Arts et Sciences (28) : du point de vue de la musique
[jeudi 03 novembre 2011]


Pour sa troisième édition, l'instalation du duo Alam Fury dans les nouvelles serres du jardin botanique de Tours donne à sentir la continuité du monde et de nos perceptions en associant l'art à la science.

Le visiteur prend place dans un module en bois et plexiglas. Il accède à cet habitat son par un couloir intérieur. Devant l’accès à l’ensemble un bassin rectangulaire voit son eau mise en mouvement par un dispositif de haut-parleurs placés sous le bassin. Un faisceau lumineux permet à l’agitation de l’eau de se refléter à l’intérieur du module d’écoute. L’auditeur prend place à l’intérieur et entend la musique provenir d’un subwoofer (basses fréquences) alors que les haut-parleurs hautes fréquences sont disposés et dirigés de manière à produire une spatialisation singulière et déstructurée du son.

L'information devenue audible, le son devenu visible

L’ensemble est conçu à partir de l’image que les savants nous donnent actuellement de la complexité du cerveau. Les artistes ont travaillé à partir de transcriptions en ondes sonores d’ondes cérébrales. Le matériau sonore provient donc d’informations de nature invisible, d’ondes électromagnétiques fournies par des chercheurs en neurosciences, auxquelles sont mêlés des enregistrements  d’ondes issues des milieux naturels terrestres ainsi que des sonorités de notre environnement électronique quotidien, de voix… En quelque sorte, disent les artistes (Vonnick Mocholi et Claude Besnard), « une composition sur ce que le monde nous donne à voir et à entendre et ce que nous imaginons, une circulation entre le dehors et la pensée ». Ils précisent encore « la pièce sonore constituera ainsi une composition poétique à la croisée de ces éléments et de ces phénomènes, amenant une double révélation : les informations devenues audibles et les sons devenus visibles, au moyen de l’habitat son et du système vibrant.

On pourrait énoncer ceci à propos de cette œuvre : Il est courant d’opposer l’art et l’élévation qu’il produit à la platitude des résultats de recherche scientifique. Or Alma Fury renverse la perspective : pour ces artistes, les sciences réaliseraient littéralement ce qui reste un idéal pour leur art musical : manifester la pulsation du monde. Les sciences, sous l’espèce des sciences cognitives, ici, sauraient mobiliser l’énergie cervicale qui serait au passage le fin du fin de la recherche (l’homme se saisissant soi-même dans son mode de pensée). Et l’art n’aurait plus qu’à traduire ce savoir.

L'art allié à la science pour appréhender le monde comme un tout

 


Il reste que la fin de la métaphysique (et de son organisation disciplinaire : le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, musique, astronomie, géométrie)) a livré, depuis le XVII° siècle, chaque domaine à sa législation propre et abolit le rêve d’un « savoir » universel ou total coordonné par le divin et finalement réservé à quelques-uns. Les mondes de ces deux champs, les arts et les sciences, sont donc bien et efficacement séparés à partir de ces travaux qui dessinent la modernité. Et lorsque des liens sont maintenus, souvent superficiellement, c’est pour mieux entretenir la domination de l’un ou de l’autre sur l’autre. Il faudra bien revenir sur ce point au fil de ces chroniques.

L’art contemporain, fût-il donc musical, travaille, avons-nous démontré ailleurs, sur les pratiques d’interférence. Ce qui nous arrive bien ici. Mais ce qui oblige du coup à un prolongement de réflexion sur les exigences de l’argumentation dans le cadre des interférences, si on ne réduit pas la parole au seul énoncé des appréciations (discours apophantique, qui déclare, « j’ai vu ceci ou cela »).

Néanmoins, ce qu’il importe aussi de commenter dans le cas qui nous occupe, c’est sans doute moins ce geste, un peu métaphysique, qui peut sembler à la fois moderne (l’art se saisissant de tout) et réducteur (il y a une métaphysique cachée derrière cela), que le résultat : une installation musicale, une sorte de sculpture de la respiration. L’effet musical auquel pousse la pratique d’Alma Fury étant de faire jouer les sons du goutte-à-goutte à l’écoulement, de l’écoulement à l’étoilement, de l’étoilement au cercle concentrique… .
   
 

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