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Arts et Sciences (19) : une expérimentation déjouée
[lundi 20 juin 2011]



L’artiste allemand Jan Kopp vient de nous faire parvenir un catalogue de son exposition Le jeu sans fin (Dornbirn, Allemagne) ; exposition d’ailleurs réalisée avec le Frac Alsace. Au sein de ce catalogue, outre des passages propres à Jan Kopp, portant sur sa conception de la transmission et de l’enseignement pensée à partir du travail de Jacques Rancière (Le maître ignorant), nous trouvons des photographies de l’œuvre qui nous renvoient immédiatement au thème Arts et Sciences. 

 

D’abord un espace d’exposition au centre duquel se trouvent onze pendules de cuivre poli, dont la lente oscillation anime un cirrus de billes de verre multicolores éparpillées sur une surface ellipsoïdale. Les pendules oscillent au même rythme et parcourent la même distance. Les 3500 billes de toutes les couleurs et de toutes les tailles s’égayent anarchiquement sur l’ellipse. 

 

Cet univers pousse le spectateur à penser à une dimension cosmique, dans laquelle cependant la constellation des billes est sans cesse réorganisée par l’effleurement des billes par un des pendules. Il le rend attentif à l’une des expérimentations scientifiques les plus connues de l’histoire des sciences : le pendule de Foucault (1819-1868). Les déviations du plan d’oscillation sont, comme on le sait, la preuve de la rotation de la terre. 

 

Encore faut-il saisir, si possible en regardant bien, que l’œuvre présentée ici multiplie les données, mais joue aussi sur un mouvement perpétuel qui ne saurait s’accomplir réellement que dans le vide gravitationnel. Pour l’entretenir dans le cadre artistique, il doit reposer sur d’astucieux mécanismes empruntés au monde du spectacle : un électro-aimant. De surcroît, là où Foucault avait placé un lit de sable pour recueillir et visualiser la déviation du plan d’oscillation. 

 

L’artiste, en vérité, se joue tout autant du spectateur que de l’expérimentation en question. Il se joue d’eux, non pour se moquer, mais pour chercher à savoir comment nous nous prêtons au jeu. Ce n’est pas non plus simple plaisir ludique, réducteur par rapport aux enjeux de l’art. Disons que l’artiste, qui connaît bien l’expérimentation de référence, la détourne pour susciter un imaginaire des forces qui, par ailleurs, ne cherche ni à copier la science ni à déployer une petite physique amusante. 

 

Il se joue de et déjoue, pour nous permettre de prendre la main de l’homme au sérieux, les lois de la physique élémentaire, et il nous demande de nous prendre à ce jeu dans lequel nous remettons au premier plan l’ordre et le désordre, le hasard et la nécessité, les équilibres et les déséquilibres. 

 

Olivier Grasser, historien d’art et commissaire d’exposition, le souligne dans le catalogue : "Le jeu sans fin repose l’énigme du réel et du visible. L’intérêt de Jan Kopp pour le rapport entre art et science, comme ici avec le pendule de Foucault, rappelle curieusement que la même énigme du réel, cent ans plus tôt, poussa les artistes cubistes qui s’émancipaient des lois du visible à rechercher dans la théorie scientifique de la quatrième dimension un fondement à leurs expérimentations".

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