Géographie

Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. 15 grands scientifiques géographes nous rassurent sur notre avenir

Couverture ouvrage

Jean-Robert Pitte (dir.) Sylvie Brunel
Jean-Claude Lattès , 353 pages

Pour en finir avec les prophètes de malheur
[dimanche 16 janvier 2011]


 A en croire le discours ambiant, le bilan de l'humanité n'est pas bien brillant: réchauffement climatique, déforestation, dégradation des milieux.... Le tableau semble bien sombre. Coordonné par deux géographes célèbres (pas forcément pour des raisons scientifiques), Le Ciel ne va pas nous tomber sur la tête s'attaque de front à certaines idées définitivement ancrées dans nos sociétés, et relevant parfois de la croyance, quant aux impacts de l'homme sur la nature et leurs conséquences. Les auteurs rassemblés ici invitent les lecteurs à la vigilance, au regard critique face aux discours catastrophistes de tous bords. 

 Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête est le titre évocateur de l'ouvrage dirigé par Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte, paru en Septembre 2010. Ce travail collectif est issu de la contribution de 13 auteurs aux parcours divers, géographes,  économistes,  hommes politiques...  lors d'un colloque tenu à la Société de Géographie. Il entend dédramatiser la fameuse allégation chère aux amis d'Astérix et mettre en question ce que Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte nomment “le nouvel épouvantail des temps modernes”. Il s'agit donc ici de pointer le catastrophisme ambiant  dans le domaine des relations homme-nature, qui serait relayé par des médias, complices autant que coupables de ces informations pessimistes et culpabilisantes: “catastrophisme, fausses assertions, apparition d'une nouvelle religion fondée sur la peur, l'obscurantisme et la culpabilisation, essor de prédicateurs d'autant plus influents qu'ils appartiennent aux plus hautes sphères de la société […] ne sommes-nous pas en train de faire fausse route?”. Selon le collectif d'auteurs, la tendance générale serait à la sanctuarisation de la nature, principe qui reviendrait à donner aux hommes une place de perturbateurs d'un équilibre, d'un climax mythifié.

La première partie de l'ouvrage, “Pas de nature sans humanité”, se pose donc contre cette vision pessimiste de la place de l'homme dans la nature qui prônerait, notamment, la pleine responsabilité des sociétés dans la dégradation de leur environnement. Cette partie décortique ainsi chacune des catastrophes  prophétisées (réchauffement climatique dans une contribution de Martine Tabeaud, montée des océans par Alain Miossec, disparition des forêts par Paul Arnould...) et tend à introduire distance critique appuyée sur des chiffres, analyses comparées de différentes échelles de temps et d'espace, pour y voir plus clair dans ces sujets où se mêlent, derrière un fond de vérité, intérêts politiques, lobbies industriels, amplification médiatique. Les auteurs ont en commun la volonté de questionner les acteurs qui sous-tendent ces logiques et de pointer du doigt les intérêts qui les animent dans la propagation de ces assertions alarmistes. En se demandant “à qui profite le crime”, ils ne nient pas les phénomènes, mais les relativisent au vu des échelles examinées et des laps de temps considérés.

La deuxième partie de l'ouvrage est un pamphlet contre ce qui est ici perçu comme la cause des constats alarmistes remis en question par les auteurs. Selon eux, “sous ces discours se dissimule une idéologie de type malthusien selon laquelle la planète porte trop d'hommes responsables de toutes les dégradations existantes ou supposées”. Cette partie-ci s'intitule donc “Non, nous ne sommes pas trop nombreux”. Les travaux de Gérard-François Dumont, de Sylvie Brunel et de Gilles Fumey viennent dédramatiser le supposé surpeuplement de notre planète et la question de l'alimentation d'une population mondiale toujours plus nombreuse.

Enfin, la troisième partie de l'ouvrage, “Oui, des solutions existent!”, écrite par Frédéric Teulon, Christian Pierret, Phillipe Boulanger et Jean-Robert Pitte,  propose, de façon assez éclectique, des pis-aller à cette morosité ambiante et invite le lecteur à plus d'optimisme dans les domaines de la croissance économique, de l'énergie, des armées...

