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Europe

Comment peut-on être belge ?

Couverture ouvrage

Charles Bricman
Flammarion , 100 pages

Comment peut-on être belge ?
[vendredi 11 mars 2011]


La Belgique expliquée aux Français.

Charles Bricman a observé la politique belge en tant que journaliste pendant de nombreuses années. Témoin privilégié de l'évolution de l'espace public belge, il analyse pour le public français la situation actuelle et montre les rouages qui poussent le Plat pays au bord du précipice identitaire.



Dès la première ligne de son livre, il prend son public à contre-pied du titre en écrivant simplement " je suis belge". Cependant, on sent à la phrase suivante que c'est une identité problématique : "C'est une drôle d'idée mais je n'y peux rien, c'est de naissance." Le décor est planté pour le public français à qui est destiné ce livre. Nos voisins belges sont en plein trouble : malgré un pays en paix, c'est l'instabilité politique totale. La Belgique vient même de battre le record du monde détenu par l'Irak pour le temps mis à former un gouvernement.

 



Un livre destiné au public français

Ce livre, édité aux éditions Flammarion, a pour but d'expliquer la situation belge aux voisins français. Il est vrai que la situation politique Outre-Quiévrain est assez difficile à comprendre pour un pays comme la France. Il y a trois langues, une histoire relativement récente avec un Etat créé de toute pièce, une économie très différente entre le nord et le sud du pays, une décentralisation poussée à l'extrême, un Roi respecté...

La Belgique est un Etat que les Français ont du mal à cerner, souvent parce que nous en sommes restés au fait que les Belges vivaient un peu dans une de nos provinces, à côté de la France. De plus, nous n'avons jamais voulu réellement nous intéresser à l'autre partie de cette population qui ne parlait pas le français.

Ce livre est une mine d'informations pour tous ceux qui veulent comprendre l'histoire politique récente de la Belgique. Charles Bricman nous apporte ainsi de manière simple une compréhension des différents acteurs politiques et des lignes de fond qui ont construit la société belge actuelle. Pour ce faire, l'auteur ne part pas dans une comparaison de ce qui se fait de notre côté de la frontière. Il commence sa démonstration avec le discours du 18 février 1970 de Gaston Eyskens, premier ministre de l'époque. C'est à ce moment-là que la question de la Réforme de l'Etat belge s'est engagée.

Cette boîte de Pandore moderne a été le révélateur d'incompréhensions entre communautés linguistiques. Cette tentative de réforme a aussi poussé ces communautés à privilégier le repli sur elles-mêmes plutôt que la recherche du vivre ensemble. Pour autant, on sent bien tout au long du livre que le retour de flamme flamand est aussi le fruit d'un désintéressement total de leurs propres voisins de la communauté francophone.

Au travers de ses souvenirs de jeunesse, Charles Bricman nous fait voyager au cœur de cette Belgique qui a tenté de traiter la question linguistique avec « un compromis à la belge ». La prise en compte des intérêts de chacun pour trouver une solution a toujours été l'option choisie pour avancer sur les grands sujets polémiques. Une culture nationale qui expliquerait pourquoi une personnalité comme Herman Van Rompuy a su jusqu'à présent mener les travaux du Conseil européen malgré la montée en puissance des égoïsmes nationaux.


La question linguistique comme révélateur sociologique

La Belgique a énormément évolué du point de vue économique au cours de ces cinquante dernières années – tout comme les autres pays européens du reste. Mais à la différence de la France, la région minée par la question de la ré-industrialisation touche surtout la moitié de la population, à savoir la Wallonie. Cette donnée macro-économique est tellement importante que Charles Bricman montre que les choix opérés par la Wallonie l'ont conduit à accompagner la désindustrialisation sans pour autant changer de cap. La Flandre pour le coup, avec son retard économique, a dû s'adapter, réellement. C'est de là que viendrait cette perception flamande d'une Wallonie qui ne cherche pas à s'en sortir.

Cela est couplé à une fierté retrouvée de la culture flamande. La mise en minorité de la partie flamande de la population du XIXe et XXe siècles n'est plus de mise. Malheureusement, les nationalistes flamands ont souvent privilégié la fin plus que les moyens. Les errances du passé sont en partie dues à une volonté d'exister. L'amour rend aveugle, dit le proverbe ; et l'amour pour la Flandre a fini de pousser certains de ses défenseurs dans les bras du nazisme durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette histoire sombre a souvent permis de rassembler les Belges face à l'extrême-droite. Une forme d'unité face à l'extrémisme. Charles Bricman s'exprime d'ailleurs en flamand à ce sujet « Liever Belg dan nationalist », plutôt belge que nationaliste.

