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Arts visuels

Johnny : sociologie d'un rocker

Couverture ouvrage

Yves Santamaria
La Découverte , 280 pages

Johnny : construction d'un mythe
[vendredi 22 octobre 2010]


L’historien Yves Santamaria se penche sur l’émergence du "mythe" Johnny Hallyday et propose une réflexion sur le lien entre un phénomène musical et ce qu’il nous dit des tendances de fond de la société française.

Comment prendre un individu pour objet d’analyse en sciences sociales ? Que se passe-t-il lorsque cet individu n’est autre que Johnny Hallyday ?

 

Johnny, une "figure symptomatique" de la société

Yves Santamaria relève le défi avec cet essai consacré à une "idole des jeunes" envisagée comme un "être social". Le but de l’ouvrage Johnny, sociologie d’un rocker est de proposer une analyse du lien qui unit Johnny Hallyday à la société française : "lien entre l’exceptionnalité d’un phénomène avant tout musical et ce qu’il révèle sur les tendances lourdes voire banales de la société française, à commencer par sa croissante mobilité"  . Pour donner corps à son analyse, Yves Santamaria, historien, se tourne vers la sociologie et se place dans une perspective socio-historique qui contextualise et périodise la montée en puissance du "consensus hallydéen".

 

Une approche d’histoire humaine

L'auteur prend comme référence principale le travail de Norbert Elias sur Mozart – Mozart, sociologie d’un génie   qui montre comment dépasser la fausse opposition entre analyse biographique et analyse des processus sociaux – afin d’éviter l’écueil du genre biographique.
Si le titre Johnny, sociologie d’un rocker affiche une ambition sociologique, il traduit en fait plus un hommage à l'œuvre d’Elias que la revendication d’un profond ancrage dans cette discipline. L’ouvrage relève, en effet, tant au niveau de l’analyse que de la méthode – un travail sur archives – avant tout de l’histoire contemporaine. Cette approche en termes d’histoire humaine plus que de sociologie lourde, assumée par l’auteur, offre une vision détaillée de la construction d’un "mythe" et des points de convergence entre un chanteur et la société dans laquelle il évolue.
Yves Santamaria choisit donc de rester fidèle au socle socio-historique d’Elias tout en étant conscient des limites d’une telle comparaison. Si la "différence saute aux yeux" entre les deux objets (Johnny Halliday et Mozart), on retrouve certaines des pistes problématiques soulevées par Elias, notamment la volonté de donner une image claire des contraintes sociales qui ont pesé sur l’individu en question.

 

L’hybridité de Johnny

C’est en outre en reprenant l’hypothèse d’Elias selon laquelle les productions artistiques trouvent un terrain propice dans les périodes transitoires où émerge un conflit entre les normes anciennes et nouvelles – confrontation entre la montée d’un esthétisme "subjectiviste" bourgeois et les canons musicaux aristocratiques pour Mozart – que Santamaria énonce sa problématique centrale : l’étude de "l’hybridation d’un rock étatsunien et d’une « chanson française » reconnue comme « art mineur »", précisément au moment où l’académisme national républicain occupe des positions dominantes mais ne dispose plus des moyens matériels et symboliques nécessaires pour interdire la montée des formes artistiques jugées "vulgaires et dont les élites parviennent difficilement à préserver leurs rejetons"  . Cette tension constitue le cœur névralgique de la réflexion : entre américanisation et variété française, Johnny dispose du statut  de "passeur culturel". L’ambition dépasse la simple description de l’homme pour s’intéresser au "mythe" ouvrant ainsi la réflexion aux objets plus larges que sont l’histoire du rock et de la culture, notamment musicale, française.
Surgit alors en filigrane la question de la "distinction culturelle" : "Le rock transcende-t-il  les frontières entre 'dominants' et 'dominés' ?". "La distinction culturelle n’adopte-t-elle pas désormais des stratégies plus subtiles à l’heure de la segmentation des marchés et des clientèles ?"   Prenant le sociologue Bernard Lahire comme référence, l’auteur défend la thèse d’un omnivorisme des goûts culturels et un effacement progressif des hiérarchies culturelles, sans pour autant se positionner radicalement dans les débats désormais classiques sur les recompositions et la redistribution des goûts et des pratiques culturelles.

