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Politique

L'avenir d'une idée : une histoire du socialisme

Couverture ouvrage

Gatan Gorce
Fayard , 368 pages

L'avenir du socialisme
[vendredi 30 septembre 2011]


Échappant aux œillères que nous impose l'agenda électoral et refusant les discours triomphants de ceux qui proclament la mort du socialisme, Gaétan Gorce nous propose de retracer l'histoire de cette idée. Au travers de ses évolutions, mais aussi de sa permanence, il en livre l'essence, le principe, comme une base sur laquelle bâtir le futur de la gauche. 

Pour un membre de la société politique, retracer l'histoire d'un pays ou d'une idée est un exercice toujours intéressant. A l'heure où se multiplient les livres-programmes, il devient judicieux et peut sembler nécessaire, lorsque l'on prétend participer à l'élaboration des décisions qui pèseront sur l'avenir, de faire un pas de côté et de contempler le chemin tracé par les anciens, duquel notre présent découle et dans lequel il s'inscrit, depuis nos pensées jusqu'à nos actes.
Avec L'Avenir d'une Idée, une histoire du socialisme, c'est à ce pas de côté, à ce détour par le passé que nous convie Gaëtan Gorce. Bien sûr, comme son titre le laisse entendre, l'histoire n'est pas le seul enjeu de cet ouvrage; sous bien des aspects, il tient du manifeste, d'une défense et illustration du socialisme en tant qu'idée, philosophie et principe d'action politique. Le sénateur-maire de La Charité sur Loire ne cache pas, ce faisant, qu'il réagit à un contexte. L'Avenir d'une Idée répond au Passé d'une Illusion de François Furet, comme ce retour à la question: "Qu'est-ce que le socialisme?" s'oppose à celles et à ceux qui proclament trop vite son décès, pour lui substituer la social-démocratie ou s'enorgueillir de la victoire d'un libéralisme mal défini dans la "bataille des idées".


L'histoire, cependant, n'est pas plus un prétexte qu'elle n'est cantonnée au rôle d'ornement. A la base de ce livre, il y a un cours que Gaëtan Gorce a donné à Sciences Po. Dans ce cadre, l'auteur a lu ou relu nombre d'essais et études consacrés au socialisme, soit, mais plus généralement à l'histoire contemporaine depuis la Révolution française. A ces travaux universitaires, il a ajouté un retour aux textes originaux, si bien qu'aux côtés de Michel Wieviorka, Marcel Gauchet ou Claude Lefort resurgissent des noms connus et moins connus, Jaurès et Marx, bien sûr, Blum, Mendès-France, mais aussi Fourier, Owen, Saint-Simon ou Proudhon. Le liste est longue, de ces auteurs français et étrangers, socialistes ou non, mais Gaëtan Gorce ne se contente pas d'en citer les noms, il les fait dialoguer page après page, chapitre après chapitre. C'est ainsi que nous suivons l'évolution de l'idée socialiste depuis ses premiers frémissements à l'enthousiasme romantique, cette réaction aux bouleversements politiques et économiques qui ont abattu les cadres de l'Ancien régime sans parvenir à en produire de nouveaux, aptes à garantir les libertés tout juste acquises. Nous voyons comment ils débouchent sur l'invention de la société et des disciplines s'y attachant, en premier lieu la sociologie, mais aussi, avec Marx, l'élaboration d'une critique des théories libérales de l'économie. Enfin, nous assistons aux adaptations de l'idée socialiste à la démocratie représentative, à ses exigences comme à l'exercice du pouvoir et aux instruments du pouvoir, parmi lesquels le plus marquant reste l'État, dont l'essor depuis le dix-neuvième siècle fut au moins aussi spectaculaire que celui du capitalisme avant de stagner aujourd'hui.

