L’idée de créer une fondation, apparue il y a deux ans chez les Verts, pourrait se concrétiser prochainement. L’équipe en charge du projet s’apprête à remettre un dossier en vue d’obtenir le statut de "fondation reconnue d’utilité publique". Une "Fondation de l’écologie politique" qui pourrait voir le jour en janvier 2011.

Dès décembre 2008, dans un texte d’orientation adopté au Congrès de Lille, les Verts souhaitaient déjà se doter "d’une Fondation permettant d’organiser un lien permanent avec ceux qui innovent dans la mouvance intellectuelle et associative". Les écologistes français se singularisent en effet dans un paysage politique où les principaux partis sont liés à une fondation – le PS avec la Fondation Jean-Jaurès, l’UMP avec la Fondation pour l’innovation politique ou encore le PCF avec la Fondation Gabriel Péri. Cette singularité est de plus spécifique aux Verts français. Il existe déjà des fondations dans d’autres partis écologistes européens – la Fondation Heinrich Böll en Allemagne, le think tank Etopia en Belgique ou encore la Green Economy Institute en Grande Bretagne – toutes rassemblées depuis 2008 dans la Green European Foundation. Le besoin de se doter d’une Fondation s’est donc fait pressant.

Béatrice Chasles, en charge du projet de la fondation chez les Verts, explique que le but est de "rassembler des forces intellectuelles disséminées afin d’intervenir dans le débat public". Après une première réunion d’un groupe de travail en avril 2009, les journées d’été de l’an dernier ont été l’occasion de débattre de l’idée d’une fondation entre militants et avec des invités comme Christophe Derenne, directeur du think tank Etopia ou Olivier Ferrand, président de Terra Nova.

Europe Ecologie aux manettes

Depuis, l’équipe en charge du projet "s’est élargie à Europe Ecologie", reconnaît Béatrice Chasles. Et de fait, on retrouve aujourd’hui dans cette équipe de nombreuses personnalités d’Europe Ecologie, comme Jean-Paul Besset, ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, André Gattolin, bras droit de Daniel Cohn-Bendit, mais également Lucile Schmid, transfuge du Laboratoire des idées du PS. Pour André Gattolin, le transfert du projet vers des membres d’Europe Ecologie s’est fait naturellement, parce que "les Verts n’ont pas la culture administrative" pour s’occuper de ce dossier. "Les Verts sont très souvent vus comme incapables de mener des politiques publiques très pointues, par manque d’expertise" ajoute-t-il. Et selon lui, c’est la direction nationale des Verts qui "voyant le dossier s’enliser" a pris la décision de le confier à Europe Ecologie et de lui "donner carte blanche". 

Le dossier doit être remis avant la fin du mois aux services du ministère de l’Intérieur pour obtenir l’agrément "reconnue d’utilité publique". Après avis favorable du Conseil d’Etat, le dossier est transmis à la direction des services administratifs et financiers du Premier ministre (DSAF) qui émet un décret de reconnaissance d’utilité publique. Le Premier ministre dispose, dans le cadre du Programme 129, d’une enveloppe de 10 millions d’euros pour subventionner associations et fondations. La procédure n’est pas aisée – notamment sur le plan financier – même si d’après André Gattolin, les autres fondations politiques seraient favorables à l’émergence d’une fondation écologiste en France, ce qui faciliterait sa reconnaissance.

Cette reconnaissance est vitale pour accéder à un financement public, évalué aujourd’hui pour les cinq fondations politiques existantes à une somme annuelle allant de 490 000 à 1 210 000 euros. Cependant, la condition pour obtenir ce financement est que 10% des ressources de la Fondation viennent de fonds privés. De ce côté-là, "ce n’est pas l’argent qui manque, avance André Gattolin. Bizarrement, les grandes entreprises s’intéressent beaucoup à l’écologie politique aujourd’hui." Parmi les donatrices potentiels, EDF et Areva seraient prêtes à participer mais pour M. Gattolin "ce n’est pas envisageable car derrière tout ça, il y a un effet d’affichage sur lequel il ne faut pas se leurrer".