 

Les étapes du mythe

Ce livre, écrit pour l’ " "honnête homme" […] afin qu’il conclue que se pencher sur Johnny Hallyday est utile à la connaissance de notre temps" propose, sur un mode décontracté, une approche pluridimensionnelle du rocker.
L’auteur s’attache à décrire Johnny par thématiques, chaque chapitre renvoyant à un aspect particulier de la star. Il ne propose pas un développement chronologique, bien que les thèmes soient traités sous l’angle de leur contribution au processus de formation du mythe. Il commence ainsi par l’exploration de l’enfance et des liens familiaux en s'axant sur la formation musicale mais surtout sur l’américanisation que Johnny enfant subit. Les thématiques suivantes recoupent des préoccupations classiques dans l’étude des stars : l’aspect sacré d’une "Idole" "culte", dont les concerts deviennent une grand messe, le rôle du "corps" dans la construction du statut d’icône, la tentation de la diversification des domaines artistiques investis – notamment la question du semi-échec de sa carrière cinématographique. Mais Santamaria propose aussi des analyses plus singulières, propres à ce parcours, comme une étude précise des textes des chansons de Johnny qui semblent révéler les tensions internes à la figure en perpétuelle construction du rocker. 
Ce parcours vers la création d’un mythe s’achève avec le développement de l’influence de Johnny dans la sphère politique. Si l’impact du chanteur dans la sphère publique s’est fait sentir rapidement, son rôle dans les sphères de pouvoir a été plus tardif et plus complexe, mais renforce finalement son état de symbole national. 


En définitive, Johnny incarne les évolutions de la société française de ces dernières décennies, presque comme un "miroir"... peut-être avons-nous tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday…
 

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PESET

23/10/10 12:10
Le mythe Johny correspond au mythe Pablo. Tous deux sont apparus à des moments où la jeunesse attendait quelque chose de nouveau, comme vous le dites pour Johny Halliday et que je pense semblable pour Pablo Picasso. Une jeunesse qui ignore limitation par Johny des chanteurs américains qui le précèdent morts ou toujours vivants, une jeunesse française américanisée, mais votre ouvrage le dit mieux que moi. Pour Picasso la jeunesse qui lentoure est composée de peintres ouvriers mais aussi de littéraires cultivés, tels que Max Jacob ou Apollinaire qui vont donner à sa peinture une importance non négligeable, par amitié, quils ne renieront pas avec lapparition des « Demoiselles dAvignon ». Au contraire ! Des ouvrages vont lencenser. Eduqués par lécole mais pas artistes, comme létait la jeunesse aux débuts des concerts de Johny, les amateurs de peinture en 1907, y compris les amis de Picasso ne virent pas limitation que Pablo avait réussie de la peinture de Cézanne « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge ». Plutôt que de leur révéler, Picasso choisit de se taire. Johny fera de même 50ans plus tard. Johny continuera de chanter des interprétations américaines, et Pablo continuera de peindre des milliers de « Demoiselles dAvignon » jusquà sa mort, cachées sous toutes ses uvres. Voila comment de lignorance de la musique ou de la peinture peuvent naître des « Mythes ». Tous deux y seront arrivés, en « I-mythant ». Pour Johny aujourdhui nous connaissons ses sources. Pour Picasso, quelle personne responsable, en histoire de lart ou du Ministère de la Culture, osera dévoiler ce que nous devrions tous savoir sur le comment de son uvre prolifique et géniale. Seul largent peut empêcher lannonce du processus créatif de Picasso. Triste réalité.

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