L’heure est à la remise de notes. Après quelques mois d’une campagne d’avant-primaires écourtée cette année tant chaque Etat veut avancer la date à laquelle il organise les votes (dans l’espoir de peser le plus lourd possible dans la course à la Maison Blanche), les premiers caucus ont parlé.

Chez les Républicains rouges, Mike Huckabee est vainqueur. Chez les Démocrates bleus, c’est Barack Obama qui s’en sort le mieux. Beaucoup de symboles dans ces deux victoires, qui, rappelons-le, ne sont que très provisoires, même si les forts niveaux de mobilisation leur donnent un écho particulier.

C’est d’abord le résultat du Junior Senator de l’Illinois qui impressionne. On lit partout que ce noir-américain de 46 ans (il en fait moins) était inconnu du grand public américain il y a quelques années à peine, et le moins que l’on puisse dire est que cette ascension force le respect ; certes, il a bénéficié d’une formation d’excellence (à Columbia puis à Harvard), mais il faut rappeler que ce fils d’un kenyan et d’une américaine n’est entré au Sénat Fédéral qu’il y a trois ans. Seul sénateur noir des cent élus qui représentent leurs Etats sur Capitol Hill, il était déjà un phénomène. Il a d’ailleurs largement surfé sur cet atout, jouant autant de sa fraîcheur et son charisme qu’Hillary Clinton de son expérience. A l’arrivée (provisoire, encore une fois), le résultat est très positifs. Avec 38% des voix, il tient John Edwards et Hillary Clinton, les deux autres prétendants les mieux armés pour remporter la nomination Démocrate, à distance respectable, puisque tous deux obtiennent un score un peu inférieur à 30%. Les cinq autres candidats sont très, très loin derrière.

Dans la presse américaine, on commente beaucoup cette performance, qui reste, quoi qu’il advienne, de portée historique. Mais la question est peut-être justement de savoir ce qui va maintenant se passer. Les scénarii ne manquent pas, et les analyses des éditorialistes sont souvent contradictoires, notamment sur l'avenir du deuxième du jour. On entend ici que la carrière politique de John Edwards fait désormais partie du passé  . Là, on apprend qu’avant la fin du mois aura lieu la primaire Démocrate en Caroline du Sud, et que pour le sénateur de Caroline du Nord, c’est à n’en pas douter une échéance qui peut rapporter gros. Ailleurs encore, on découvre qu'à la sortie des urnes, les caucus-goers (les participants au caucus) disent penser que c'est John Edwards, et non Barack Obama ou Hillary Clinton, qui a le plus de chances de gagner l'élection de Novembre !   Ailleurs enfin, sur les sites d’opinion Démocrates, on lit que la chance de l’Amérique serait un ticket Obama-Edwards, qui aurait, selon certains, de très grandes chance d’accéder à la Maison Blanche. Un ticket Obama-Edwards, et pas un duo Edwards-Obama : le diplômé d’Harvard Law School est pour l’instant en position de force, et il a plusieurs fois répété qu’il ne courait pas pour être un Poulidor, mais bien un Lance Armstrong – on lui retrouve le punch du cycliste américain et l'histoire incroyable dont il fait sa vie, mais personne ne dit à quoi Barack Obama se dope  .

Il est impossible de dire ce que nous réservent les primaires du New Hampshire, mais ce qui est certain, c’est que la riposte de l’ex-First Lady va devoir se faire sentir. Dans cette Etat, confie-t-elle, les jeunes – qui ont fortement soutenu Barack Obama dans l’Iowa – n’ont "pas besoin de quelqu’un qui parle de changement, ils veulent quelqu’un qui puisse le leur apporter", avant d’ajouter que c’est justement cela qu’elle fait "depuis 35 ans". Le New York Times nous rappelle cependant la chute de la popularité d’Hillary Clinton dans le New Hampshire, connue bien avant les résultats de jeudi ; il s’étend aussi sur le travail de terrain et de rattrapage dans lequel s’engage sans plus tarder le sénateur Démocrate de l’Etat de New York. Le Washington Post, comme toute la presse américaine, ne donne pas cher de la peau d’Hillary Clinton au cas ou elle ne pourrait pas s’imposer dans le New Hampshire, Etat qui avait sauvé la candidature de son mari il y a déjà 15 ans. Médaille d’or obligatoire – cette fois, être sur le podium ne suffira pas.

Le deuxième bouleversement, c’est celui qui agite le parti Républicain, et qui touche, là encore, à l’un des grands thèmes polémiques de l’Amérique contemporaine : après l’ethnicity, la religion. En effet, il n’est un secret pour personne que le candidat vainqueur hier, Mike Huckabee, est un fervent défenseur des thèses créationnistes – pour aller vite, on arrache la théorie de l’évolution au nez et à la barbe de Darwin pour ne concevoir la vie que comme une création divine.

Sa victoire est intéressante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle atteste d’un profond changement du soutien évangéliste au parti Républicain. Voilà un homme qui a compris que le Grand Old Party avait besoin d’un leadership perdu entre les errements militaires de George Bush et, justement, une confusion des rapports entre politique et religieux. De plus, pendant cette campagne relativement courte, on a vu Mike Huckabee afficher des soutiens douteux et exposer ses lacunes, notamment en matière de politique étrangère. Si l’on ajoute qu’à l’inverse du top dog Mitt Romney, le gouverneur de l’Arkansas s’adresse volontiers aux couches très moyennes voire modestes, on comprend ce que ce résultat a d’original. Il représente peut-être le renouveau du conservatisme américain. Elément important, ce renouveau s’est bâti à force de détermination et de coups de communication savamment orchestrés (comme il y a quelques jours encore, quand Mike Huckabee a annoncé qu’il ne ferait pas diffuser un spot anti-Romney tout en le dévoilant à plusieurs dizaines de journalistes), mais pas vraiment à coup de millions. L’homme qui a perdu 50 kg en quelques semaines avant d’en faire un livre sur l’hygiène de vie n’a pas vraiment d’autre choix que d’être à la diète : il a infiniment moins de ressources financières que son rival Mitt Romney.

Mais l’affrontement Romney/Huckabee va-t-il nous préoccuper jusqu’à la fin des primaires (ou plutôt jusqu’au 5 février, où tout sera quasiment plié) ? Rien n’est moins sûr. Dans les semaines qui viennent, il faudra compter sur la présence de Rudy Giuliani, qui a atteint un score minuscule en Iowa mais avait peu misé sur cet Etat, préférant tout préparer pour les échéances suivantes, et sur John Mc Cain, qui pourrait bien, une fois Huckabee essoufflé, rafler le trésor que constitue le leadership sur le parti Républicain de l’après-Bush.


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Crédit photo : Flickr/VictoryNH: Protect Our Primary