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Monde

Autonomie au Sahara. Prélude au Maghreb des régions

Couverture ouvrage

Abdelhamid El Ouali
Stacey International

Sahara Occidental : vers une solution du conflit, enfin ?
[jeudi 01 juillet 2010]
Une réflexion stimulante sur l’avenir d’une crise qui empoisonne les relations entre les deux principaux pays du Maghreb depuis plus de trente ans.

Depuis l’accord de Madrid mettant fin à l’occupation espagnole, signé en 1975 par le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie, le conflit au Sahara Occidental n’a toujours pas trouvé de solution. Peuplé de 400 000 habitants, ce territoire de 266 000 km2 a connu un conflit armé jusqu’en 1991 (date du cessez-le-feu), conflit plus feutré depuis cette date, entre le Maroc d’une part, puissance qui administre de fait le territoire, et les indépendantistes du Front Polisario d’autre part, armés, soutenus et hébergés par l’Algérie.

L’ouvrage Autonomie au Sahara. Prélude au Maghreb des régions s’efforce de replacer la question du Sahara Occidental dans un contexte plus large, celui de l’autonomisation de territoires au sein des Etats. Ancien haut-fonctionnaire à l’ONU, Abdelhamid El Ouali y défend la thèse selon laquelle la proposition marocaine d’autonomie, présentée à l’ONU en 2007, constituerait d’après lui la seule solution crédible (face à une indépendance réclamée par le Front Polisario jugée "irréaliste") pour mettre fin à un conflit qui alimente la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, dont la frontière terrestre reste fermée depuis 1988.

Le livre est constitué de trois grandes parties. Evoquant de façon transversale la mutation du concept d’autodétermination et les nouvelles formes de territorialisation d’une souveraineté étatique renouvelée, le livre parvient à replacer les événements dans leur contexte historique et s’emploie à adopter une posture prospective sans téléologie.

Dans la première partie, l’auteur explique comment l’autonomie territoriale est peu à peu devenue une autodétermination démocratique au niveau infra-étatique. Cette autonomie est un facteur de survie d’une forme postmoderne de l’Etat, affaibli notamment par les incidences de la mondialisation et la résurgence des phénomènes identitaires que connaissent parfois les pays en voie de développement depuis leurs indépendances. L’auteur valorise le caractère consensuel de l’autonomie territoriale, permettant à la fois à l’Etat de préserver son unité territoriale et aux droits des minorités d’être respectés autant que leurs identités reconnues. En évoquant les exemples de régions autonomes dans d’autres pays, la Catalogne en Espagne, les îles d’Aland en Finlande et le Groenland au Danemark, il montre que l’autonomie est une réussite quand elle est fondée sur un sens historique et un accord des populations concernées.

La seconde partie de l’ouvrage traite quant à elle de ce que l’auteur appelle "l’échec programmé de l’autodétermination – indépendance". Cette partie rappelle la rupture de l’intégrité territoriale du Maroc par le colonialisme français et espagnol, puis explique comment l’indépendance du pays en 1956 a marqué le début d’une succession d’étapes (la Marche Verte en 1975 notamment) vers le recouvrement de la totalité de son territoire (Ifni, Rio de Oro…), les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en constituant aujourd’hui encore les séquelles. L’auteur explique également, avec des arguments dont le caractère convaincant est variable, les raisons du soutien initial de l’Espagne et de l’appui permanent de l’Algérie aux indépendantistes par les difficultés à accepter la fin de son Empire pour la première et la rivalité entretenue par la deuxième avec son voisin, dans un contexte de guerre froide où Rabat est amarré à l’ouest quand Alger regarde vers Moscou. Après l’édification d’un mur par le Maroc dans les années 1980, les années 1990 sont marquées par les tentatives de médiation de l’ONU (opération de maintien de la paix par la MINURSO) et la perspective de référendum proposée aux sahraouis. Le désaccord persistant entre les parties sur la délimitation du corps électoral à prendre en compte et la position marocaine selon laquelle les liens d’allégeance entre les tribus et le souverain alaouite ne sauraient passer par le tamis d’un référendum, pourtant accepté par Hassan II afin de temporiser ("le temps joue pour nous" avait-il coutume de dire), ont rendu la perspective de l’organisation d’un tel scrutin très peu probable. L’avis consultatif rendu par la Cour Internationale de Justice (1975) sur le sujet alimente d’ailleurs toujours la controverse entre partisans de l’indépendance (droit à l’autodétermination) et défenseurs de l’intégrité territoriale (liens historiques d’un pays qui s’étendait par le passé jusqu’à Tombouctou). Jusqu’aux années 2000, malgré le changement politique à Alger et la transition à Rabat sous l’égide du roi Mohammed VI, toute solution est restée bloquée, jusqu’à l’initiative que l’auteur présente comme une "solution alternative crédible".

