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Economie

Vers une société d'abondance frugale. Contresens et controverses de la décroissance

Couverture ouvrage

Serge Latouche
Mille et une nuits , 208 pages

Repenser la croissance
[dimanche 18 septembre 2011]


Dans cet ouvrage, Serge Latouche propose un projet alternatif à notre société de consommation autour de la notion de décroissance. Il nous invite à une réflexion utile et nécessaire sur l’avenir de notre système capitaliste.

Professeur émérite d’économie, Serge Latouche est l’un des principaux théoriciens de la décroissance, un ensemble d’idées portées par le mouvement  des « objecteurs de croissance ». Ce courant appelle à sortir d’une société de consommation génératrice de gaspillages et d’inégalités sociales. Les tenants de la décroissance contestent par ailleurs la logique de croissance de notre système en mettant en avant deux facteurs : la finitude des ressources naturelles et les dégâts irréversibles causés sur l’environnement.

Mais ce mouvement suscite de nombreuses critiques. Les partisans de la  décroissance prônent généralement un retour à une économie locale, ils affichent une certaine méfiance à l’égard de l’économie et remettent en cause les espoirs fondés sur la science et les technologies pour résoudre la crise environnementale. D’autres critiques à l’encontre des décroissants mettent en avant un discours catastrophiste et un manque de propositions concrètes ou réalistes aux problèmes qu’ils dénoncent.   

A travers cet ouvrage synthétique organisé autour de deux parties (contresens et controverses sur la décroissance), l’auteur propose de clarifier la notion de décroissance à travers divers thèmes, notamment l’environnement, le capitalisme, le productivisme, le développement, ou l’emploi.

Qu’est-ce que la décroissance ?

Le débat autour de la décroissance a été relancé ces dernières années en raison des crises écologique et climatique qui secouent la planète. Mais que recouvre exactement ce concept ?

Le mouvement décroissant, dont le premier théoricien fut l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen, prône la diminution du rythme de la croissance afin de revenir à des niveaux de production et de consommation compatibles avec les ressources de la planète. Toutefois, les tenants de la décroissance laissent de nombreuses questions sans réponse : notamment les niveaux de consommation et de production à abaisser pour atteindre un tel objectif, l’échéance d’une telle réalisation, le rôle que l’économie pourrait jouer dans ce processus.   

« La redéfinition du bonheur comme abondance frugale dans une société solidaire » (p 14). Telle est la définition de la société de décroissance proposée par Serge Latouche en introduction. L’auteur présente cette alternative comme nécessaire face à l’impossibilité de poursuivre une consommation effrénée, destructrice de l’environnement et souhaitable face à la « faillite de la réalisation de l’objectif du bonheur pour tous, promis par la société de croissance ». Une fois ce constat posé, la décroissance, explique-t-il « suppose de sortir du cercle infernal de la création illimitée de besoins et de produits » pour aboutir à une société d’« abondance frugale ».

Pour parvenir à cette sobriété choisie, l’auteur préconise des comportements individuels de « simplicité volontaire », consistant essentiellement à l’auto-limitation de sorte à consommer selon ses besoins réels. Serge Latouche avance par ailleurs l’objectif d'un recul de certaines productions et consommations pour revenir en France à des niveaux comparables, toutes choses égales par ailleurs, à ceux des années 1960 (p 65). L’ouvrage aborde également la question controversée des implications sociales d’une politique volontariste de décroissance à travers plusieurs chapitres.   

Un slogan « obus »

L’une des principales sources d’incompréhension concernant la décroissance est qu’elle est souvent confondue avec la décélération économique ou le ralentissement de la croissance. Or il convient de la distinguer de ces phénomènes, poursuit l’auteur.

Le concept de décroissance ne doit pas être pris pour la négation de la croissance ni pour l’état stationnaire ou la croissance zéro, explique-t-il, soulignant que la décroissance est avant tout un slogan « obus » visant à remettre en question le dogme de la croissance, la « mythologie productiviste » et sa domination sur nos mentalités et nos modes de vie.  