Les 352 pages de ce livre qui se pose comme un manuel contre les idées toutes faites dans le domaine de l'environnement prônent un rapport de l'homme à la nature fondé sur le principe très actuel du développement durable, dont il est dit que “c'est un concept fondé, une ambition visant à refonder nos modes de fonctionnement et notre relation au monde”. Ils affirment ainsi que “l'environnement, véritable poule aux œufs d'or, est malléable à condition d'être géré selon le principe de durabilité”. Les auteurs clament également haut et fort l'intérêt d'une vision géographique de ce concept très employé jusqu'à être parfois galvaudé, “il doit donc être décliné avec un regard de géographe, qui sache faire la part des choses sans céder, ni à la religion d'une planète sanctifiée, ni à la tentation facile du déni”.

L'ouvrage a le grand mérite de dénoncer l'emballement médiatique et politique dont ce sujet fait l'objet, ainsi que la récupération par certains acteurs qui en découle. Les composantes du débat sont posément décortiquées, étayées de chiffres convaincants, appuyées sur des bibliographies qui analysent souvent le traitement de l'information sur plusieurs décennies. L'intérêt de la contribution du géographe à cette polémique saute alors aux yeux: elle permet ici d'envisager la complexité des sujets abordés par son aptitude à les analyser à différentes échelles (de laquelle parlons-nous quand on évoque le réchauffement climatique? Est-ce la plus pertinente? Peut-on continuer à l'affirmer si l'on fait varier le curseur?). Tous ont en commun  le souci louable de vouloir replacer ces questions épineuses sur un temps plus long que celui du mandat électoral, ou de la vie humaine. Cette mise en perspective, spatiale et temporelle, est éclairante. Cette posture de grande rigueur scientifique est à louer dans un contexte où le développement durable est un concept vendeur qui entraîne la multiplication des propos et des opus alarmants.

Or, c'est justement cette volonté de s'inscrire dans la lignée des ouvrages sur le développement durable qui achoppe. Les auteurs sont unanimes pour dénoncer l'emballement médiatique concernant les rapports entre les hommes et l'environnement. Ils rejettent en bloc ces termes vendeurs qui vident de leur sens des questionnements légitimes tels que la répartition des richesses sur notre planète. Ils se posent contre les lobbies politico-médiatico-industriels qui récupèrent ces débats, les orientent et en font leurs choux gras. Ils s'engouffrent, cependant, eux-mêmes à la suite d'un oxymore terni par son usage systématique, dont on peut encore se demander s'il avait un autre sens que celui d'outil politique évitant les décisions radicales, ménageant la chèvre et le chou, voulant concilier l'inconciliable. A aucun moment les auteurs, si critiques pourtant, et à juste titre, à l'égard du vocabulaire vendeur de ceux qu'ils nomment les “ prophètes de l'Apocalypse”, ne soumettent ce concept à leur plume critique. Leur analyse sémantique s'arrête malheureusement  là où commence la réflexion politique nécessaire à la prise en compte des problèmes soulevés.

Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête  a donc le mérite de se distinguer des autres ouvrages sur ces questions par un positionnement rigoureux, scientifique et, de fait, critique, qui clarifie le débat, sans pour autant élargir cette posture à un concept qui aurait peut-être mérité plus de nuances. .  

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8 commentaires

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Jean

16/01/11 19:18
Je m'étonne vraiment de voir des géographes, donc en grande partie des littéraires, donner leur avis sur des problèmes scientifiques dont ils ne sont pas spécialistes. Alain Miossec n'est pas océanographe, mais géographe du littoral, et Martine Tabeaud, géographe du climat et non climatologue au sens physicien du terme. Aucun des deux ne comprend une équation...
Encore une offensive marketing de géographes omniscients.
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vaudioux14

17/01/11 09:27
Martine tabeaud sait manier les équations , il suffit de regarder sa thèse. Et pourquoi seules les équations auraient raison..
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jipebe29

