<p>Un regard neuf sur la d&eacute;marche du compositeur Ligeti&nbsp;qui semble rejoindre une tendance contemporaine &agrave; d&eacute;ranger les cat&eacute;gories du &quot;savant&quot; et du &quot;populaire&quot;. L&rsquo;inspiration populaire de Ligeti et sa capacit&eacute; &agrave; cr&eacute;er des syst&egrave;mes nouveaux remonte pourtant &agrave; ses premi&egrave;res ann&eacute;es et &agrave; sa formation au conservatoire de Budapest. L&rsquo;&eacute;volution r&eacute;cente de la recherche musicologique permet de consid&eacute;rer l&rsquo;oeuvre de Ligeti dans sa totalit&eacute;, de revenir aux origines de son style et de r&eacute;habiliter ses premi&egrave;res ann&eacute;es hongroises, souvent occult&eacute;es.</p>

Si l’influence de György Ligeti (1923-2006) sur les compositeurs d’aujourd’hui est immense, sa notoriété auprès du grand public reste réduite, bien que certaines pièces de sa musique soient connues de celui-ci, parfois à son insu. C’est le cas pour les cinéphiles, le réalisateur Stanley Kubrick ayant en effet utilisé des extraits de Ligeti pour son film 2001, L'Odyssée de l’espace (Atmosphères, Requiem), et ayant récidivé avec The Shining (Lontano) et Eyes wide shut (Musica ricercata). Cependant, aujourd’hui encore, les publications en français sur Ligeti sont rares. Citons, malgré ses défauts, le livre de Pierre Michel : Ligeti, compositeur d’aujourd’hui (Minerve, 1995). Rappelons en outre que les musicologues ont coutume de distinguer trois périodes dans l’œuvre de Ligeti : une première période, dite "hongroise", qui correspond aux années où le compositeur était encore derrière le rideau de fer en Hongrie ; puis, la période de sa venue en Occident, en 1956, où il fréquente sans en faire vraiment partie l’avant-garde de Darmstadt, avant de prendre ses distances avec ce groupe à partir des années 1970, et d’affirmer puissamment l’originalité de son style, déjà perceptible — ce qui lui vaut dès lors d’être reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de notre temps.


Issu d’un travail universitaire, très documenté (l'auteur a consulté de nombreux manuscrits à la Fondation Sacher de Bâle), le livre de Simon Gallot est donc particulièrement bienvenu. Il permet en particulier de mieux cerner la "période hongroise" du compositeur (jusqu’en 1956), longtemps boudée des musicologues (le seul musicologue avant Simon Gallot à s’être vraiment penché sur cette période méconnue de la vie et de l’œuvre du compositeur est Fridemann Salis : An Introduction to the early works of György Ligeti, Studio, Köln, 1996) ; il offre une généalogie des diverses influences populaires sensibles dans sa musique, en abordant de façon systématique et en ethnomusicologue la question du rythme et des modes et en s’attardant sur ces deux figures tutélaires que furent Bartok et Kodaly dans la Hongrie d’après-guerre. Le livre offre en outre des traductions de poésies et de textes hongrois en relation avec le compositeur, ainsi qu’un avant-propos signé György Kurtag, bel hommage du compositeur hongrois à son compatriote, mais aussi source de renseignements inédits sur les dernières années de la vie de Ligeti, sa maladie, son déclin, ses souffrances. L’ouvrage reste d’une lecture agréable de bout en bout, alors même que les questions abordées sont complexes et parfois même techniques#nf#