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Sciences

Une histoire de la médecine ou le souffle d'Hippocrate

Couverture ouvrage

Patrick Berche Yvan Brohard Jean-Claude Ameisen Axel Kahn
Editions de La Martinière , 223 pages

Conquêtes et errances de la médecine, de l'Antiquité à nos jours
[vendredi 26 aot 2011]
Un ouvrage complet, bien pensé et richement illustré, pour qui souhaite s'initier ou approfondir ses connaissances en histoire de la médecine.

Fruit d'un travail entre trois grands noms de la médecine française (Axel Kahn , Patrick Berche , Jean-Claude Ameisen  ) et d'un historien de l'art (Yvan Brochard qui préface l'ouvrage et s'occupe du fond d'illustration), Une histoire de la médecine ou le souffle d'Hippocrate, propose au lecteur de découvrir les grandes étapes, les évolutions de la médecine en occident, de l'Antiquité jusqu'à nos jours. L'ouvrage a pour point de départ les 45 médaillons qui ornent la façade du centre universitaire de la rue des Saints-Pères à Paris. Les grands noms de la médecine qui y sont représentés servent ainsi de fil conducteur à la réflexion, qui est organisée autour de trois thématiques : "La découverte du corps humain", "La découverte du monde vivant invisible", "L'univers intérieur : les mondes de l'esprit".
 
Chacune de ces parties est savamment organisée, le développement acheminé de manière très structurée, parvenant à articuler différentes échelles d'analyses. En effet, les auteurs brassent des périodes historiques très larges (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance et l'histoire contemporaine) sans pour autant se contenter de survoler chacune d'entre-elles, et cela en procédant de la façon suivante. En premier lieu, un point général est fait sur la période concernée et sur la place qu'occupait la médecine à cette époque,  les moyens dont on disposait, ce qu'il était possible de faire d'un point de vue pharmacologique et chirurgical, l'état des connaissances, etc. Il est suivi d'un état des lieux des principales écoles de pensée (aspects théoriques). Enfin, à une échelle d'analyse plus précise, le parcours  de grandes figures de la médecine (Hippocrate, Gallien, Avicenne, William Harvey ou encore Louis Pasteur, parmi d'autres), permet de comprendre en quoi ils ont permis au savoir médical d'avancer, et comment ils ont influencé leurs successeurs. Nous nous trouvons en présence d'un travail qui parvient à articuler différents niveaux d'analyse, évitant aussi bien la généralisation excessive, d'une part, que l'érudition hermétique de l'autre, l'ensemble étant accessible, y compris au néophyte.
 
Dans le premier chapitre, consacré à "La découverte du corps humain", Patrick Berche rend compte du cheminement de la médecine depuis l'Antiquité, en s'intéressant plus particulièrement au savoir théorique, chirurgical et à la somme des connaissances en anatomie. On prend ainsi conscience de la façon dont les penseurs de l'Antiquité grecque et romaine, avec en tête de file Hippocrate et Gallien, ont jeté les bases de la médecine en mettant au point les prémices d'un code d'éthique et de déontologie et en favorisant l'observation et l'expérimentation. Ce socle antique va profondément influencer la société médiévale au point qu'elle va s'enfermer dans un dogme scolastique durant tout le Haut Moyen Âge, les principales innovations théoriques et pratiques venant d'Orient au cours de cette période. Le réveil va se faire progressivement à partir du XIème siècle, mais c'est réellement au moment de la Renaissance que la médecine occidentale va se régénérer. Les savants parviennent à s'extraire des dogmes scolastiques, revenant alors à une méthode plus empirique où prime une connaissance objective du corps. Des dissections anatomiques sont entreprises (par Léonard de Vinci, André Vésale), dont les découvertes seront appliquées dans le domaine chirurgical, notamment avec Ambroise Paré (1509-1590) pour ne citer que lui. Ce premier chapitre se termine en évoquant la découverte de la circulation sanguine par William Harvey (1578-1657) qui marque "un grand tournant dans la médecine moderne et est à l'origine du concept d'homme-machine".

