Suivez-nous

FacebookRSS

Société

Et là vivent des hommes. Témoignage d'un enseignant en maison d'arrêt.

Couverture ouvrage

Patrick Leterrier
L'Harmattan , 134 pages

Enseigner en prison
[samedi 08 dcembre 2007]


Pessimisme et espoir se croisent dans ce témoignage d'un enseignant en milieu carcéral, qui pointe du doigt les insuffisances de la prison.

Et là vivent des hommes est un texte sombre. Le lecteur retiendra certes les lumineux moments de bonheur d’un enseignant qui réussit à ouvrir les détenus d’une maison  d’arrêt à la lecture, au calcul, à l’écriture ou tout simplement à l’autre. Mais il constatera surtout le pessimisme profond d’un intervenant pour qui "la prison est bien le pire endroit que l’on puisse imaginer pour envisager une quelconque réinsertion".

Patrick Leterrier, professeur des écoles tout frais émoulu de l’IUFM, a choisi d’enseigner à la maison d’arrêt de Cherbourg. Une seule classe pour tous les niveaux, de l’illettré (20% des détenus) au diplômé du supérieur (plus rare). Son "public" est constitué surtout des jeunes destructurés qui n’ont connu de l’école que les difficultés et la rébellion.

Seuls les détenus volontaires viennent en salle de classe. Quelques uns sont motivés par le désir d’apprendre, tel ce manouche qui souhaite enfin savoir lire et écrire. Mais la plupart ont une motivation plus basique : sortir de la cellule, s’extraire de l’enfermement, rencontrer un intervenant extérieur, échanger, parler, discuter.

Car Et là vivent des hommes est tout autant le récit d’un pédagogue et d’un formateur qu’un témoignage édifiant sur la condition carcérale dans la maison d’arrêt de Cherbourg. Évoquer ces élèves, leurs appréhensions, leurs réactions, leurs préoccupations, c’est évoquer les conditions de vie dégradantes qui sont les leurs et qui rendent vaines tout projet pédagogique un peu construit et durable.

Comment se lever tôt pour aller en classe quand on n’a pas pu dormir de la nuit parce que la télévision est restée allumée ? La vie en prison est à l’inverse de la vie en société : on préfère vivre la nuit et se lever tard, les jours se suivent et se ressemblent dans l’oisiveté et la déresponsabilisation.

Souvent alcooliques et/ou toxicomanes lorsqu’ils sont incarcérés, les détenus ont les plus grandes difficultés à se concentrer. L’enseignant tente au moins de renouer avec un désir d’apprendre et de s’ouvrir sur l’autre. Mais il est seul et doit gérer des situations qui relèveraient davantage de la psychiatrie. Pas de projet professionnel, les ambitions pédagogiques sont réduites au minimum, sans que l’administration, qui incite peu les détenus à aller en classe, constate l’auteur, s’en préoccupe vraiment.

La conclusion est logiquement sévère : "j’ai acquis la conviction que ces conditions de détention sont indignes du respect que l’on doit à tout être humain, qu’elles sont génératrices de conflits, de haine, de violence et vont à l’encontre de ce qu’il conviendrait de faire, à savoir tenter de rendre des individus plus sociables."


--
crédit photo : Pictr 30D / flickr.com
Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

coco

16/12/07 18:44
J'ai lu ce livre et j'ai vraiment beaucoup aimé. J'habite à Cherbourg et connais l'auteur. Ce fut émouvant et inquiétant d'entrer enfin dans ce lieu devant lequel je n'ai fait que passer depuis que je suis toute petite. Votre article résume très bien l'essentiel du message que j'ai retenu de ma lecture : dans les prisons on fait le contraire de ce qu'il faudrait faire pour faciliter la réinsertion des détenus. Je conseille ce livre à tous, histoire d'aller voir un peu derrière les murs sur lesquels on ferme les yeux...
Avatar

anas

03/04/08 22:32
Après avoir lu ce livre, c'est évident que j'en ressort avec une vision différente de la prison: un univers anormal, hors-société, fermé, un lieu de détresse, de punition et d'enfermement. Certes les individus sont punis, mais est-ce la bonne méthode s'ils n'en ressortent qu'avec plus de haine et de rancoeur contre notre soiété? Ce livre, très réaliste, décrit vraiment un univers carcéral que l'on ne peut pas comprendre lorque nous sommes du bon côté des barreaux.
Avatar

conseil

16/10/08 13:10
faudrait leur donner ces adresses web
http://www.soutienconcours.fr
http://www.ladictee.fr
Avatar

patdecapet

19/12/08 18:04
J'ai bien peur que le "conseil' du message précédent soit insuffisant : en Maison d'arrêt les détenus n'ont pas accès à Internet...
A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr