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Monde

La France en Afrique. Le combat des Anciens et des modernes

Couverture ouvrage

Yves Gounin
De Boeck , 188p pages

La France en Afrique : une querelle toujours vivace entre les Anciens et les Modernes
[mardi 02 aot 2011]
Ne pas se laisser influencer par le titre de l'ouvrage qui pourrait faire craindre une lecture aride et un contenu convenu. L'ouvrage d'Yves Gounin sur "La France en Afrique" est passionnant et très bien étayé. Il bénéficie de l'expérience de son auteur à des fonctions élevées au sein de l'administration française mais aussi auprès du Président de la République du Sénégal de 2006 à 2009. Et d'une certaine liberté de ton.

Yves Gounin évoque l'évolution des relations africaines en prenant pour fil conducteur les aspirations contradictoires entre le "conservatisme qui continue à traiter l'Afrique comme elle l'était naguère et le réformisme qui entend la dépasser en normalisant le traitement dont bénéficie l'Afrique". Ces aspirations contradictoires expliqueraient, selon lui, "une relation complexe, en réforme permanente où plusieurs acteurs ministériels, civils et militaires, agissent sans toujours s'accorder".

Les modalités de la coopération ont changé depuis "le choc de la décolonisation". L'auteur retrace celle-ci, devenue inéluctable, après la guerre. Les promesses formulées par De Gaulle à Brazzaville seront respectées par la IVème république qui remplace l'Empire par l'Union française. Les anciennes colonies accèderont progressivement à l'indépendance mais les relations avec l'ancienne puissance colonisatrice ne se sont cependant jamais vraiment muées en véritables relations interétatiques, estime l'auteur. Yves Gounin évoque plutôt des liens restés "intra-étatiques". Félix Houphouët-Boigny forgera le terme de Françafrique. Une expression reprise par François-Xavier Verschave dans les années 1990 pour dénoncer la part d'ombre de la politique africaine de la France symbolisée par plusieurs affaires (les diamants de Bokassa, le Carrefour du développement, l'Affaire Elf, l'Angolagate…).

 

Mais le complexe franco-africain se fissure à partir de 1994 ; une année marquée par la disparition de Félix Houphouët-Boigny, la dévaluation du franc CFA et surtout le génocide rwandais. La France est accusée d'avoir armé Kigali et d'avoir fait preuve de passivité durant le génocide. Paris est aussi mise en cause pour l'opération Turquoise mise en place le 21 juin 1994 afin de créer une zone humanitaire sûre, mais qui aurait permis à des génocidaires hutus de trouver refuge au Zaïre. En parallèle, la France donne l'impression d'abandonner l'Afrique (baisse de l'aide publique au développement qui n'atteint toujours pas les 0,7 % du PIB auxquels s'était engagé Jacques Chirac lors de la Conférence de Monterrey de 2002, diminution des investissements directs, affaiblissement de la coopération militaire et baisse du nombre d'assistants techniques). La réforme de la coopération (avec l'intégration du ministère de la Coopération au sein du Quai d'Orsay), le rôle d'opérateur-pivot confié à l'AFD, ne convainc pas davantage. En 2001, Michel Charasse, auteur d'un rapport sur la réforme de la coopération écrit à ce propos : "La grande réforme de l'aide publique française s'est arrêtée à celle du seul dispositif administratif sans déboucher (…) sur la définition claire d'une nouvelle et crédible politique française du développement". 

 

En arrivant à l'Elysée en 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé une rupture en matière de politique africaine. Yves Gounin rappelle les propos du chef de l'Etat : "Je veux signer l'acte de décès de la Françafrique". A Cotonou, en 2006, il affirme : "il nous faut débarrasser la relation franco-africaine des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés". Les signaux encourageants en ce sens, la disparition de la cellule africaine à l'Elysée, par exemple, ne suffisent cependant pas, pour l'auteur, à mettre fin à la bataille entre "anciens" et "modernes". L'entourage du chef de l'Etat compte en effet beaucoup d'anciens : Charles Pasqua (qui a d'ailleurs présenté Claude Guéant à Nicolas Sarkozy), Robert Bourgi, connu pour jouer le rôle d'homme de confiance auprès de certains chefs d'Etat africains et dont l'influence serait importante sur le chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy entretiendrait, par ailleurs, des relations proches avec des amis africains de Jacques Chirac (Denis Sassou Nguesso, Amadou Toumani Touré et Omar Bongo). Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération, doit abandonner son poste ; éviction qu'il doit, semble-t-il à l'intervention des présidents du Gabon, du Congo et du Cameroun. Le discours de Dakar prononcé en juillet 2007 aura aussi marqué le quinquennat. "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. (..) Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire". Nicolas Sarkozy tentera de corriger le tir à l'occasion d'un voyage en Afrique du Sud où il rencontre Nelson Mandela. Mais les propos du chef de l'Etat à Dakar auront mis à mal les relations franco-africaines alors que Paris est concurrencée sur le terrain par d'autres acteurs. La France n'est plus seule en Afrique même si elle conserve dans son ancien "pré-carré" une position dominante.

A l'issue de la lecture, on peut se demander si l'Afrique intéresse toujours autant la France surtout que Nicolas Sarkozy a lui-même affirmé que "la France n'avait plus besoin économiquement de l'Afrique. Les relations entre la France et l'Afrique ne sont pas conditionnées par des intérêts économiques. Ceux qui pensent cela commettent une erreur. C'était vrai du temps de la colonisation. Ce n'est plus vrai du temps de la démocratie" (Bamako, 2006). La zone franc représenterait environ 1% du commerce extérieur français. Et politiquement, si pour le général de Gaulle, l'Afrique était un instrument irremplaçable de puissance, la France, aujourd'hui, n'a plus tant besoin de l'Afrique pour faire entendre sa voix dans le monde. Pour l'auteur, l'intérêt de la France pour l'Afrique a sans aucun doute changé et cela est profitable pour les deux parties. Une thèse qui n'a pas manqué de susciter des controverses. On peut déplorer que l'Afrique soit considérée aujourd'hui comme un risque à cause de l'instabilité politique mais aussi de l'immigration clandestine. Un des versants forts de la politique africaine tend d'ailleurs de plus en plus à une politique d'endiguement de ce dernier risque.

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