Littérature

Le mythe dans les littératures d'Europe

Couverture ouvrage

Jean-Louis Backs
Cerf , 206 pages

Du mythe, domaine des dieux
[mardi 14 juin 2011]


Une enquête autour de la notion de mythe et de son histoire.

“Le destin des mythes en Europe a été marqué par ce choix : le christianisme triomphant a préféré ne pas rejeter dans les ténèbres extérieures les trésors de poésie que proposait l’Antiquité grecque et latine. La lecture des poètes était alors une des bases de la culture : c’est en la pratiquant qu’on apprenait à écrire : il aurait paru insensé d’y renoncer.”

L’auteur mène une enquête serrée autour du mot “mythe” et de son histoire en le différenciant de ce qu’il n’est pas : fable, légende, épopée, conte, allégorie. Cette somme de textes transmis, récités jadis par pièces, désigne son aire culturelle, l’Europe. Le mythe grec apparu au premier millénaire avant notre ère, lié à des lieux de cultes, à la sphère religieuse, puis “moralisé” par certains auteurs est identifié à la pensée païenne avec le triomphe du monde chrétien au IVe siècle. Au vu du titre, le lecteur peut s’attendre à un panorama de la littérature des grands textes européens. Or l’ouvrage n’est pas un dictionnaire des mythes, ni une recension ou comparaison des récits ni une analyse de la fonction du mythique. Il s’appuie sur des exemples pour clarifier une notion que son extension trahit. Il replace le mythe en avant de toute histoire, de tout récit.

Dessinant ses contours, Jean-Louis Backès en analyse le contenu. Par le mythe comme explication du monde on remonte au principe originaire, au père de la lignée et des engendrements divins : cette théogonie ou cosmogonie procède par listes ou catalogue ; c’est une mise en ordre cyclique d’un monde éternel (titans, ouraniens, olympiens, âge d’or, de fer). Étymologie, toponymie, généalogie, divination nomment et ordonnent ce que la nature et les phénomènes aiment à cacher. Si la Bible révèle la genèse, le judéo-christianisme est orienté vers l’ordre des fins. Sa foi relève du credo, de la vérité alors que le mythe relève (après Platon) du mensonge ou de l’illusion.

Otée la dimension religieuse ou sacrée, le merveilleux perdure dans la survivance littéraire d’une culture commune ; sa force opère dans le sens du jeu ou du tragique, opposant le héros au destin. L’héritage des récits traduits du paganisme est transformé en contes allégoriques, fables, épopée. L’auteur tire des exemples littéraires et musicaux. Si l’histoire domine dans le théâtre renaissant et classique, le mythe prévaut au XIXe siècle (opéra, littérature). Le mot mythe disparaît jusqu’à Goethe. À l’époque romantique puis positiviste, le mythe qui instaure un ordre à partir du chaos, acquiert une fonction étiologique : “discours sur les causes”, il serait une des formes du récit de fondation et une réponse aux interrogations de l’homme sur sa destinée. Or, paradoxalement, le mythe est en lui-même explication : donnant le nom du père, remontant aux dieux fondateurs, il éclaire sur l’origine. Dans l’abondance des résurgences, l’auteur réserve le mot mythe aux récits antiques à partir d’Hésiode et Homère, à ces sources qui nourrissent l’imaginaire et la fonction symbolique de nos représentations culturelles.

Le mythe offre une structure ouverte, polymorphe, faisant se succéder des séquences non chronologiques, “catalogues de métamorphoses” isolables ou permutables. Ces récits s’agrègent autour d’un nom (qu’un dieu ou un héros ait pu se décliner en plusieurs noms ou que divers caractères aient pu fusionner en un ont amené des confusions). Ce récit est-il la marque et le nom démasque-t-il un destin déjà accompli ? Les récits ont été soumis à transformations par les auteurs antiques ou offrent des variations. Le mythe se re-prend. Immortels et héros diffèrent des figures mythiques de la littérature (Télémaque, Don Juan), ou des héros d’œuvres classiques pris dans un récit fermé, lié aux enchaînements de la narrativité et du drame, tendu vers le dénouement, l’issue tragique.

Un mythe ne meurt pas, immémorial, son histoire ne se situe dans aucune temporalité. Il transfère de sa force symbolique au mythe littéraire vivant dans un présent (de l’évocation, du récitatif). Il transmet une tradition sous-jacente, un jaillissement interne qui trempe le nouveau.

Le mythe ne relève pas de la croyance, de l’erreur, du message mais de la fiction. Parmi des effets de réel, des références précises, le merveilleux opère, effectif, éclairant dans une énergie du verbe ou logos. Les éléments mythiques font des chaînes de sens, des liaisons que Pierre Brunel a nommé irradiation : dans l’épisode où “le nom propre implique toute une série, hétérogène, d’éléments, récits, traits de caractères, visions, objets symboliques, etc., prononcer le nom c’est ouvrir ce trésor en vrac. Il en va de fait de ce nom comme de tout mot de la langue”. Pour l’auditeur imprégné de mythologie le nom désigne ce qui individualise, qui parle en ce nom. Lié à la singularité, le mythe ne s’accommode d’aucune personnification ni généralisation. Sa résistance maintient la fonction (vitalisante) d’un bien spirituel : il est le lieu commun et singulier, insitué, hors champ culturel et fond originaire et pérenne où puise l’art, l’esprit (re)créateur de poésie.
 

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1 commentaire

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UdhCvseHtYf

17/12/11 08:51
KCcHdT kkbrwhtqyazl

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