autres équipes pluridisciplinaires aussi, que la question humaine, éthique, de l’interprétation publique du passé doit être inscrite dans l’interrogation critique de la recherche : là, c’est toute la question des héritages et des traductions des mémoires particulières qui revient dans le débat public contemporain, à travers même les travaux d’intellectuels n’étant pas eux-mêmes des chercheurs (les écrits ou œuvres d’art des survivants, des héritiers, des enfants devenus adultes, etc.). À ce propos, les formes culturelles et les détours qui manifestent des “usages du passé” plus vastes que l’histoire ou que la mémoire proprement dites nous attendent toujours dans le passé, c’est-à-dire dans son virtuel inactuel qui ne demande qu’à être réveillé – comme dans le conte de la Belle au bois dormant rappelé par Walter Benjamin, où le marmiton et non le prince réveille tout le château : il s’agit de l’économie même du penser, qui n’échappe pas au temps ni à l’étoffe des situations où les actes de pensée opèrent, signifient, inventent... La pensée du passé est tissée dans les processus culturels, politiques et sociaux que nous pouvons étudier pour les y rechercher, sans doute plus particulièrement chaque fois que des acteurs ont opéré des transmissions, des legs, des récits ou des rites délibérément en vue soit d’exhumer le passé, soit de le "passer" ou de "dépasser"...


Nonfiction.fr – Vous semble-t-il possible d’établir une classification des usages du passé, d’après leur inscription territoriale ou en fonction de leur genre, voire même de "cartographier" ce champ d’observation et de réflexion ?

Sabina Loriga – Nous ne sommes pas tellement intéressés à classer les usages du passé. Par contre, nous nous proposons de mettre en place un réseau international de correspondants. Il me semble qu'il faut aller au delà de la dimension nationale et envisager des formes d’internationalisation, voire de globalisation. Les affaires les plus brûlantes de ces dernières années concernent essentiellement deux types de situations. Il s’agit pour une part des relations entre deux ou plusieurs entités nationales : par exemple, les vicissitudes historiques qui lient et divisent Corée, Chine et Japon, Israël et Palestine, Pologne et Allemagne, les pays balkaniques, Chypre, etc. Il est significatif que, s’inspirant du manuel d'histoire franco-allemand, tous ces pays soient en train de travailler à la réalisation de manuels d'histoire communs pour le secondaire. Mais il s’agit aussi, d’autre part, de problèmes exacerbés par des tensions et parfois aussi par des équivoques, qui ne sont pas compréhensibles à l’échelle nationale : c’est le cas de l’or des nazis en Suisse, de la traite de l’esclavage, de la mémoire de la colonisation, et de l’accusation de meurtre rituel contre les juifs. Ces décalages, entre diverses perceptions du passé, contribuent également à constituer les usages du passé en enjeu politique et social.


Nonfiction.fr – Les débats passionnés sur l’histoire et la mémoire qui enflamment régulièrement l’opinion française ont pour ainsi dire toujours pour point de convergence les programmes de l’enseignement secondaire : y a-t-il une spécificité française des aspirations à conquérir l’école, ou l’enseignement de l’histoire est-il souvent l’objet de telles aspirations ?

Isabelle Ullern – Je dirai juste, pour l’enseignement de l’histoire, qu’il relève d’une tâche bien plus culturelle que directement politique. Même s’il revient à un Ministère d’établir des programmations pour l’enseignement – des contenus et des cycles et niveaux de formation, également en vue d’administrer la dispense des enseignements ; et n’oublions pas que c’est aux fins de garantir que chacun reçoive à égalité la même instruction, condition pour une démocratie active qui ne renonce à l’érudition culturelle pour personne –, ce qui revient aux enseignants en revanche ne me paraît pas directement politique : c’est plutôt une mission d’encourager la curiosité, d’insuffler une dynamique de plaisir culturel à l’égard de l’histoire, mais aussi à l’égard du sens que porte le temps dans un fonctionnement de société. Tout n’est pas actuel, ni immédiat, tout n’est pas contemporain – et je dis cela aussi bien pour la formation professionnelle pour adultes, où je travaille beaucoup, que pour l’enseignement général. Les données historiques ne répondent pas à des attentes identitaires ou à de simples attentes d’informations dites "savoirs", mais à des façonnements collectifs et intersubjectifs qui ont demandé du temps, des aménagements, des négociations, des transformations effectives. L’enseignement de l’histoire, c’est une formation au raisonnement qui permet de considérer des mondes disparus ou stratifiés dans ceux qui en ont hérité, mais c’est tout autant une formation à la sensibilité historique du monde vécu. Enfin, c’est donner la chance d’entendre des voix du passé, par les textes, les œuvres, les vies quotidiennes... Si on se rappelle cette asymétrie entre le politique et le culturel, l’enseignement se révèle moins soumis aux directives politiques en matière de contenus et d’idéologisation des contenus.


