Arts et Sciences (32) : Années 1960
[lundi 28 novembre 2011]



Revenons sur les rapports de la musique et des sciences, en la personne de Jean-Claude Risset. Pionnier de la synthèse des sons avec Max Mathews aux Bell laboratories, il a effectué des recherches sur le son musical et sa perception aux fins d’explorer musicalement des ressources nouvelles. Il a récemment proposé des entretiens dont nous extrayons ceci.

Dans ces entretiens, il démystifie d’abord la musique : " Je voudrais dire une chose sur la question du formel et du sensible. Quand on pense à une partition musicale, on imagine une description, une épure, un schéma, ... En réalité, c’est un code d’actions ". En revanche, pour fabriquer des sons de synthèse, il faut donner une " recette " à l’ordinateur. Cette recette est une description numérique, très précise. " Cette description numérique va être traduite en sons ". Et le compositeur d’ajouter : " Le musicien essaie de mettre en scène des relations entre les sons perçus. Or, quelquefois, on établit des relations entre des paramètres physiques et l’on croit que ces relations vont se traduire par des relations semblables entre les différents éléments que l’on va entendre, entre les objets de la perception, et ce n’est pas du tout ce qui se produit ".

Puis le compositeur nous apprend à faire attention à ne pas confondre toutes les formes musicales. " Dans la musique électroacoustique coexistent la musique électronique, composée de sons produits par des générateurs électriques, plus ou moins détournés de leur fonctionnement, et la musique concrète faite de sons enregistrés, montés. Ce sont deux écoles très différentes ", même, ajoute-t-il, " antagonistes et hostiles d’un point de vue esthétique ".

Approfondissant ce point, il indique : " D’un côté la musique concrète, qui offre des possibilités sonores très riches mais un éventail de transformations sommaires ". De l’autre, " la musique électronique – au départ conçue par des musiciens sériels dont le but était de réaliser très précisément leur épure, pratiquement injouable par des instrumentistes - avec des sons bien contrôlés par des oscillateurs mais assez mornes, assez ternes ".

Il travaille d’ailleurs au GRM, Groupe de Recherche Musicale, organisme fondé par Pierre Schaeffer. A l’époque, " les sons acoustiques que j’ai utilisés sont des sons de l’environnement. Mon idée était d’utiliser des sons reconnaissables. Schaeffer disait qu’il fallait masquer l’origine des sons faute de quoi on ne les entendrait plus que comme signal, comme étiquette ". Cela étant, " ce qui m’intéressait, c’était de jouer sur l’identité même des sons naturels, acoustiques, très reconnaissables, et j’avais pensé bien évidemment au son de la mer, aux sons de la région dans laquelle j’habitais ". Le commentaire s’ensuit : " Comme on peut photographier des paysages, on peut " phonographier " des paysages sonores ".

Et à propos de son œuvre  Sud , il écrit : " J’avais choisi des sons naturels et des sons de synthèse assez différents. Des sons de synthèse avec une hauteur déterminée, alors que les sons naturels n’en avaient pas – comme les sons de la mer – ou alors une hauteur que je ne contrôlais pas – les oiseaux qui faisaient des volutes ou les grillons qui chantaient en fa dièse. J’ai traité tous ces sons de façon à les amener à se croiser, s’interpénétrer. Je pense à cette citation de Cézanne : " je veux marier des courbes de femme et des épaules de collines " " . Ainsi, termine Jean-Claude Risset : " Petit à petit j’ai imprimé sur les sons naturels, l’échelle de hauteur – la gamme, le raga – que j’avais choisie pour les sons de synthèse. Ainsi, j’accordais les sons de la mer, je filtrais le chant d’un oiseau pour qu’il devienne une sorte de gamme, une mélodie, qui n’est pas exactement jouée par l’oiseau, mais dont les rythmes sont commandés par son chant, et je transposais le son des grillons suivant l’échelle. Il s’agissait d’imprimer cette structure de hauteur, qui n’était pas au départ dans les sons naturels et au contraire, d’imprimer, sur les sons de synthèse, des flux, des énergies, des contours, des impulsions, des modes de déploiement, issus des sons naturels ".

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