<p>Au croisement des dynamiques urbaines et des &eacute;volutions technologiques, l&rsquo;&eacute;mergence de la &quot;ville 2.0&quot; est l&rsquo;objet de ce petit livre con&ccedil;u comme un outil de compr&eacute;hension des &eacute;volutions num&eacute;riques appliqu&eacute;es &agrave; l&rsquo;urbain.</p>

 Qu’est-ce que la "ville 2.0" ? Il s’agit d’une sorte d’utopie urbaine permise par le développement des outils numériques (données ouvertes, outils cartographiques, réseaux sociaux…), qui place l’usager au centre de l’innovation urbaine. Les citadins, les visiteurs et les professionnels évoluent au sein d’une "ville 2.0", numérique et démocratique, qui se superposerait à la ville matérielle et quotidienne, "1.0". La ville se transforme ainsi en une plateforme d’innovation ouverte au sein de laquelle les usagers, interconnectés, échangent des informations et ont accès à une foule de données qui se croisent. Cet usager, vecteur d’innovation, est également mis au cœur des processus décisionnels (consultation ou co-conception). Il s’agit donc d’un processus à la croisée de la ville et du web 2.0, des usages publics et privés.

Données ouvertes

Un exemple parlant donné par les auteurs est celui du site communautaire Healthy City, à Los Angeles. Cette plateforme met à disposition des outils cartographiques afin d’améliorer l’accessibilité et l’organisation des services sanitaires et sociaux de la région. Toutes les données de cette plateforme sont ouvertes : libre à chacun – particuliers, associations, partis politiques – de s’en emparer.

La ville comme plateforme d’innovation est de cette manière potentiellement ouverte à tous : "La municipalité se servira de ce type d’outils pour étudier de nouveaux aménagements et les discuter avec la population. L’opposition municipale s’en emparera pour montrer l’abandon dans lequel la municipalité laisse certains quartiers. Une association s’appuiera dessus pour (…) choisir où implanter un espace associatif. Une agence immobilière croisera ces cartes avec celle des biens à vendre ou louer pour mieux informer ses acheteurs." (p.6). L’application des outils numériques, et notamment des cartes, à la ville pourrait ainsi ouvrir une nouvelle manière de la vivre et de la penser.

Une utopie réalisée ?

"Le web 2.0 concerne déjà la ville. Comment la ville peut-elle en tirer le meilleur parti, voire s’en inspirer pour se réinventer ?" (p.42)

En effet, à certains égards, cette ville qui se superpose à la ville existe déjà. Des plateformes ont été développées et des outils créés, à l’instar du site Healthy City. Il en existe quantité d’autres, à l’image des applications pour Smartphones appliquées à la ville : guides des commerces et des sites touristiques alimentés par les commentaires d’usagers, applications créées par des programmateurs pour connaître en temps réel la disponibilité d’un Vélib’ à Paris, etc. Ainsi, la ville 2.0 n’est pas vraiment une utopie, d’où l’intérêt de cet ouvrage. La compréhension de ses enjeux et de la manière de réguler ces innovations pour développer des services utiles, aider à la décision politique et œuvrer pour une ville démocratique est un véritable enjeu pour les développements urbains futurs.

Bonnes pratiques

Tout cela est du domaine du possible. Il existe cependant des dangers, soulignés dans cet ouvrage : risque de mainmise des grandes entreprises de l’informatique et du web, question de la gestion des données privées… Dans un deuxième temps, le livre se veut ainsi une sorte de manuel pour penser un développement raisonné de cette ville 2.0, en dégageant les outils et les perspectives d’innovation, mais aussi en pensant les "bonnes manières" de faire cette "ville 2.0" afin de tendre vers des services démocratisés (appropriation des données par tout un chacun), au plus près des besoins des usagers. Il se veut ainsi un outil concret pour l’émergence raisonnée de cette ville 2.0, qui passe par le développement d’un écosystème nécessaire à son développement.

L’intérêt majeur de cet ouvrage reste peut-être de questionner le rôle de l’institution qui "devient moins celle qui planifie, décide, produit ou commande, que celle qui fixe une direction et stimule, observe, met en relation, oriente, conseille, arbitre" (p.104). Les acteurs urbains sont multipliés : les pouvoirs publics travaillent en parallèle avec les "consommateurs" (les usagers) et les "innovateurs" (les entreprises privées). Cette redéfinition du rôle des pouvoirs publics implique une remise en question de leur travail.

Il y a pourtant un risque, et si aujourd’hui (dans nos villes encore en majorité tristement 1.0) les projets d’aménagement urbain sont quasi-systématiquement doublés de concertations et de "débats publics", ceux-ci apparaissent souvent plus comme une manière de légitimer des politiques de la ville que comme un véritable souci d’innovation et de démocratisation urbaine. La concertation n’en est aussi qu’à ses débuts, et nous sommes donc encore dans une phase d’expérimentation.

On ne peut ainsi que regretter que la forme du livre, conçu comme un outil pour le développement raisonné de ce que sera la "ville 2.0", semble éviter aux auteurs d’effectuer un retour critique sur leurs positionnements : la concertation est-elle forcément démocratique ? Tous les usagers sont-ils réellement égaux devant cette innovation ouverte ?#nf#