La notion de décroissance ne doit pas non plus être confondue avec un ralentissement subi de l’activité, c’est-à-dire avec la récession économique, insiste-t-il, mais comprise comme une décroissance « choisie ». L’auteur la compare ainsi à une cure d’austérité volontaire entreprise lorsque « l’hyperconsommation » en viendrait à nous « menacer d’obésité ».

Décroissance et progrès

La décroissance, ce n’est pas la négation du progrès technologique, poursuit l’auteur. « C’est la foi irrationnelle dans la science occidentale et la croyance dans la toute puissance de la technique » que les tenants de la décroissance mettent en question. Les partisans de la décroissance ne prônent toutefois pas le retour à l’âge de pierre, ironise-t-il, même si le recul de certaines productions et consommations est nécessaire pour retrouver une empreinte écologique supportable.

Le thème du progrès technologique permet de mieux comprendre l’un des principaux fondements de l’objection de croissance et son articulation avec la rupture prônée par les tenants de la décroissance, à savoir qu’une course à la croissance infinie est impossible dans un monde fini. Comme le rappelle l’auteur, les techniques ont besoin d’énergie pour être mises en œuvre et les sources d’énergie sont limitées. Si l’on suit l’auteur, dans ces conditions, il ne s’agit pas seulement d’en limiter l’usage, il faut abandonner notre modèle qui n’intègre pas l’idée de finitude des ressources naturelles. Cette question est également abordée à travers la théorie de la finitude de la planète, dans un chapitre consacré aux fondements scientifiques de la décroissance.

Décroissance et emploi

Comment concilier abandon de la croissance et emploi ? La croissance et l’emploi étant intrinsèquement liés, il est difficile en effet de concevoir comment la décroissance pourrait ne pas entraîner la hausse du chômage. Dans un chapitre consacré à l’emploi, l’auteur donne plusieurs éléments de réponse à cette question. Il cite quatre éléments qui devraient avoir un impact en matière d’emploi dans une société de décroissance.

Ces facteurs sont les suivants :
- un abandon des techniques destructrices pour l’environnement, de l’utilisation inconsidérée des énergies fossiles et des équipements énergétivores,
- la relocalisation des activités économiques et un abandon de l’exploitation du Sud,
- la création d’emplois à teneur écologique dans tous les secteurs d’activité, 
- un changement de mode de vie et des habitudes de consommation.

La sortie du système travailliste de croissance n’est possible qu’en contrepartie d’une forte réduction du temps de travail, explique Serge Latouche. Toutefois, affirme-t-il, il n’y a pas de raison de penser qu’une telle société ne pourrait susciter une activité salariée pour tous, activité soutenue notamment par la relocalisation industrielle et la reconversion écologique. Il paraît néanmoins difficile d’évaluer quelles seraient les conséquences pour l’emploi dans les secteurs concernés par une telle transition. 

La décroissance, un programme politique ?

Que l’on partage ou non les thèses de l’auteur, l’ouvrage de Serge Latouche permet de mieux repérer les débats actuels et les controverses qui entourent la notion de décroissance. Il met aussi en lumière les divergences internes au mouvement de la décroissance. Celles-ci apparaissent tant concernant l’objection de croissance en elle-même (faut-il abandonner la croissance ou faut-il une autre croissance, plus respectueuse de la nature ?) que sur les voies alternatives à la société de croissance et sur leurs modalités de réalisation.

Si l’auteur propose des pistes pour l’action politique, c’est davantage un appel à la prise de conscience individuelle qu’il lance à travers cet ouvrage. Il nous invite à la réflexion à la fois sur les risques de notre société de croissance pour l’écologie et sur la nécessité d’une plus grande prise en compte des enjeux environnementaux dans nos comportements individuels.

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