<p>Dans un petit ouvrage clair et synth&eacute;tique, les auteurs font le point sur la conception de l&rsquo;histoire et de la r&eacute;volution de Marx et son inscription dans l&rsquo;&eacute;poque.</p>

L’ambition des deux auteurs, l’un historien, l’autre philosophe, est claire : “offrir au lecteur quelques pistes pour se plonger dans une œuvre aussi riche que complexe, sans prétendre. épuiser le sujet ni distribuer les bons et les mauvais points dans les différents retours à Marx”  . Cette volonté de proposer un accès à la pensée d’un auteur ou d’un problème est en conformité avec la démarche de la collection "engagé-e-s" dans la récente maison d’édition La ville brûle. Quelques documents iconographiques viennent agrémenter la lecture.

L’ouvrage encadre le contenu philosophique par des repères historiques permettant de comprendre la naissance et la portée de la pensée de Marx dans son époque. Le premier chapitre est en effet consacré à quelques éléments biographiques et à la description de l’Europe au cours de la période dans laquelle se forge la pensée de Marx. Les deux chapitres suivants, proprement philosophiques, traitent, de façon claire, précise et simple de deux notions fondamentales de la pensée de Marx : la conception de l’histoire d’abord, puis l’acte révolutionnaire. A travers ces deux chapitres, riches de citations assez précisément commentées de Marx et d’Engels, se dégage un exposé honnête et très accessible de la pensée de Marx. Les auteurs font le point, assez clairement mais sans simplification abusive, sur des concepts marxiens importants : la conscience de classe, le matérialisme historique, la production des moyens d’existence comme condition de possibilité de faire l’histoire, l’aliénation du travail ouvrier, la nature du capitalisme, etc. La simplicité de l’exposé n’empêche pas les nuances ou les mises en garde contre de mauvaises lectures des œuvres. Par exemple, les auteurs rappellent que le propre de la pensée de Marx n’est pas la découverte de la lutte des classes (qui se trouve déjà chez les historiens "bourgeois" français du début du XIXème siècle), mais son lien nécessaire avec la dictature du prolétariat, qui n’est elle-même qu’une transition vers une société sans classe. Ils s’appliquent aussi à montrer l’enjeu de l’édition des textes, en signalant par exemple que le propos, longtemps tronqué, d’Engels dans son introduction aux Luttes des classes en France, a été lu comme une volonté théorique d’abandonner la lutte dans les barricades, alors que pris dans son intégralité, les paroles d’Engels remarquent plutôt que les conditions historiques ayant changé, ce type de combat, dans la pratique, semble moins capable de réussir. Le quatrième chapitre traite du rapport de Marx à la Commune en laquelle il voit un premier exemple de la dictature du prolétariat, et la première incarnation historique de la classe sociale porteuse de l’avenir. Il dégage ensuite quelques pistes de réflexion sur Marx et sa lecture des historiens, ainsi que son intérêt pour les peuples colonisés.

Par ailleurs, ce livre invite à repenser l’actualité de Marx, c’est-à-dire à jouer les textes de Marx contre certaines de leurs interprétations traditionnelles ou classiques, et à voir en quoi la pensée de Marx, s’attachant toujours aux circonstances historiques, sociales et économiques demeure une référence pour penser notre monde, pour réfléchir aux autres futurs possibles et montrer les lacunes ou les impasses d’un discours dominant et refusant massivement de ne se penser que contingent ou périssable.