Catherine de Wenden est Directeur de recherche au CNRS (CERI), spécialiste des questions de migration. Elle est l'auteur d'un Atlas des migrations dans le monde : réfugiés ou migrants volontaires publié aux éditions Autrement. Nonfiction.fr lui a posé trois questions. 


Nonfiction.fr- Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont déclaré aujourd'hui qu'ils étaient favorables à "des modifications" au traité de Schengen notamment en ce qui concerne la clause de sauvegarde. Pensez-vous qu'une telle révision est justifiée ?

Catherine de Wenden- Schengen n'est en effet plus tout à fait adapté.  La Convention a été élaborée en 1985. On pensait que c'était la fin des migrations externes dans l'UE. En réalité, les migrations intra-européennes ont été très faibles de l'ordre de 3 à 4 %. Les pressions externes sont, en revanche, très fortes.  Il y a donc un décalage entre les réalités migratoires et les pratiques européennes, la plupart des pays de l’UE tendant à fermer leur frontière à l’immigration extra-communautaire. Le fait que tous les Etats membres n'aient pas rejoint en même temps Schengen a, par ailleurs, troublé le système. Et certains pays ont  fait le choix de rester en dehors comme la Grande-Bretagne et l'Irlande. Chaque Etat membre conserve finalement des pratiques assez différentes. On constate aussi un défaut de solidarité entre les Etats membres. L'Italie affronte seul l'afflux des immigrés. Il n'y a pas de partage du fardeau.

Nonfiction.fr- Les deux chefs d'Etat font valoir "des circonstances exceptionnelles". Partagez-vous cette analyse ?


Catherine de Wenden- Il semble difficile de parler de circonstances exceptionnelles ou même d'un problème sécuritaire pour évoquer les 20 000 immigrés qui sont arrivés sur les côtes italiennes. Je pense en revanche qu'il faut changer un système basé sur le tout sécuritaire qui a démontré une efficacité limitée jusqu'à présent. Nous n'arriverons jamais à sécuriser complètement l'Europe.

Nonfiction.fr- Est-ce alors pour vous une manière de séduire une frange de l'opinion ?

Catherine de Wenden- Oui, j'ai tendance à penser qu'il s'agit de surenchère électorale face à la montée du populisme en Europe. C'est la vision de l'immigration qu'il faut revoir. La balle est dans les mains de Bruxelles. Les institutions européennes ont leur mot à dire. Bruxelles doit donner aux Etats membres une ligne de conduite#nf#

 

* Propos recueillis par Estelle Poidevin.