Arts et Sciences (40): Une deuxième réflexion venue d'Allemagne
[lundi 06 fvrier 2012]



Un deuxième projet de construction de rapports entre arts et sciences nous vient d’Outre-Rhin. En vérité, il s’agit d’un ancien projet dont il demeure bon de tirer encore des leçons. Il renvoie d’abord à un symposium, et il est prorogé par le Centre berlinois de recherche littéraire. Il est ensuite relié au travail de l’artiste anglais établi à New-York, Paul Etienne Lincoln.

Nous en transcrivons ci-dessous synthétiquement l’essentiel du protocole proposé. Il peut largement inspirer des idées ou des doutes qui ne pourront que renforcer la réflexion autour des rapports entre arts et sciences.

Ce projet rassemble des artistes qui veulent établir de nouveaux rapports entre art et sciences, dans leur propre travail. En ce début du XXI° siècle, l’art doit et veut être pris au sérieux, affirme le document. Dans ce dessein, il doit laisser derrière lui le programme des Modernes qui était attaché, dit-il, à " l’art pour l’art ". Au moment où l’art se perd dans une atomisation de plus en plus flagrante, il finit par perdre tout intérêt. Il risque bien de perdre toute chance d’avoir un futur.

Il développe ensuite un contre-point. Alors que les artistes évitent de changer leurs méthodes de travail, les sciences de la nature ne cessent d’expérimenter de nouvelles données, et de formuler des hypothèses nouvelles. Grâce à elles, la nature peut de ce fait être regardée autrement.

Il a fallu attendre Joseph Beuys pour que s’élargisse le champ de travail des artistes et pour que l’on conçoive la possibilité de relier arts et sciences dans un même champ de recherche. Beuys aurait parlé, sur ce plan, non seulement d’une composition entre arts et sciences, mais surtout d’un retour à une conception vivante de la nature (romantique ?), bien avant, d’ailleurs, que le savant Rupert Sheldrake n’introduise une telle hypothèse dans ses propres travaux. Assisterions-nous ainsi à une renaissance de l’ancienne idée de nature ? Ou à une nouvelle conception du monde ?

Le document poursuit. Tous les projets concernant les rapports entre arts et sciences s’attellent en outre à la question de savoir si la coopération entre arts et sciences est possible, et si ces nouveaux projets ressemblent ou non aux anciennes Chambres de curiosités de la Renaissance (Wunderkammer), à l’ancienne idée de théâtre de la nature, et des arts rassemblés en collections. Cela ne semblait plus possible, avouent les auteurs du document. Pourtant, ajoutent-ils, n’en sommes-nous pas arrivés au point où il convient de travailler sur une rupture épistémologique engageant un nouveau regard susceptible de percevoir des éléments communs aux arts et aux sciences. Le doute atteint désormais notre capacité à référer la perception totale du monde à un seul regard ou un seul sujet. L’homme demeure-t-il la seule mesure de la nature ? Et surtout, n’avons-nous pas, depuis longtemps, dépassé toute mesure dans le développement de nos recherches?

En conduisant de nouveaux travaux arts et sciences, ceci en collaboration et entre plusieurs sujets, nous pourrions élaborer une perception du monde et des choses plus complexe, et relative à des conditions chaque fois reconstruites. Au risque de valoriser un retour à une fusion inédite de l’homme et de la nature.

Le document signale que le peintre Gerhard Richter, en revanche, demeure sceptique devant une telle hypothèse de travail. Il refuse de prendre le risque d’une telle confusion. Pour lui l’homme ne peut se confondre avec la nature. La nature l’a fait artiste. Et la nature n’est ni bonne ni morale. Toutes les qualités que nous lui voyons sont des projections de l’homme sur la nature. Les qualités esthétiques que nous lui prêtons sont des produits de l’homme. Par conséquent, il n’est pas question de chercher à faire fusionner arts et sciences dans une telle perspective d’une unité nouvelle de la nature.

Où l’on voit que les rapports arts et sciences doivent être pensés avec une grande précision. Ce document nous rappelle que nous pouvons, avec le même projet, tomber dans un nouveau romantisme, plus ou moins mâtiné désormais d’écologie, ou élaborer une nouvelle composition évitant le retour des anciennes mythologies.
 

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