 Le deuxième chapitre, dont s'occupe également Patrick Berche, est plus spécifiquement centré sur "La découverte du monde vivant invisible" et prend place dans un cadre chronologique plus long (de l'Antiquité jusqu'au début du XXème siècle). Cette partie s'ouvre en montrant comment l'une des théories d'Aristote (384-322) va représenter un frein pour la compréhension de l'univers microscopique. En effet, le concept de la "génération spontanée", selon lequel il existerait des formes de vie indépendantes de toute procréation et produite sous l'impulsion d'une "force" de nature indéterminée, va durablement influencer les penseurs de l'Antiquité et du Moyen Âge. C'est à la Renaissance que l'on va timidement commencer à se rendre compte de l'irrecevabilité de cette théorie, notamment grâce à l'idée novatrice de Girolamo Fracastor (1478-1553), à savoir le principe de contagion ; mais également grâce à Antoine Van Leeuwenhoek (1632-1723) qui, en mettant au point un microscope des plus performant pour l'époque, va véritablement ouvrir en grand les portes d'un monde qui était jusque-là invisible à l'œil nu. Néanmoins, malgré ces bonds en avant, la théorie aristotélicienne de la génération spontanée va se maintenir jusqu'au XIXème siècle et ne sera abandonnée que par l'approche expérimentale rigoureuse de Louis Pasteur (1822-1895) lui permettant d'élaborer sa théorie des germes. Les découvertes de Pasteur auront des conséquences rapides en médecine et notamment en milieu hospitalier où Joseph Lister (1827-1912) préconisera la mise en place de protocoles de stérilisation et de désinfection.
 
La dernière partie de l'ouvrage, dont s'occupe Jean-Claude Ameisen, intitulée "L'univers intérieur : les mondes de l'esprit", s'attache à explorer le cerveau et les  avancées faites en neurologie, en psychiatrie ainsi qu'en neurochirurgie. Contrairement aux autres chapitres, il s'agit là d'une histoire plus contemporaine puisque l'analyse commence par l'évocation de  la distinction entre "cerveau global" (où toutes les régions du cerveau participent de manière équivalente à l'activité cérébrale) et "cerveau modulaire" (où chaque "module" cérébral correspond à une activité bien spécifique), distinction qui se met en place à la fin du XVIIIème – début XIXème, chacun des scientifiques défendant l'une ou l'autre de ces conceptions. Ce chapitre est également l'occasion de connaître les grandes révolutions du XIXème siècle comme la théorie de l'évolution du vivant de Charles Darwin (1809-1882), la théorie cellulaire du vivant mise au point dans les années 1840 par Mathias Schleiden et Theodor Schwann. Sont présentées, les évolutions cliniques avec les progrès de l'anesthésie et de la réanimation ; et également pharmacologiques avec les médicaments du système nerveux. Ce chapitre sur "les mondes de l'esprit" est bien évidemment l'occasion de revenir sur la naissance de la psychiatrie grâce à des scientifiques comme Philippe Pinel, Jean-Martin Charcot ou encore Sigmund Freud. 
 
Il ne faudrait cependant pas croire que les auteurs nous présentent l'histoire de la médecine comme suivant un cheminement logique et sans faille, bien au contraire. Si effectivement on voit les apports et les avancées de la médecine pas-à-pas, les auteurs s'efforcent pour autant d'exposer les limites, les erreurs, les incompréhensions, et parfois même les errances, d'une époque, d'une école de pensée, voire d'un grand nom de la médecine, aussi brillant soit-il (à l'exemple de la phrénologie, des saignées, de la théorie du pneuma de Gallien ou de la vision réductionniste du cerveau modulaire de Frantz Joseph Gall). Citons ici Jean-Claude Ameisen, à propos de l'histoire de la médecine, qui "a été faite d'avancées dans de nombreuses directions et de reculs, de découvertes et d'erreurs, de conflits entre des visions radicalement différentes, parfois rapidement résolus, parfois persistant pendant très longtemps". 
 
Un mot enfin de la conclusion d'Axel Kahn qui dans cette même optique rappelle qu'il faut se méfier de la superposition entre idées préconçues et science, cette dernière devant servir à déconstruire les préjugés et non à les justifier. Un principe qui vaut pour toute science et qu'il faut garder à l'esprit aujourd'hui encore.

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