En ce qui concerne la troisième et dernière partie, c’est précisément à cette solution qu’Abdelhamid El Ouali se consacre. En montrant comment le Maroc a été largement inspiré dans son plan d’autonomie par les Nations Unies, il explique en quoi le projet actuel correspond selon lui à une "conception très avancée de l’autonomie". Tant par les compétences de la Région autonome que par ses organes (parlement, exécutif et tribunaux), l’auteur cherche à montrer que le projet permet à la fois de répondre aux revendications des sahraouis et de s’inscrire dans le cadre de la marocanité des provinces du sud du royaume chérifien. Il fait sien le propos prêté au roi Hassan II, selon lequel "tout est négociable sauf la tête sur le timbre", en expliquant que la mise en place du CORCAS (Conseil Royal Consultatif pour les Affaires Sahariennes) constitue une première étape vers la concrétisation du plan d’autonomie présenté par le Maroc. Si Abdelhamid El Ouali se révèle moins convaincant quand il évoque le consensus sur le sujet au Maroc (la question est certes largement tranchée, mais il existe tout de même quelques voix discordantes qui critiquent, à juste titre, la gestion passée du dossier sous la férule de l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri), l’auteur parvient à se dégager d’une position marocaine inchangée, qui est certes de bon sens, mais qui se rapproche parfois dans son expression d’un leitmotiv lénifiant.

L’auteur termine son propos en citant une phrase de l’historien Benjamin Stora, qui aide à saisir un des enjeux centraux de la question du Sahara Occidental : "Le Maroc se conçoit depuis le XVIème siècle comme une Nation. A l’inverse, l’Algérie est une Nation tardive, née de la guerre d’indépendance. Cette identité récente explique la poursuite d’un travail de consolidation de la construction de l’Etat", quitte à ce que celui-ci s’affirme contre un Etat voisin qui l’a pourtant beaucoup aidé dans la guerre d’indépendance face à la France.

D’un point de vue général, on comprend à la lecture de ce livre que l’avenir du Sahara Occidental appartient au politique. L’échec des pourparlers de Manhasset entre le Maroc et le Front Polisario en 2010 témoigne des responsabilités différenciées des acteurs : d’un côté, un Etat en voie de démocratisation qui propose un plan d’autonomie réaliste et moderne, soutenu par les Etats-Unis, la France et les pays de la Ligue Arabe, à l’exception de l’Algérie ; de l’autre, une organisation otage du pays voisin, qui utilise des revendications identitaires légitimes, instrumentalisées à des fins d’hégémonie régionale.

Depuis quelques mois, près de 8000 sahraouis ont quitté les camps de réfugiés de Tindouf, en territoire algérien, pour rejoindre le Maroc. Le prochain ambassadeur du Maroc en Espagne est un ancien dirigeant du Front Polisario rallié à la position marocaine. Comme c’est le cas pour l’interminable occupation des territoires palestiniens au Proche-Orient, les paramètres de règlement d’un conflit qui dure depuis plus de trente ans sont donc connus. Combien de temps encore le développement économique et la coopération politique au Maghreb resteront-ils entravés par le différend du Sahara Occidental ? La réponse se trouve désormais plus à Alger qu’à Rabat ou Lâayoune.

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