17/01/11 11:08
La réduction de la climatologie à des modèles numériques et des équations a en fait engendré une vision fausse de la réalité et un nouveau deus ex machina, qui aurait pouvoir de divination. Or, depuis 50 ans, à cause du Dieu Ordinateur et à cause de modèles numériques très imparfaits, la climatologie est dans une grave impasse conceptuelle : aucune vision synoptique des phénomènes climatiques, aucune prise en compte des échanges dynamiques dair et dénergie, aucune prise en considération correcte du long passé climatique de la planète. Les géographes, sensibles aux données dobservation, aux contraintes du terrain (montagnes, lacs, fleuves, océans, ), ont été dépossédés de la climatologie par de nouveaux « climatologues » qui prétendent sappuyer sur les lois de la physique, alors que leurs modèles violent (entre autres) la seconde loi de la thermodynamique. Un seul géographe-climatologue de terrain, Marcel Leroux, a construit un modèle cohérent des échanges dynamiques dair et dénergie (le modèle AMP Anticyclone Mobile Polaire, validé par les images satellites, mais non pris en compte par les nouveaux climatologues numériciens, car dérangeant ). Il est temps que des scientifiques de terrain, géographes, océanographes, climatologues-météorologues qui connaissent la force de lobservation et de la réflexion synoptique, et qui ne sont pas prisonniers de la mode des modèles numériques, fassent progresser nos connaissances des mécanismes climatiques. Et laissons les super-ordinateurs se reposer plutôt que de nous prédire des cataclysmes chimériques basés sur du vent : cela permettrait de laisser le dogme du Réchauffement Climatique Anthropique disparaître en douceur..
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jipebe29

17/01/11 11:36
@Jean
Cela nous change fort agréablement du dogme du Réchauffement Climatique Anthropique, que les historiens du futur jugeront comme le plus grand délire collectif de l'humanité toute entière....
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Jean

19/01/11 09:13
Les géographes sont très compétents dans l'étude de la vulnérabilité et des impacts des changements climatiques, ils le sont moins dans les modèles de prévision climatique, domaine où il faut être plutôt physicien. Si vous remettez en doute les équations et les modèles numériques, ne montez plus dans une voiture, un train ou un avion, qui ont été conçus avec des modèles numériques, ne rentrez plus dans un bâtiment et ne montez plus sur le viaduc de Millau. Il n'y a pas d'un coté des gens qui observent et de l'autre des gens qui modélisent, c'est une vision du passé. Les naturalistes pur jus n'existent plus, le scientifique a besoin d'équations pour comprendre les problèmes, ne serait-ce que pour voir les paramètres influents et les ordres de grandeur, mais aussi d'observations nombreuses et variées.
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jipebe29

21/01/11 15:46
2) @jean
Concernant les lois de la mécanique newtonnienne et de la relativité, les expérimentations et les données d'observation les confirment et elles font partie de nos connaissances des lois de la Nature. Elles sont donc utilisables par des modèles numériques.
Par contre, en climatologie, il importe dutiliser correctement les lois de la physique, dont celles de la thermodynamique, en restant en conformité avec les remarquables travaux de Clausius et de Planck. Or, le GIEC a commis de graves erreurs avec le concept de forçage radiatif et les mécanismes d'échange de chaleur. Le modèle deffet de serre du GIEC est basé sur une hypothèse (le forçage radiatif du CO2), et lexpérience du physicien Robert William Wood montre que cette hypothèse est fausse (les échanges de chaleur en milieu confiné se font essentiellement par convection). Deux physiciens allemands, Gerlich et Tscheuschner, ont à ce propos publié une réfutation du modèle radiatif du GIEC, qui montre que ce modèle radiatif viole la seconde loi de la thermodynamique. En outre, de nombreuses données d'observation réfutent les projections des modèles du GIEC (température globale stable depuis 11 ans, pas de point chaud en zone tropicale, légère baisse des températures océaniques mesurées par les 3300 sondes ARGO, montée de niveau des océans de moins de 1 mm/an). Je ne suis pas contre les modèles climatiques, mais quand ils n'intègrent pas tous les phénomènes, quand les données d'observation les mettent à mal, alors il faut les revoir de fond en comble.
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Jean

25/01/11 15:53
@jipebe29 : Vous justifiez vos assertions par des publications de physique, et non de géographie. CQFD.
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jipebe29

10/02/11 16:29
@jean
"@jipebe29 : Vous justifiez vos assertions par des publications de physique, et non de géographie. CQFD. "
Et alors? Quand je parle de géographes, vous me parlez physique et modèles numériques, et quand je parle de physique, vous me parlez géographes. En fait,nous avons besoiin des deux disciplines (et de bien d'autres, évidemment...)
Kenavo

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