Economie

Lire à l'écran

Couverture ouvrage

Marin Dacos Florian Cramer Pierre Cubaud
Editions B42

Lire l'écran
[vendredi 03 fvrier 2012]


Petit précis de lecture à l'ère du numérique...

Adapter la pensée à l’écran ainsi qu’aux caractéristiques du net, penser la diffusion des idées à l’ère du numérique, tel est le sujet de réflexion de Lire à l’écran, un petit livre au format paysage, publié en novembre dernier, aux belles Éditions B 42.

Actes de la Journée d’étude organisée par l’ESAD Grenoble-Valence et sous-titré, "Contribution du design aux pratiques et aux apprentissages des savoirs dans la culture numérique" l’ouvrage aborde en réalité différents champs de la lecture à l’écran au travers du prisme d’auteurs de référence : la littérature numérique (Marin Dacos et Florian Cramer), les tentatives de bibliothèques numériques (Pierre Cubaud), les outils de lecture à l’écran (Yannick James) ou encore des magazines web collaboratifs (interview du studio stdin).


Avec son format intrigant, ce livre a le mérite de dresser un panorama des questions autour de la lecture à l’écran et, sans être exhaustives, les contributions des auteurs sont larges et clairvoyantes. Cependant, il semblerait que le réel enjeu du livre ait été oublié. Dans leur présentation, les Éditions précisent vouloir analyser l’implication du design graphique et typographique dans la lecture à l’écran, car cette discipline "agit non pas à la surface des choses, mais dans leur structure, dans les processus, dans les relations."


Certes, le design graphique et la typographie ont un rôle à jouer dans la hiérarchisation et l’organisation des savoirs, ainsi que dans les conditions d’écriture et de lecture à l’écran. Malheureusement, le livre traite très peu ces questions, exception faite de l’entretien entre l’historienne Annick Lantennois et le studio stdin. En effet, ce duo de graphistes basé à Bruxelles a développé depuis plusieurs années des magazines web (Issue Magazine et else if) consacrés au design graphique, à sa théorie et à ses implications dans la culture numérique. Dans Issue Magazine, le studio propose des articles à augmenter : l’ambition du site consiste à ce que chaque internaute puisse lui aussi proposer des textes dans le corps même des articles. Bizarrement, il n’y a pas encore de commentaires sur leur site, alors que le projet date de 2007.


Les textes publiés sur Issue Magazine font l’objet d’un découpage sémantique, qui permet de laisser des commentaires à plusieurs endroits de l’article. Dans le projet else if, qui a rapidement été abandonné, le studio imaginait que chaque internaute puisse aussi créer des corpus, des listes de lecture, la hiérarchisation du contenu fonctionnant sur un principe "d’archivage plat" : chaque texte est présenté au même plan que les autres, n’entraînant plus de discrimination entre contributeurs et internautes.


En définitive, le studio a longtemps réfléchit à la place du lecteur/contributeur dans l’interface, mais le site tend à devenir un forum de discussion plus qu’une réelle revue. Les projets Issue Magazine et else if, qui n’ont duré qu’un court instant, viennent se fondre dans LGRU, l’unité de recherche Libre Graphics : un ensemble de designers et théoriciens qui se sont associés pour créer une plateforme de vingt textes théoriques sur le design graphique. Le projet, en cours de réalisation, devrait reprendre l’idée "d’archivage plat" et viserait à donner un socle théorique aux étudiants en design et jeunes professionnels de la création graphique. En plus d’une réflexion sur la médiation par le numérique (qui écrit ? Pour qui ? Comment ?), le studio réfléchit à son utilisation politique en défendant avec ferveur le logiciel libre.


Outre des propos sur le copyright, l’open source ou la programmation, stdin n’évoque pas son activité propre de graphiste. D’ailleurs, dans l’ensemble du livre, le travail quotidien du graphiste n’est pas abordé, aucun texte sur la différence de composition entre papier et écran (pensons à la disparition de la page dans la littérature numérique), ni réflexions autour du dessin de caractères numérique. Personne n’évoque le fait qu’avec Ibooks (l’application de lecture pour Ipad) l’utilisateur peut changer la typographie et le corps du texte pendant sa lecture. La typographie (et sa composition) n’est-elle pas choisie pour une certaine utilité ? Quand El Lissitzsky compose pour Maïakovski dans For the Voice, ce n’est pas pour rien non ?


On peut se poser des questions également, sur les termes du sous-titre "Contribution du design", car les différents champs du design sont trop peu convoqués dans le livre. Par exemple, on pourrait s’interroger sur l’utilisation des objets de lecture (ordinateur, tablette, liseuse, smartphone, borne urbaine) et pour quels usages ? Et dans quels espaces : lire au travail ou écrire dans le métro, lire dans son lit ou en forêt ? Comment le hors-champ, visuel et sonore, le mouvement de notre corps même, influe sur notre lecture…


Le livre n’est que l’amorce d’une réflexion plus profonde, qui certainement ne correspondait pas aux ambitions de cette journée d’étude. Ces Actes apportent toutefois un intérêt certain à la participation de l’utilisateur dans l’écriture des savoirs, le livre collaboratif et l’écriture simultanée redéfinissant le rôle de l’auteur dans le numérique.

Article écrit en partenariat avec Strabic.fr
 

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