De toute façon avec 60% de flamands aujourd'hui, la Belgique était obligée de prendre en compte ce surgissement dans l'espace public belge. Cependant, les recettes trouvées pour le traiter ont fait la part belle au communautarisme plutôt qu'au vivre-ensemble.

 

Le confédéralisme de l'indifférence à l'autre

Le fédéralisme à la belge critiqué par Charles Bricman dans son livre est-il un vrai fédéralisme ? Ce que critique l'auteur dans son livre, c'est cette séparation institutionnelle fondée sur la communauté. Il démontre bien l'absurdité institutionnelle à laquelle doit faire face un citoyen belge. Extraits : "Bruxellois ont une ville-région limitée à dix-neuf communes qui ont toutes un conseil élu, un bourgmestre et des échevins. Il y a aussi un parlement et un gouvernement régionaux, ainsi que trois 'commissions communautaires' – avec chacune son assemblée et des 'ministres' – qui gèrent respectivement les matières culturelles et 'personnalisables' flamandes, francophones et communes à tous les Bruxellois. Au total, cela fait un peu plus de mille mandataires élus pour gérer une ville d'un million d'habitants. C'est à se demander comment Paris peut se débrouiller avec cinq cents politiciens seulement pour deux millions de Parisiens..."

Or, il y a plus grave que la complexité institutionnelle : la séparation de l'espace public national en deux entités régionales bien distinctes. À tel point que les partis politiques se sont eux-mêmes séparés en ailes linguistiques bien distinctes aujourd'hui (à l'exception des Écolos). Or, il est d'autant plus difficile de faire un gouvernement commun à deux si on ne vit pas ensemble au quotidien.

Pour expliquer cette difficulté, Charles Bricman cite un ambassadeur. Le parallèle est fait avec une situation où il serait demandé aux Pays-Bas et à l'Allemagne de former un gouvernement en commun alors qu'aucun de leurs partis n'a d'existence chez son voisin.
Cette voie confédérale choisie par la Belgique est d'autant plus problématique qu'il n'y a que deux acteurs à discuter ensemble. Il n'est pas possible de faire sans l'autre, l'autre qui de fait possède un droit de veto sur chaque choix effectué par un gouvernement. Il s'agit bien là d'un confédéralisme puisque nous avons ici deux régions totalement indépendantes l'une de l'autre. La meilleure preuve en est que la Belgique continue de fonctionner sans gouvernement depuis bientôt un an. L'Etat fédéral n'existe ainsi déjà plus car au quotidien les populations ne vivent plus dans un espace public et politique commun.


Cependant, l'auteur perçoit une obligation de s'entendre entre les Flamands et les Wallons. Il ne croit pas à la possibilité d'une séparation. Notamment parce qu'en cas de séparation, la fameuse région BHV devrait appartenir à un camp ou à l'autre... Mais le décompte du nombre d'habitants wallons et flamands ne serait pas à l'avantage des séparatistes flamands. Et le fait que Bruxelles soit du point de vue historique en Flandre n'y changera rien.

De manière plus fine, Charles Bricman met en garde aussi les Flamands. L'évolution socio-économique qui a permis à cette région de prendre le pas sur la Wallonie risque peut-être de changer. Voir de se retourner contre la Flandre si celle-ci ne change pas son modèle économique, à l'instar de ce qu'avait fait la Wallonie d'après-guerre. Ce serait un peu l'histoire de l'arroseur arrosé à la sauce belge.

Cette mise en perspective par Charles Bricman de la question belge est un vrai régal pour ceux qui cherchent à comprendre la Belgique moderne. La recherche de l'auteur à mettre le problème politique actuel dans l'histoire du pays nous ouvre les yeux. Et nous inquiète. En voyant l'étendue de l'incompréhension entre Flandre et Wallonie, nous devons faire attention à ce que la Belgique ne soit pas le laboratoire du futur de l'Union européenne.

 

 

* À lire également sur Nonfiction.fr :

- L'interview de Charles Bricman, par Touteleurope.eu.

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