Philosophie

A l'école de Brentano. De Würzbourg à Vienne

Couverture ouvrage

Collectif
Vrin , 448 pages

A l'école de Brentano
[jeudi 09 septembre 2010]


Un recueil de textes des principaux représentants de l'école méconnue de Brentano.

Franz Brentano a fait école, c’est le moins qu’on puisse dire. Et la manière dont il a fait école est un cas d’école, précisément, pour l’histoire de la philosophie moderne. Il n’y a pas d’exemple d’un philosophe d’une telle envergure dont la gloire a été en un certain sens obscurcie par l’effet même de son enseignement, et par l’éclat de ses disciples immédiats, dissidents ou orthodoxes, et à la fois successeurs et héritiers. C’est vrai au premier chef d’Husserl, incomparablement mieux connu, édité et commenté. Les deux philosophes québécois Denis Fisette et Guillaume Fréchette ont fait de la belle ouvrage, et leur essai sur Le legs de Brentano (c’est un fait un livre, qui précède et introduit une anthologie : 147 pages) s’imposera, aux côtés du Companion de Cambridge, et de l’ensemble dirigé par Liliana Albertazzi comme une des meilleures références, et comme  le seul ouvrage synthétique, supérieurement informé, consacré en français à la présence et à l’influence de Brentano au XXe siècle, et même avant. Le livre est paru juste avant la nouvelle édition de la Psychologie du point de vue empirique, que l’on doit à Jean-François Courtine, dans la même collection "Textes philosophiques" chez Vrin. Cet essai se compose d’abord d’une Généalogie de l’école de Brentano, puis d’une Présentation de quatre des six textes retenus, dont les éditeurs pensent à juste titre que leurs auteurs ne sont pas encore assez connus des philosophes et des historiens de la philosophie. Je pense que ce traitement aurait pu s’étendre à Stumpf, qui, en dépit de la récente publication par Fisette d’un choix de quatre articles, Renaissance de la philosophie (Paris, Vrin, 2006), est loin d’être un philosophe (et un psychologue) bien connu.

L’ouvrage contient, dans l’ordre, les textes suivants : les Souvenirs de Franz Brentano et de Husserl, traduits par Robert Brisard, un texte publié pour la première fois en 1919 dans un recueil publié par Oskar Kraus en mémoire de Brentano, mort en 1917, puis ceux de Stumpf,  que Brentano considérait comme son disciple préféré, publiés à la même date et au même endroit, et plus détaillés, dans une traduction de Julien Dolidon et Marc-André Vaudreuil, revue par Guillaume Fréchette. Ainsi que l’article séminal de la psychologie de la forme qu’Ehrenfels a publié en 1890, Sur les "qualités de forme". Il en circule une autre traduction, due à Jean-Claude Monnoyer, qui a aussi traduit L’analyse des sensations de l’autre inspirateur primitif de la psychologie de la forme, Ernst Mach. Il faut souhaiter qu’elle paraisse, l’expérience a montré depuis très longtemps que la multiplicité et la variété des traductions animent le débat philosophique. La traduction, parce qu’elle tranche et décide, divise et enrichit la lecture de l’original. Un article de Meinong, qui date de 1899, traduit par Guillaume Fréchette, et qui est une réponse argumentée et courtoise à la critique frontale que lui avait adressée l’année précédente Franz Schumann dans un article intitulé Sur la psychologie de l’intuition temporelle. C’est un article très long, presque un essai, parce qu’il pose clairement que si Schumann a raison, ce sont les bases requises par la doctrine de la représentation et de la connaissance de Meinong qui sont ruinées. Il y a aussi une conférence prononcée en 1914 par Kazimierz Twardowski, Fonctions et formations, quelques remarques aux confins de la psychologie, de la grammaire et de la logique, et un article d’Anton Marty, Sur le rapport entre la grammaire et la logique. Kevin Mulligan aime à présenter Marty  comme le plus grand philosophe suisse de tous les temps, ce qui est sans doute une manière d’éclipser l’aura de "Jean-Jacques" et de Benjamin Constant. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ce qui est sûr, c’est que Marty, outre ses remarquables travaux, fut de l’avis général le porte-flingue le plus intransigeant de l’école de Brentano.

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