La revue Pouvoirs consacre son n°122 à l’Éducation Nationale. S’y trouvent réunis une dizaine d’articles, d’auteurs divers, qui abordent les questions des réformes, des choix budgétaires, des comparaisons internationales, des programmes, du pouvoir des élus, etc. Bref, autant d’éléments intéressants pour quiconque veut se pencher sur ce périlleux sujet.

Parmi ces contributions, signalons celle d’Antoine Compagnon, professeur au Collège de France  . Dans cet entretien, intitulé « Les programmes, élaboration et contenu »  , Antoine Compagnon plaide pour un « retour à une culture scientifique et humaniste commune » au nom de la formation de l’être humain (« On ne naît pas homme, on le devient » disait Erasme), et parce qu’elle conditionne en grande partie l’adaptabilité future au marché de l’emploi. Par ailleurs, sa recommandation de s’appuyer sur des échelons locaux, non pour l’élaboration des programmes mais pour l’évaluation de leur mise en œuvre, apparaît particulièrement pertinente.

Attirons aussi l’attention sur l’article d’Alain Renaut, professeur de philosophie politique et d’éthique à la Sorbonne, qui contredit bien des discours en vogue en s’interrogeant sur la question suivante : « L’éducation est-elle une marchandise ? »  . L’auteur s’arrête d’abord sur la notion de marchandise, avant de montrer que l’éducation n’a pas vraiment de valeur d’échange  , puisque pour cela il faudrait que les établissements (supérieurs ici) soient des entreprises couvrant leurs dépenses avec les recettes de leurs « produits ». Or, même aux États-Unis, les droits d’inscription ne couvrent que 12% des coûts (2% en France). Quant à la valeur d’usage  , autre versant de la notion de marchandise, on ne peut fixer le temps sur lequel elle joue, car « il s’agit du temps même de l’humanité et de la civilisation. » Pour autant, il faut tenir compte des besoins, exprimés en termes d’emploi. Enfin, Alain Renaut plaide pour une conciliation de deux objectifs souvent présentés comme contradictoires : l’allègement de la dépendance par rapport à l’État, et la protection de l’appareil éducatif par l’État. Il vaudrait ainsi mieux, selon lui, que l’État garantisse l’existence de filières dont l’intérêt scientifique n’attire pas ou peu les entreprises, mais aussi que, pour les autres, les financements privés soient encouragés et que les droits d’inscription soient réévalués, en même temps que les bourses dont les sources seraient mixtes.

Concluons donc sur l’intérêt, à l’heure de la rentrée, de ce numéro thématique qui vient pertinemment apporter quelques arguments à un débat d’actualité.

Pouvoirs, n°122, 2007, « L’éducation nationale ».