De ce retour à l'histoire, il ressort que le socialisme n'est pas une idée figée, un dogme se résumant à quelques formules et solutions intangibles, mais une succession de pensées qui se critiquent et se commentent, le plus souvent en réaction aux désordres qu'engendre l'élan capitaliste. De ce point de vue, l'exigence radicale de la collectivisation ou le recours à l'État pour répartir dans la société des richesses qui, sans lui, seraient accaparées par quelques individus, ne peuvent être perçues comme appartenant à l'essence du socialisme. Il ne s'agit que de réponses, manifestations momentanées d'une idée dans un contexte précis. L'unité de l'idée est ailleurs et se dégage dans ce qu'il y a de commun entre toutes ces propositions, si bien que Gaëtan Gorce peut fournir à sa question liminaire, "Qu'est-ce que le socialisme ?" une définition nécessairement générale, mais toujours vérifiable: si le socialisme est une idée, un philosophie qui s'élabore d'époque en époque et prend la couleur de sa génération, il naît toujours d'un sentiment, "de la révolte de tous les sentiments blessés par la vie, méconnus par la société", comme le rappelle l'auteur en citant Léon Blum.
L'idée naît du sentiment de justice que produit le spectacle de l'injustice, mais le sentiment primaire ne devient socialisme qu'à partir du moment où il quitte le constat, même élaboré, des inégalités dont souffrent les hommes, pour proposer un projet alternatif, une réforme de la société au sens le plus fort du terme, à la fois structurel et moral, où l'individu pourrait s'épanouir dans les libertés que lui a reconnues la Révolution sans subir les contraintes attachées à ses origines ou à sa fortune, une société où, pour paraphraser La Boétie, il n'aurait plus à confondre l'état de sa nature avec l'état de sa naissance.
Dans cette unité qui se dessine par le retour à l'histoire du socialisme, Gaëtan Gorce fonde sa certitude qu'il a un avenir et que ce serait une perte immense de renoncer à lui en donner un, car oublier l'idée reviendrait à étouffer le sentiment qui l'anime, la révolte contre l'injustice.
Ainsi, la greffe du manifeste sur la réflexion historique prend. Il la prolonge, et les lumières du passé éclairent l'avenir de nouvelles perspectives. L'auteur a conscience, cependant, qu'en se réclamant d'un héritage aussi exigeant, il va contre deux tendances, substituer la social-démocratie ou le concept de "gauche" au socialisme, ou s'arcbouter sur un dogme qui appelle les mêmes réflexes et s'appuie sur les mêmes outils sans tenir compte des évolutions du monde dans lequel ils se développent. En effet, avance l'auteur, le socialisme n'est pas réductible à la « gauche » ou à la démocratie, il n'est pas la simple adhésion aux libertés civiles et politiques nées avec 1789, il est le besoin et la volonté de permettre à chacun d'y rentrer malgré les désordres apparues avec la révolution industrielle.

En somme, et comme il l'écrit, Gaëtan Gorce veut rétablir du socialisme où notre temps ne veut voir que des socialistes, il veut interroger le substantif pour redonner son sens à l'adjectif.
La démarche est noble, elle le conduit à revendiquer l'actualité de l'idée "socialisme". Née en opposition aux désordres suscités par le capitalisme, elle durera autant que lui, à condition de se renouveler comme ces désordres le font. C'est donc vers un écosocialisme que Gaëtan Gorce nous invite à œuvrer, mais aussi vers une société plus active, plus citoyenne, où l'État ne serait pas le promoteur unique d'une solidarité entre individus isolés, mais le partenaire d'une action où les entraides immédiates et toutes les manifestations d'une conscience des injustices pourraient se manifester.
Aussi, sans rien bouleverser de l'histoire du socialisme – et telle n'était pas son ambition – l'ouvrage de Gaëtan Gorce se démarque par sa fermeté et son exigence. Il rappelle à chacun d'entre nous que penser est difficile quand s'enfermer dans un dogme ou abdiquer est facile. Pour être et demeurer, une idée doit toujours se renouveler, souple dans son expression, dans les moyens comme dans les réponses qu'elle oppose aux questions du moment, sans que jamais, toutefois, même au plus fort des compromis avec le réel que la politique implique, n'étouffe le sentiment qui est l'origine et le fondement de cette idée, sentiment où l'on puise comme à une source pour la régénérer.

On pourrait, bien sûr, interroger de cette manière toute idée politique. Gaëtan Gorce s'intéresse à l'idée à laquelle il adhère, le socialisme. Son ouvrage parvient à ce retour au passé pour donner au socialisme un présent et lui promettre un avenir. Il nous rappelle, comme Jaurès avant lui, que "c'est en allant vers la mer, qu'un fleuve est fidèle à sa source". Ce n'est pas là le moindre de ses mérites..

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