Par Susanne NIES, Chef d'Unité "politiques énergétiques et génération électrique", EURELECTRIC, Brussels 

 
 

Le Conseil européen du 4 février 2011 a été le premier Conseil dédié au thème de l'énergie communautarisé, par l'article 194 du Traité de Lisbonne . L'énergie semble devenir progressivement un enjeu européen. Mais il revient aux Etats membres par ce même article 194 de définir leur mix énergétique. 

 

En même temps, l'UE avait décidé que la part du renouvelable devrait augmenter de 20% dans le mix énergétique à l'horizon 2020. Une contradiction certes, mais délibérément acceptée eu égard au défi gigantesque du changement climatique et des mesures à prendre.

 

Aujourd'hui, la politique énergétique européenne, née de la politique de compétition et de la libéralisation d'un secteur précédemment public et de trois paquets consécutifs sur la politique énergétique, se trouve à mi-chemin entre politiques nationales et politique européenne. 

 

Nous sommes témoins de l'adoption de concepts énergétiques nationaux en Allemagne, en Grande-Bretagne par exemple, qui tiennent peu compte de la dimension européenne. De plus, la méthode intergouvernementale, favorisée par Angela Merkel, au détriment de la méthode communautaire, semble de nouveau primer. Pour l'industrie électrique européenne, c'est un danger pour le marché européen de l'énergie. 

 

Les chefs d'Etat et de gouvernement se sont mis d'accord, lors du Conseil européen du 4 février, sur 15 points. Le climat apparait seulement dans le dernier point et se rapporte à la feuille de route 2050. "C'était un sommet sur l'énergie, non sur le climat", explique à l'auteur un représentant de la présidence hongroise. Diviser ce qui ne peut l'être, semble symptomatique d'une politique énergie et climat trop fragmentée entre les directions générales. 

 

A part ce constat, il y a de bonnes nouvelles: notamment la détermination de parvenir, pour fin 2014, au marché européen de l'énergie. Cet objectif, et qui correspond à l'ambition du troisième paquet de l'énergie, est partagé bien évidemment par EURELECTRIC et bien d'autres représentants, bien qu'il soit ambitieux.  D'autres dates butoirs figurent dans ce document, comme la mise en place des standards techniques pour les voitures électriques, à la mi-2011, ou bien la standardisation des "smart grids"  et "smart meters"  pour fin 2012.  

 

En ce qui concerne, la politique extérieure de l'énergie, un nouveau rôle incombe à Lady Ashton, de s'occuper de cette dimension plus systématiquement. On peut se demander si on court le risque d'une nouvelle fragmentation. Les Etats membres doivent, en tout cas, dès 2012, rendre publics leurs accords énergétiques avec les pays  tiers.

 

Les défis sont énormes pour les années à venir. La Commission européenne estime qu'un trillion d'euros doit être investi d'ici 2020 dans le secteur électrique, et concernant la génération électrique autant que dans les lignes de transmission et les réseaux intelligents. On ne peut se contenter d'investir dans les seuls Renouvelables, de les soutenir de par l'accès prioritaire ou bien par des prix garantis. Il faut à la fois inciter les investissements dans la génération conventionnelle, mais aussi le stockage, qui équilibre l'intermittence de certains renouvelables comme le vent et l'éolien. Seule une approche d'ensemble peut nous garantir une énergie sure, économique et écologique. 

 

L'industrie électrique européenne, représentée par EURELECTRIC, a appelé, lors du Conseil, les chefs d'Etat et de gouvernement (cf le "Statement European Energy at a decisive crossroads", site www.eurelectric.org) à avancer vite vers le marche électrique européen, à harmoniser les 30 mesures existantes de soutien au renouvelable, de renforcer le soutien à la recherche et au développement, et à laisser le marche décider des mesures les plus efficaces pour satisfaire l'exigence de la neutralité carbone, de la réduction des émissions#nf#

 
 

* Pour soumettre une tribune: Estelle Poidevin, e-mail: monde@nonfiction.fr