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Société

Homo Exoticus : Race, classe et critique queer

Couverture ouvrage

Maxime Cervulle Rees-Robert Nick
Armand Colin , 168 pages

Homo exoticus
[mardi 02 aot 2011]


  Le mariage gay et la pornographie à l'intersection des rapports de pouvoir, de classe et de race pour un essai queer des plus stimulants.

Dans leur ouvrage commun Homo Exoticus : Race, classe et critique queer, Maxime Cervulle, enseignant en études culturelles et en sociologie des médias à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur de publication de la revue Poli-Politique de l’image, et Nick Rees-Roberts, maître de conférence en études filmiques et culturelles à l’Université de Bristol (Grande-Bretagne), interrogent, à travers les exemples de la revendication du mariage des couples de même sexe et de l’étude de films pornographiques gays français, la place des dynamiques intersectionnelles dans les questions touchant à l’homosexualité aujourd’hui en France.
Partant de la question du droit au mariage entre personnes de même sexe qui agite de nombreux pays occidentaux, dont la France, Cervulle et Rees-Roberts tentent de mettre à jour les mécanismes qui sous-tendent une telle revendication.
Paradoxalement, les auteurs dénoncent l’aspect excluant de la revendication au mariage qui tendrait " à réaffirmer la centralité du mariage en tant qu’institution républicaine régulant la filiation et le patrimoine "  , validant ainsi une vision hétéronormée de la société.
En outre, loin de garantir une égalité pour tous, le droit au mariage entre personnes de même sexe ignorerait au contraire les différences entre homosexuel-le-s au profit d’une vision étriquée de l’homosexualité propre aux classes supérieures occidentales. Ainsi, d’après Cervulle et Rees-Roberts, " [l]e courant de l’activisme gay et lesbien en faveur de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe s’inscrit plus largement dans une vague d’eurocentrisme gay ignorant les multiples intersections entre mariage, nation, frontières, immigration et pauvreté. "  . Cette représentation de l’homosexualité, amputée de toute notion d’intersection, serait révélatrice d’une certaine homonormativité, dénoncée notamment par Judith Butler   à Berlin en juin 2010 lorsque cette dernière a refusé un prix pour s’opposer à la stigmatisation de l’immigré comme homophobe. Cette idée s’est depuis trouvée renforcer par l’appel du pied de Marine Le Pen   aux homosexuels lors de son discours du 10 décembre 2010 à Lyon dans lequel la désormais présidente du Front National opposait les homosexuels aux immigrés.
Il s’agit là, selon Cervulle et Rees-Roberts, d’une instrumentalisation de l’ "épistémologie sexuelle occidentale"   permettant d’ "imposer un agenda politique restrictif (le mariage,  "l’égalité des droits", la lutte internationale contre l’homophobie), une histoire téléologique et une conception occidentale de la sexualité et de la modernité "  .
Afin d’étayer leurs propos, les deux hommes se sont intéressés à la production de films pornographiques gays en France, marquée par un goût prononcé pour l’exotisme tout d’abord matérialisé par les pays du Maghreb puis par la banlieue. Cet orientalisme pornographique qui met en scène la virilité de personnages arabes ou beurs en position d’infériorité sociale par rapport aux personnages et public blancs agirait comme un révélateur des tensions raciales qui traversent la société française. Cette situation serait particulièrement bien mise en lumière par les films du studio Citébeur qui,  en tournant " sa caméra vers la source du désir orientaliste "  , aurait dévoilé " la blanchité du regard pornographique gay […] exposant le désir orientaliste dans toute sa nudité "  .
Forts de ce constat, Maxime Cervulle et Nick Rees-Roberts plaident donc en faveur d’un réinvestissement de la théorie queer pour aborder les questions liées à l’homosexualité qui s’appuierait sur la notion d’intersectionnalité telle que définie notamment par Cathy J. Cohen dans son article " Punks, Bulldaggers and Welfare Queens " paru pour la première fois en 1997 et dans lequel cette dernière estime que " les intersections des rapports de pouvoir ne reposent pas nécessairement sur une histoire ou une identité communes, mais sur une situation marginale commune face aux forces hégémoniques "  .
Une prise en compte des différences et des différends qui traversent la communauté LGBT permettrait selon les deux auteurs de faire naître " une reconnaissance sociale de cette diversité au sein de la communauté LGBT [...] sans doute préférable à une reconnaissance étatique qui signifie aussi homogénéisation des différences intra-communautaires "  .
Hybride dans sa conception, mêlant à la fois réflexion sociologique et porn studies, Homo exoticus n’en est pas moins convaincant. Il a le mérite d’ouvrir une réflexion alternative autour de la question du mariage de personnes de même sexe, loin des poncifs égrainés par ici ou là par un personnel politique en mal de reconnaissance..

 

 

 


 

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1 commentaire

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Sylvain Reboul

06/08/11 09:33
La question de l'universalité des droits et donc des libertés individuelles est présentée par les auteurs comme une vision purement occidentale contre d'autres visions tout aussi légitimes.

C'est ce relativisme qui pose problème: en quoi cette question ne devrait pas, chez les autres comme chez nous, ne pas faire l'objet dune conception du droit qui refuserait les discriminations au profit d'une universalité des droits de chacun quel que soit son genre?

Affirmer l'universalité des droits de l'homme, c'est refuser le relativisme anti-libéral qu'il soit occidental ou non. Les luttes des gays et lesbiennes chez nous et ailleurs est universelle en cela qu'elles posent l'exigence du droit universel comme fondement rationnel (et non pas religieux) de légitimité ou de justice qu'il ne faut confondre avec le fait empirique de la diversité des droits positifs et des cultures.
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