<p>&quot;Migrants en Guyane&quot;&nbsp;contribue &agrave; changer notre regard sur une partie du territoire d'Outre-mer.</p>

2011 étant l’année des Outre-mer français, Frédéric Piantoni, maître de conférences à l’Université de Reims et chercheur au CePeD (Centre Population et Développement), saisit cette occasion, à travers son livre Migrants en Guyane, de contribuer à changer notre regard sur une partie du territoire français d’Outre-mer. Cette étude illustrée par de très belles photographies de visages d’hommes et de femmes interpelle le lecteur sur la part de l’Autre en nous.


La démarche de l’auteur s’articule autour du tryptique suivant :

• Les raisons d’une immigration en Guyane
• Les problèmes posés par cette immigration
• Le dépassement de la logique d’assimilation
 

L’auteur nous développe une étude sociologique détaillée sur les causes de cette immigration en Guyane. Ces causes sont multiples : à la fois historiques, économiques et géopolitiques. En effet, si la question migratoire fut constitutive de l’histoire de la Guyane depuis le XVIIIème siècle, elle fut également mobilisée comme levier de l’implantation géopolitique et de la conquête territoriale. Par la suite, la départementalisation opérée en 1946 assigna à l’immigration un objectif de valorisation économique. Pour exemple, la construction du centre spatial guyanais, en 1965, draina une main-d’œuvre issue des pays sud-américains (Bolivie, Brésil, Colombie, Haïti, Suriname) qui posa les bases des filières migratoires que nous connaissons aujourd’hui.
 

Cette immigration, tant désirée auparavant, soulève aujourd’hui des problématiques nouvelles au sein de la société guyanaise. Selon l’auteur, cette immigration souhaitée bouscule une société marquée par un cloisonnement communautaire, lourd héritage de l’échec du processus de décolonisation en termes sociaux et économiques.
 

Ce contexte social guyanais devient donc producteur de discriminations directes à l’égard de ces hommes et de ces femmes venant chercher "une autre vie" sur cette parcelle de territoire français ("Chèché la vi"). Surgissent ainsi dans le paysage sociétal guyanais de nombreux débats sans bases juridiques solides relatifs à une quête de l’identité guyanaise.
 

L’une des réponses possibles aux problématiques soulevées par cette immigration guyanaise réside dans le dépassement de la logique d’assimilation inscrite dans les lois de départementalisation de 1946, réaffirmée par les lois de décentralisation de 1982. L’auteur reconnaît ainsi la spécificité culturelle, historique du DOM de la Guyane par rapport aux DOM des Antilles (Guadeloupe et Martinique). C’est en ce sens qu’une évolution statutaire de la Guyane vers une Collectivité d’outre-mer dotée d’une plus grande autonomie et d’une reconnaissance de ses spécificités semble être une voie exploitable pour l’auteur.
 

"2011 : Année des Outre-mer" vient ainsi nous conforter dans l’idée que l’Outre-mer demeure un espace pluriel au sein de l’Etat français#nf#