Arts visuels

Les très riches heures du livre pauvre

Couverture ouvrage

Daniel Leuwers
Gallimard

Qu'est-ce qu'un "livre pauvre" ?
[lundi 03 octobre 2011]


Les "livres pauvres" ou la découverte d'un nouveau genre de livres d'artiste.

Spécialiste de poésie de Rimbaud et Mallarmé, Daniel Leuwers a consacré plusieurs ouvrages à Pierre Jean Jouve, René Char, Arthur Rimbaud, Yves Bonnefoy. Il est également l'auteur d’une Introduction à la poésie moderne et contemporaine et d’une Histoire de la littérature française, de Zola à Apollinaire. Après sa rencontre avec René Char, Daniel Leuwers n’a cessé d’être inspiré par le mariage entre la poésie et la peinture, celui-ci l’incitant à réaliser de nombreux livres d’artistes.

Le dernier ouvrage de Daniel Leuwers traite des "livres pauvres". Ces ouvrages, ou plutôt ces œuvres d’art, sont visibles toute l’année dans des expositions itinérantes en France et à l’étranger. L'auteur nous propose une sorte de catalogue d’exposition : présentation des différentes collections, des œuvres, des auteurs et des artistes.

En 2002 commence l’aventure des "livres pauvres". L'iniative de Daniel Leuwers trouva, à ses débuts, peu d’admirateurs. Aujourd’hui, pourtant, des milliers de livres sont présents dans les collections. Dans l’exposition de 2003 au prieuré de Saint-Cosme (lieu où sont exposés les livres lorsqu’ils ne sont pas en tournée) figuraient quatre-vingt livres ; en 2006, cent vingt nouveaux livres s’incorporaient à la collection, en 2008 trois cents livres de plus et pour l’année 2011, s'ajoutent six cents ouvrages.

Les "livres pauvres" n’étaient, au début, qu’en langue française. Mais, rapidement, l’engouement des artistes amena le "livre pauvre" à devenir polyglotte. Le serbe, le flamand, le portugais (du Brésil et du Portugal) firent leur apparition parmi des dessins de peintres du monde entier.

Le "livre pauvre" rentre dans le genre du livre d’artiste, "œuvre dans laquelle l’intervention de l’artiste est dominante et omniprésente. Avant d’illustrer le livre, il en choisit la morphologie et le moyen d’expression : pliages, collages, reliefs, transformations, mise en page, typographie, calligraphie, calligrammes, dessin, aquarelle, peinture, gravure, graffiti, procédés divers et panachés. La part de l’auteur se limite à des textes-prétextes courts : fragments de prose, poèmes, haïku… Des simulacres de texte ont parfois même servi de déclic à l’imagination du maître d’œuvre. La part prépondérante de l’artiste s’explique par le fait qu’il est l’initiateur, qu’il donne par son seul pouvoir créatif une physionomie particulière à son livre.
Le nombre d’exemplaires d’un livre d’artiste est toujours limité à un très petit nombre, rarement supérieur à cent" .

Selon Daniel Leuwers, le "livre pauvre" n’est pas un livre d’artiste, ce n’est pas un livre à proprement parler, mais plutôt un pliage agrémenté de textes et de dessins. "Il ne s’agit pas ici de livre mais d’une simple feuille de papier dont le format peut varier et qui obéit à plusieurs modes de pliage. Loin d’être un livre dont, assis, on tourne les pages, on a affaire à une page autour de laquelle on tourne, debout. D’autre part, la conjonction de l’écriture manuscrite et de l’illustration originale place d’emblée le livre pauvre au-dessus de la plupart des publications ordinaires“ .

Daniel Leuwers a su mettre à profit son expérience dans Les Tès Riches Heures du livre pauvre en tant que créateur mais surtout en tant que "collectionneur". Le terme collectionneur est ici malaisé car ces livres ne sont pas disponibles à la vente. Ils ne sortent, en général, qu’en six exemplaires : deux pour l’illustrateur, deux pour l’auteur, et deux pour les collections – dont un destiné au prieuré de Saint-Cosme et l’autre pour les expositions itinérantes en France et à travers le monde. Mais, en tant que collaborateur des collections, Daniel Leuwers garde précieusement les pièces qu’il a écrites et que divers artistes ont illustrés.
Voilà donc le but de cet ouvrage. Nous montrer de petites œuvres d’art faites de papier et d’encre. Mais c’est avant tout un catalogue d’exposition et il ne satisfera donc pas la soif de connaissance des novices.

Aucune présentation des collaborateurs, Daniel Leuwers cite les noms des différents protagonistes ainsi que leurs œuvres sans aucune explication, sauf celle d’appartenir à une collection en particulier. Pas de description physique des pièces montrées, ni des matériaux utilisés (pourtant sûrement nombreux et importants pour mieux imaginer la pièce) ni le support (une, deux, trois pages ? en papier de Chine, nacré du Japon, vélin, vergé ancien ? détail qui a son importance pour les connaisseurs) ; pas de transcription ou de citation du texte des pièces, aux lecteurs de s’abimer les yeux à déchiffrer les poèmes (pourtant magnifique lorsqu'ils sont décodés). Bien entendu, avec ou sans transcription, le lecteur se plaira à admirer l’écriture manuscrite des auteurs, cela va sans dire ; pas de traduction des textes, aux lecteurs de savoir parler l’hébreu, l’anglais, le grec, le chinois et l’albanais. Là encore, rien n’empêche d’admirer la pièce, mais une traduction n’est jamais de refus.

Tous ces petits détails rendent donc l'accès à cet ouvrage quelque peu difficile, mais ne déparent en rien le plaisir que le lecteur, même novice, peut ressentir à la lecture de ce livre.

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1 commentaire

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isa

13/07/15 17:09
j'ai découvert les livre pauvre au prieuré de saint come: Superbes !
c'est juste dommage que l'on arrive pas à lire aisément derrière la vitre.

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