Daniel Cerdan cède au désir de raconter son ascension professionnelle et son entrée au sein du GIGN.

Dans cet ouvrage à la première personne, Daniel Cerdan, ancien membre du GIGN , nous livre moins des informations croustillantes sur ce groupe qu’un récit de son propre parcours professionnel, ce qui, d’après la quatrième de couverture, ne semblait pas d’abord en constituer l’intérêt majeur. Les onze chapitres suivent davantage un fil autobiographique, assorti, il est vrai, de commentaires plus ou moins pêle-mêle sur le GIGN lui-même, une vision patriotique de l’Etat ou encore les réformes actuelles de la gendarmerie.

L’ouvrage est centré de bout en bout, excepté pour le quatrième chapitre, sur l’ascension professionnelle et les émotions de Daniel Cerdan. Il s’ouvre d’ailleurs avec le récit de la naissance de sa vocation, déclenchée par la vue des gardes républicains lors de l’enterrement du Général de Gaulle. Ces souvenirs, entre les jeux d’enfants et l’écolier moyen, sont plaisants et assez brièvement évoqués. S’étend ensuite tout le parcours de l’auteur : son entrée dans la gendarmerie mobile, qui assure le maintien de l’ordre et permet une meilleure évolution sociale, puis la première fois où il entend parler du GIGN et se prend à y rêver, son entrée dans ce groupe d’exception et son départ douze ans plus tard. Entre temps, il assurera la protection de François de Grossouvre   pendant douze ans et découvrira lui-même son suicide.

Comme le laisse pressentir le titre, l’ouvrage fournit toutefois des éléments objectifs sur la gendarmerie et plus spécialement le GIGN, son historique, les conditions et les épreuves pour y entrer, l’état d’esprit qu’on y rencontre. Cerdan décrit ainsi le quotidien d’une caserne, les chambres, le confort limité, la rigueur et la discipline exigées. Plus tard, il évoque de façon ludique les tests physiques et jeux de rôle. Enfin, il détaille le protocole de sécurité mis en place matin et soir pour F. de Grossouvre. Le septième chapitre est sans doute le plus intéressant avec des descriptions détaillées et vivantes d’interventions du GIGN, dans différents cas de figure, tant pour des drames familiaux mettant en cause des enfants que pour des criminels reconnus ou des crises indépendantistes, et dans lesquelles l’auteur parvient à faire sentir tout l’enjeu, la tension, et le risque de traumatisme pour les gendarmes mobilisés.

Malheureusement les informations sont assez souvent éparpillées. Mais surtout l’auteur peine à choisir les détails importants et s’arrête sur des éléments annexes, peu intéressants pour le lecteur. Dans le cinquième chapitre, il décrit ainsi longuement un combat de boxe, à l’aide de phrases nominales et courtes et d’onomatopées qui finissent par agresser le lecteur.

L’auteur nous livre également des éléments de réflexion, sur les motivations et les fondements desquels on est contraint de s’interroger, et qui semblent confiner parfois à l’expression d’une vexation.

Certaines assertions, très claires, sont particulièrement convaincantes et donnent envie au lecteur de se renseigner davantage. Le quatrième chapitre est ainsi consacré au projet de loi de 2009 relatif au rapprochement entre police et gendarmerie, dont les missions étaient à l’origine bien distinctes. Cerdan dénonce notamment l’inégalité des traitements et le statut précaire des gendarmes, les cruels manques de moyens de la Grande Muette qui compte sur la vocation et l’abnégation de son personnel. Il regrette que même le ministère de la Défense ne soit constitué que de représentants civils et jamais des rangs militaires, et évoque la menace de l’avènement d’un Etat policier.

Toutefois, les attaques nombreuses contre la police nationale, accompagnées d’éloges sans fin de la gendarmerie, jettent le doute dans l’esprit du lecteur sur les capacités de prise de distance de l’auteur. Dès lors, la majorité de son discours reste peu convaincante. Si, dans le quatrième chapitre, la liste des injustices et abus divers à l’égard de la gendarmerie est saisissante, l’ironie mordante (et pas toujours fine) qui s’y rattache suscite la méfiance. Le lecteur se sent manipulé, d’autant que ces injustices sont évoquées très brièvement.

Le discours de Cerdan s’avère par moments très aigri, révolté, et semble, par conséquent, exagéré. Mais les informations données sont trop sélectionnées pour que le lecteur puisse réellement en juger. Ainsi, il va jusqu’à écrire : “Ou, alors, abandonnons notre statut militaire et devenons tous policiers. [...] Si une telle révolution était initiée, la sécurité de l’ensemble du territoire serait réellement menacée. Et si demain le chaos s’annonçait : qui protègerait nos gouvernants ?” ou encore “Il est décidé que le commandement général [du SPHP ] sera assumé en alternance [...] par un lieutenant-colonel de la gendarmerie puis par un commissaire de police. À une exception près : c’est aux gendarmes, exclusivement, que le président de la République a souhaité confier la protection de sa vie privée”.

