<p style="margin: 0px; text-align: justify; font: 12px Arial;"><font face="Arial" size="2">Khaled Hroub tente de prouver que le Hamas n'est pas un &eacute;l&eacute;ment d&eacute;stabilisateur du Proche Orient.</font></p> <p>&nbsp;</p>

Depuis sa prise du pouvoir à Gaza en 2007, le Hamas est au cœur de toutes les interrogations. Est-il capable d'abandonner la lutte armée ? Peut-il accepter une forme de coexistence pacifique avec Israël ? Est-il susceptible de s'intégrer dans le processus démocratique palestinien en construction ?

Pour répondre à ces questions, Khaled Hroub  ) entreprend de disséquer l'histoire, les références idéologiques et les stratégies du Hamas, ainsi que ses rapports avec les Juifs, Israël et l'Occident. De cette analyse émerge clairement la spécificité du Hamas, qui réside dans sa capacité à faire coexister en son sein quatre idées-forces potentiellement contradictoires : la Palestine, l'islam, le nationalisme et le djihad. En découle une vision politique en cercles concentriques, de la Palestine au monde arabe jusqu'à l'oumma dans son entier.

On comprend assez vite que l'auteur voue une certaine sympathie au Hamas et qu'il entend lutter contre les "idées reçues" qui circuleraient sur lui en Occident. Il s'attache donc tout au long de l'ouvrage à démontrer que le Hamas, et le Fatah par ailleurs, veulent la paix et que la responsabilité de l'échec récurrent des négociations incombe à Israël et à Israël seulement. De même, le recours à la violence ne serait pas la cause mais la conséquence de l'intransigeance israélienne. Et si le Hamas s'est opposé dès le départ au processus d'Oslo et a lancé ses premières campagnes d'attentats-suicides au moment précis où les négociations démarraient, ce n'est pas pour les torpiller mais évidemment parce qu'il les savait inutiles. 

 

Pour donner au Hamas une image de défenseur incorruptible du peuple Palestinien et en même temps d'acteur raisonnable, Hroub s'attaque au problème de la Charte du Hamas, dans laquelle le mouvement expose ses principes et ses objectifs. Publié en août 1988, soit huit mois après la naissance officielle du mouvement, ce texte abonde en passages où les appels à la violence le disputent aux discours antisémites et complotistes. Mais Hroub affirme que, contrairement à ce qu'on pourrait croire et à ce que le Hamas affirme lui-même, la Charte n'aurait pas été capable "de garder un rôle central dans la pensée politique du Hamas". Plusieurs leaders du mouvement lui auraient même confié que ce document était l’œuvre isolée d’une personnalité de Gaza, sans consultation préalable. Que le Hamas ne l'amende-t-il ! Venant à la rescousse, Hroub avance que "ses leaders redoutent [..] qu'une telle décision ne soit interprétée par beaucoup comme un renoncement aux principes fondamentaux du mouvement". Le problème est que la majorité des actions du Hamas sont en parfaite cohérence avec sa Charte. Dans la même optique, l'auteur croit savoir que "le Hamas a établi des relations très cordiales avec les Chrétiens" de Palestine. Toutefois, ces "bonnes relations" semblent bien précaires, pour ne pas dire purement de façade, au vu des difficultés de ces derniers  

 

Visionnaire, modéré et ami des Chrétiens, le Hamas est également démocrate

 

Après avoir concédé que "dans cette région démocratiquement inexpérimentée, le Hamas est [..] aussi sincère dans ses convictions démocratiques que n'importe quel autre mouvement", Khaled Hroub, s'appuyant sur la participation du Hamas aux élections législatives de 2006 et au mode de désignation interne des leaders, considère que "on peut, semble-t-il, affirmer sans se tromper qu'il n'existe au sein du Hamas aucune forme d'autoritarisme", ce qui semble contredit par la gestion policière du Hamas, prompt à pourchasser ceux qu'il qualifie de "collaborateurs" et dont les droits élémentaires ne semblent pas toujours respectés  

 

Enfin, à la question de savoir ce que ferait le Hamas dans l'hypothèse où un accord de paix serait signé entre l'Autorité Palestinienne et Israël, Hroub se retranche derrière la procédure du referendum populaire de ratification que le Hamas a promis d'organiser : il ne s'opposerait pas au résultat des urnes. Cela reste-t-il vrai après la mise en coupe réglée de Gaza ? Silence poli de l'auteur, convaincu que la population palestinienne pourrait contraindre le Hamas à respecter son choix. Idem pour l'instauration d'un Etat islamique : le Hamas ne l'imposera pas par la force.

 

Au final, on ne sait si l'auteur présente le Hamas comme il aimerait qu'il soit, comme le mouvement aimerait apparaître, ou comme il est véritablement. Par ce plaidoyer pro domo, Khaled Hroub s'empêche d'aborder une question centrale : la mainmise du Hamas sur la bande de Gaza et la querelle de légitimité qui l’oppose à l’Autorité Palestinienne n’hypothèquent-elles pas de facto la solution des deux Etats, base de toutes négociations israélo-palestiniennes viables ?#nf#

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