Nonfiction.fr – À très court terme, on peut s’attendre à ce qu’une période électorale comme celle dans laquelle nous entrons donne beaucoup de matière à la réflexion sur les usages politiques du passé. Vous semble-t-il qu’une telle éventualité puisse signifier quoique ce soit quant à notre rapport au présent ou à l’avenir ?    

Olivier Abel – Il me semble qu'une séparation de plus en plus profonde oppose deux régimes d’usage du passé. D’un côté, le régime d'usage du passé caractéristique des Républiques, au sens idéal-typique de l'Etat-nation tel que porté par une tradition républicaine en France ou en Turquie par exemple, fondées sur un espoir que l'histoire nationale est chargée de symboliser ou de monumentaliser, et qui reposent en fait sur une énorme sélection du passé qui mérite d'être retenu, et finalement sur l'amnésie à l'égard d'un disparate de mémoires encombrantes – les patois, les religions minoritaires, les terroirs et provenances diverses devant accepter de se laisser folkloriser par l'entrée en république. De ce régime se détache toujours plus nettement le régime d'usage du passé caractéristique des démocraties contemporaines, fondées sur la peur du pire toujours possible, et qui déploient en tous sens le sentiment de dette,  dette envers les générations futures, éventuellement, mais surtout dette envers les victimes passées, les minorités écrasées, avec une difficulté propre à ces démocraties pluralistes à se raconter une histoire, à se projeter dans un futur qui pourrait être un bien commun.

Cette opposition, que je caricature un peu, voudrait dire que nous avons des difficultés à avoir en même temps une mémoire vive de notre passé, et une capacité à enfanter un présent qui s'appuie tranquillement sur ce passé sans s'y perdre. Plus généralement il semble y avoir un isomorphisme entre les régimes d'usages du passé – de mémoire, d'histoire – et les régimes du lien social, les régimes politiques – qui sont aussi des régimes du conflit, des manières de former les conflits et d'empêcher d'autres formations de conflit. Le régime des sociétés d'immigration, en ce sens, n'a rien à voir avec les vieux régimes impériaux, ou le régime Etat-nation dont nous parlions à l'instant. Et la période présente est périlleuse car nous sommes en train de passer d'un régime à un autre, sous les effets de la mondialisation probablement. Les élections n'en sont qu'un symptôme.


Nonfiction.fr – De nombreux travaux publiés sur votre site le montrent, les historiens sont loin d’être les seuls à se saisir du passé : dans quelle mesure et dans quel sens peut-on considérer qu’ils en font, eux-mêmes, usage ?

Isabelle Ullern – Notre projet a été constitué, entre autres, par une conviction partagée "en raison" : les historiens, parmi les intellectuels, n’ont en rien le privilège de l’usage du passé. Et les intellectuels eux-mêmes, dans l’espace démocratique, ne l’ont pas non plus. Enfin, ni les uns, ni les autres n’ont le privilège de penser le passé : mais sur ce point, sans prérogative aucune, ils ont plutôt une responsabilité ouvertement déclarée envers cette tâche de la pensée. Intellectuellement et culturellement, l’intelligence sous toutes ses formes est une voie nécessaire pour l’usage du passé. Alors on n’est jamais trop pour la rechercher inlassablement et en partage – en interlocution à propos de la scène même de l’interlocution, disent Rancière et Lyotard –, dans le registre démocratique et culturel de l’espace public, donc à travers les impasses bien connues (mésentente, différend, comme disaient les mêmes Lyotard et Rancière ) qui constituent précisément "l’espace public".

La question de "l’usage du passé" renvoie aussi à un registre assez essentiel pour la "constitution" de la vie comme vie des humains et entre eux, en rapport avec notre condition dans le temps, avec la transmission culturelle qui est toute une tâche bien difficile... et avec l’angle forcément ouvert et insu de l’avenir ! Rappelons la "brèche" dont parle Hannah Arendt dans "la crise de l’éducation"  : de la transmission et de sa transformation inattendue, qui entrent en tension l’une contre l’autre, dépend l’avenir comme on rejoue la politique et la vie à travers le conflit irrémissible qu’elle souligne mieux que quiconque : entre jouer "le sort du monde" et jouer l’éducation des enfants, ce sont des finalités qui restent inconciliables et indissociables ; mais c’est aussi cet inconciliable qui nous pousse à agir, condition pour la liberté dans “la cité”... C’est donc sur tout un panel de questionnements politiques, éthiques et anthropologiques que nous travaillons aux usages du passé, en nous efforçant de le faire toujours à partir de situations effectives ; et cosmopolites.

- Propos recueillis par Pierre-Henri Ortiz

À lire aussi sur nonfiction.fr :

- Notre série d'entretiens "l'histoire publique - l'enjeu de la mémoire", premier cycle de la rubrique "L'histoire maintenant: les grands entretiens pour l'histoire".

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