Enfin, quelques remarques semblent viser uniquement à la constitution d’un panégyrique de l’auteur mais lui confèrent surtout une autosatisfaction quelque peu lassante. Ainsi, il explique comment “Certains collègues supportent plus ou moins bien cette “cyclothymie” engendrée par le poids des responsabilités de ceux qui nous gouvernent. Personnellement, j’en ai toujours fait peu de cas”, ou encore “certains comme moi prennent la précaution de faire stationner un véhicule de secours à l’arrière de l’établissement. A tout hasard.” De la même façon, Cerdan en fait un peu trop lorsqu’il évoque l’Etat et ses représentants, dont il est très proche (comment l’oublier !) : point n’est besoin d’écrire “LUI” en majuscules pour parler de F. de Grossouvre. Un peu de second degré aurait été bienvenu mais il est vrai qu’alors nous n’aurions pas eu le plaisir de lire le paragraphe suivant : “Protégée par la discrétion sans faille du personnel résident et des gendarmes du GSPR , la vie privée de M. Mitterrand ne pouvait espérer meilleur refuge. Pendant près de dix ans, aucun de ces serviteurs de l’Etat n’a succombé aux appels sonnants et trébuchants des amateurs d’histoires à sensation. À ce titre, je veux profiter de cet ouvrage pour rendre hommage à Monique et Francis, gardiens de ce temple ô combien sacré.”

La construction de l’ouvrage rend en outre sa lecture difficile, voire franchement pénible. L’organisation des chapitres déstabilise le lecteur. On s’interroge notamment sur la pertinence du quatrième chapitre, consacré au projet de loi sur le rapprochement entre police et gendarmerie, et qui vient briser, sans raison apparente, le rythme d’un récit à tendance autobiographique. L’enchaînement avec le troisième chapitre, dans lequel Cerdan voit naître son rêve d’appartenir au GIGN, et le cinquième chapitre qui en détaille les conditions d’entrée, est maladroit et peu logique. Mais, même situé à la fin de l’ouvrage, ce chapitre aurait sans doute paru déplacé : c’est que l’auteur s’y livre à une véritable plaidoirie qui n’a plus rien à voir avec son parcours professionnel. Sans compter que nous revenons tout à coup en 2009 avant d’être de nouveau plongés dans ses rêves de jeunesse.

Mais c’est surtout au sein des chapitres mêmes que le manque de cohérence dans la chronologie et une utilisation anarchique des temps gênent la lecture. L’auteur n’hésite pas en effet à mêler présent et imparfait, souvent de façon curieuse et sans lien. Il arrive que ce procédé crée un dynamisme relatif, notamment dans le premier chapitre consacré à son enfance, mais il a le plus souvent pour effet de lasser et égarer le lecteur. Ainsi, dans le cinquième chapitre, Cerdan raconte comment il a obtenu l’autorisation de passer les tests du GIGN, avant de décrire la naissance du groupe, puis de revenir aux sports d’hiver avant qu’il n’apprenne enfin qu’il a réussi lesdits tests, et cela en l’espace de trois pages seulement. Il raconte parfois des anecdotes amusantes et restitue une réalité du terrain, mais lorsqu’il s’agit d’expériences futures, qu’il aurait pu évoquer dans les chapitres correspondants, les coupures et allers et retours temporels empêchent le lecteur de fixer son attention.

Le style reste lisible, les phrases sont courtes et efficaces. Quelques dialogues sont régulièrement insérés, des questions oratoires animent le récit et prennent le lecteur à témoin. Des extraits de discours direct sont intégrés dans le corps du texte avec pour but de l’animer et les ouvertures de chapitres nous plongent dans l’action. Un brin d’humour fait aussi parfois sourire et rend plus indulgent.

Mais les efforts de l’auteur pour romancer son récit sont franchement agaçants. Certes il tente par ce biais de susciter un plus grand dynamisme et d’entraîner son lecteur mais la tentative est trop peu naturelle.

Les commentaires ou les petites morales, loin d’atteindre celles de la Comtesse de Ségur, ne semblent pas à leur place et confinent à la niaiserie : “Quant à ceux qui, en dépit de leurs efforts, ne sont pas parvenus à réussir l’épreuve des tests, ils savent, malgré la déception, qu’ils sortiront grandis de cette expérience exceptionnelle.”, ou encore : “Cependant, j’avais compris comment conquérir la sympathie de mes professeurs. Notamment grâce à quatre mots magiques dont je saurais me souvenir toute ma vie : bonjour, au revoir, s’il vous plaît et merci. Merci, maman !”.

Les efforts de style sont également déjà vus, inefficaces et parfois mièvres : “Vers quelle destinée professionnelle m’entraîne ce train pour Paris qui s’arrête en hurlant le long du quai ?” etc. Les tentatives peu fines pour inclure le lecteur et lui faire partager les émotions de l’auteur avortent également : “En attendant d’y goûter, restons humble, et surtout évitons la blessure qui ruinerait tous mes espoirs”. Cerdan nous raconte également comment  “Un long frisson [le] traverse” lorsqu’il apprend qu’il va pouvoir passer les tests du GIGN et, plus tard, dans une verve hugolienne qui désole le lecteur, s’exclame : “Ce 7 avril 1994, moi, j’étais là”. Le plus ridicule est sans doute son plaidoyer quant au suicide de FDG : “Il a souhaité se donner la mort au sein même du palais de l’Elysée. Dans le cœur même de celle à qui il a dédié sa vie : la République française. Là était sa place.” Si ces fautes de goût font d’abord sourire, elles finissent par agacer fortement.

En définitive, un livre qui apporte bien peu. Les coulisses du GIGN restent dissimulées derrière les aventures, mécontentements et envolées lyriques de l’auteur. Le quatrième chapitre, très polémique, aurait dû constituer un autre ouvrage. Les éléments objectifs sur la politique et le rapprochement entre police et gendarmerie sont insuffisants, et les récits d’aventures peu nombreux : les amateurs de sensations fortes pas plus que les amateurs de réflexion n’y trouveront leur compte. On a malheureusement le sentiment d’avoir perdu son temps et l’on ne s’est finalement attaché ni à l’auteur ni à sa vie#nf#