Arts et Sciences (22) : interférence ?
[lundi 05 septembre 2011]



* Après une pause estivale, Christian Ruby reprend sur nonfiction sa rubrique Arts et Sciences. Cette semaine, il nous présente le quatrième numéro du Cahier de l'Atelier Arts et Sciences

 

A l’occasion de la fin d’une résidence d’artiste au CEA de Grenoble, ce Cahier n° 4 de l’Atelier Arts et Sciences propose une réflexion générale portant sur les manières de conceptualiser les rapports en question, ainsi que sur la place que peut occuper une ou un artiste dans le milieu de l’entreprise, même si ce milieu est aussi spécifique que celui du CEA, dans ses deux dimensions : administrative et recherche.

En agençant interview de l’artiste- une synthèse sur un an de travail, soulignant les procédures et les résultats d’une telle approche-, oeuvres – car le Cahier est "artistique", dans la mesure où l’artiste a retraduit son travail dans la dimension de cet ouvrage -, et textes théoriques, ce Cahier donne corps à une perspective originale. A l’heure où plusieurs colloques, dont un à Toulouse, s’inquiètent de dessiner une théorie de la résidence en milieu d’entreprise, la lecture de ce Cahier donne matière à de nombreux compléments.

En l’occurrence, il propose une théorie de la surface d’échange entre activités, ici artistique et scientifique. Cette théorie vise à favoriser des interférences entre disciplines, lesquelles ne doivent pas se contenter d’être de simples rencontres au cours desquelles chacun tente de parler à la place de l’autre. Il y a surface d’échange lorsqu’un ajointement entre disciplines se produit, à partir d’un entre-deux à redéfinir sans cesse, qui refuse d’accepter leur prétention réciproque à englober toute la vie, à l’ordonner unilatéralement, et à donner d’elle la seule version possible.

Engager des interférences entre Arts et Sciences, faire travailler ensemble des activités hétérogènes, c’est se rendre attentif à ne pas se plier à n’importe quelle composition. Et surtout, c’est être constamment vigilant à ne pas se couler dans le moule de l’instrumentalisation ou de la spectacularisation. Moule auquel peu échappent de nos jours, sauf à avoir analysé d’emblée les relations complexes entreprise-art. Ces points sont d’ailleurs détaillés dans le Cahier.

A juste titre, il fait la part belle à l’artiste, Valérie Legembre, même s’il n’évite pas les autocongratulations diverses. L’artiste a plus qu’illustré le volume. Elle a pensé les pages publiées en fonction de son travail portant notamment sur des Peaux-de-photo. L’explication est donnée dans la publication.

En ouverture, un texte de Sylvie Sauvaigo raconte avec humour la croisade grâce à laquelle l’aventure a pu commencer. Un autre chercheur, Jérôme Planès, livre ses réflexions sur la matière et la lumière à la lueur du travail de l’artiste. On regrettera sans doute l’absence de compte rendu des approches des différents laboratoires ayant accueilli l’artiste et son travail.

Un texte détonne dans cet ensemble, parce qu’il ose prétendre détenir les "fondamentaux" en cette matière. La voix qui puise ainsi aux sources de la vérité, avec autant de fétichisme, celle de Nayla Farouki, nous offre un texte redoutablement réactif et postmoderne sur la base d’une analogie entre œuvre d’artiste et œuvre de scientifique, comme si une simple figure de rhétorique pouvait énoncer quelque chose de pertinent sur un objet aussi délicat.

Voilà donc une publication fort importante pour tous ceux qui suivent de près ces projets d’atelier ou de résidence d’artistes.

 

Cahiers de l’Atelier Arts-Sciences, N° 4
CEA – Bâtiment 2 033
17 rue des Martyrs
38054 Grenoble Cedex 09

 

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