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Politique

Paroles de leaders, Décrypter le discours des puissants

Couverture ouvrage

Philippe-Joseph Salazar
Bourin

Petit manuel d'anti-manipulation
[vendredi 27 janvier 2012]


 Un décryptage de la rhétorique des politiques. 

" Vous avez horreur de la rhétorique, et vous avez bien raison. C’est, avec la poétique, la seule erreur des Grecs. Après avoir fait des chefs-d’œuvre, ils crurent pouvoir donner les règles pour en faire : erreur profonde ! Il n’y a pas d’art de parler, pas plus qu’il n’y a d’art d’écrire. Bien parler, c’est penser tout haut. Le succès oratoire et littéraire n’a jamais qu’une cause, l’absolue sincérité "  .

Conclusion étonnante pour un passage du discours prononcé par Ernest Renan, sous la coupole de l’Académie française, à l’occasion de la réception de Ferdinand de Lesseps, en 1885. Le décalage devient, en effet, saisissant lorsque l’on se souvient que cet Immortel fut condamné à cinq ans de prison après avoir promis fortune et non banqueroute aux actionnaires du Canal de Panama.
Or, la même année, la rhétorique disparaissait partiellement en tant que discipline inscrite au programme de l’enseignement secondaire, sa disparition totale ne survenant qu’en 1902.

L’absolue sincérité serait-elle la cause des discours politiques ? Des discours des puissants ?

Le postulat de Philippe-Joseph Salazar s’avère tout autre dans son ouvrage Paroles de Leaders, Décrypter le discours des puissants. La parole, de la Chambre des Lords à la Maison Blanche, des chaînes câblées au petit café du commerce politique, est sous-tendue par un argumentaire efficace et artificiel. Ainsi, les 0,07% d’hommes politiques, ces 1% dénoncés par Occupy Wall Street, fabriqueraient  "ces esches frétillantes et ces mouches goûteuses qui nous font souvent avaler l’hameçon, la ligne et même la canne à pêche. Et à certains le moulinet". Il faut donc comprendre pour mieux décrypter, en s’appuyant sur " la rhétorique, technique qui s’acquiert, comme lire et compter (enfin qui devrait) ".

L’ouvrage Paroles de Leaders, Décrypter le discours des puissants, se déploie ainsi en un collier de perles d’humour et d’intelligence, chacune s’avérant ciselée par son sujet. Le pape, la Mannschaft, Al-Jazeera, Nicolas Sarkozy, Barack Obama, EADS et les syndicats, ou bien encore WikiLeaks et le Père Noël sont décortiqués par l’œil acéré et quelque peu moqueur de Philippe-Joseph Salazar. Ce dernier est notamment connu pour ses travaux issus de l’Ecole française de rhétorique, fondée par Marc Fumaroli, et enseigne la rhétorique à l’Université du Cap. Il s’est particulièrement intéressé au ''rhetorical turn'', corolaire du tournant linguistique et qui s’est imposé dans le monde anglo-saxon à partir des années 1950.

A l’image des Modes d’emploi d’Umberto Eco  , succession de pensées sur la vacuité du quotidien, le regard de l’auteur sur ses contemporains est amusé, même s’il se teinte parfois d’un certain pessimisme. C’est ce pessimisme que Philippe-Joseph Salazar souhaite combattre par l’apprentissage de la rhétorique, à la fois art de persuader et science du bien dire. Il en tire notamment sept règles fondamentales auxquelles il convient de se soumettre pour décrypter efficacement les messages véhiculés par les leaders. Comme un petit manuel d’anti-manipulation.

Arrêt sur images sonores de cette année 2011, Paroles de leaders met en relief les aspérités de notre quotidien. De la déconstruction saisissante du Discours d’un roi à la question mortelle " qu’est-ce que gouverner si les mots n’ont pas de sens ?"   en survolant le traitement médiatique du printemps arabe, l’anecdotique et l’ordinaire font sens. C’est là, la joie de la rhétorique : unifier par le même prisme toute parole, afin d’en révéler l’artifice.

Le discours politique se révèle être bien sûr à l’honneur, sous la plume de Philippe-Joseph Salazar, qui en démontre les ressorts et les absurdités, notamment lorsque les mots engagent irrémédiablement un État dans un conflit, parlant de  "pertes"  et non plus de  "morts", de "combat" et non de " guerre".  . Au-delà, une analyse particulièrement pertinente de la distinction entre le temps et la durée en politique est menée : " La Durée, nécessaire à la grande et belle action politique, s’est lentement abolie dans le Temps. La Durée, qui stimule l’imagination, permet de sentir le vécu, de se projeter et de ressasser, a disparu devant l’urgence, le coup par coup et l’échéancier – avec la même folie à courte vue et à pleins pouvoirs qui anime les marchés financiers et allume l’œil du trader fixé sur l’écran des cours, seconde après seconde ".

Il en va de même pour le reflet des actions politiques. Les discours sont désormais ancrés dans le temps et non plus dans la durée. Or, c’est uniquement à ce prix qu’ils pourraient retrouver " l’absolue sincérité " de Renan. En attendant, l’usage de la rhétorique demeure indispensable. Vous êtes prévenus.
 

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1 commentaire

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Ph-J Salazar

28/01/12 21:53
On me signale votre c-r et je vous en remercie. Je continue cette "pragmatique" avec De l'art de séduire l'électeur indécis", qui sortira sous peu et dont je donne, vous me pardonnerez l'audace de m'auto-citer ainsi, l'endroit du décor dans Comment François Hollande nous parle: http://www.lesinfluences.fr/Comment-Francois-Hollande-nous.html
Cordialement. PJS
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