Malgré les tensions entre Europe Ecologie et les Verts qui sont apparues récemment dans les médias, les deux organisations politiques seront cofondatrices de la Fondation. M. Gattolin précise à ce sujet que les Verts continueront d’exister à court terme, car "c’est par eux que transite le financement public lié à la précédente mandature de 2007", laissant entendre que le parti pourrait ne pas subsister à long terme sous cette forme. Pourtant, entre Europe Ecologie et les Verts, "c’est dans cette galaxie-là" que la fondation devra trouver sa place, résume Jean-Paul Besset. Quant au conseil de surveillance de la fondation, composé d’une douzaine de membres, il sera ouvert à des intellectuels et à des scientifiques dont plus de la moitié des membres ne sera affilié ni aux Verts, ni à Europe Ecologie. Parmi les intellectuels susceptibles d’y participer, on trouve, outre Jean-Paul Besset qui en prendra la direction, le philosophe Patrick Viveret , l’économiste et député européen Alain Lipietz ainsi que des personnalités européennes comme Christophe Derenne, directeur d’Etopia, et Franziska Brantner, eurodéputée allemande, membre de la Fondation Heinrich Böll. Par ailleurs, deux personnes "proches des théories de la décroissance" ont été sollicitées. Enfin, la parité absolue devrait être de mise.

"Ni à gauche, ni à droite"

Quels seront les objectifs et les idées défendus par cette fondation ? Les objectifs de la fondation sont d’ores et déjà inscrits dans l’article 1 de l’association de préfiguration de la fondation. Il s’agit de "favoriser le rassemblement des idées autour du projet de transformation écologique de la société et de nourrir ainsi des politiques susceptibles d’ouvrir un nouvel espace au progrès humain et à la civilisation. Ce projet de mutation a pour ambition de modifier en profondeur l’organisation économique et sociale, les modes de production et la consommation ainsi que le rapport de l’homme et de la nature".

Les idées défendues seront ainsi celles de l’écologie politique qui sera l’ "axe central" de la fondation, d’après Jean-Paul Besset. Si la fondation ne s’interdit pas d’intervenir sur des questions sociales, elle ne sera pas pour autant spécifiquement "à gauche". "On ne défendra pas des idées de gauche, ni de droite, martèle Jean-Paul Besset, on défendra les idées de l’écologie politique". Même son de cloche chez André Gattolin pour qui la fondation ne se définit pas "comme étant à gauche". "On considère, explique-t-il, que l’avantage de l’écologie politique est de déverrouiller le vieux paradigme gauche/droite." Le discours des écologistes serait plutôt de "s’adresser à tous" et de ne pas "s’arrêter à une logique de classes sociales". Il s’agit également d’un rejet de la "gauche productiviste" et du "PS qui ne pose aucune question de fond sur le nucléaire", précise André Gattolin. Et l’enseignant à Paris 3, membre de la revue Multitudes, de s’inscrire dans le courant de la "régulation de l’économie et donc du marché".

Une écologie qui se veut donc "politique". C’est ce qui fera également la différence avec la Fondation Nicolas Hulot décrite par André Gattolin comme "environnementaliste" et dont le but est plutôt la "sensibilisation du grand public". Cette différence est aussi une divergence de fond : André Gattolin exprime ainsi une critique de cette fondation "très largement financée par des fonds privés [comme] EDF, L’Oréal, TF1" et remarque que Nicolas Hulot "ne s’exprime pas sur la question du nucléaire. Moi, je connais sa position, mais elle n’est pas publique. Parce que si elle était publique, ça poserait un problème pour sa Fondation, ajoute-t-il".

Une anti-Terra Nova ?

Quid de Novo Ideo, think tank de l’écologie politique lancé par Jean-Marc Pasquet des Verts en septembre 2009 ? Si Béatrice Chasle ne voit pas de concurrence entre les deux structures, Jean-Paul Besset et André Gattolin d’Europe Ecologie, eux, n’en ont jamais entendu parler. Quant aux autres fondations politiques françaises, les écologistes ne veulent pas rentrer en confrontation avec elles mais plutôt instaurer un débat d’idées. M. Gattolin évoque même son envie de voir les différentes fondations dialoguer régulièrement entre elles, lors d’une rencontre annuelle.

Pas de confrontation donc… sauf peut-être avec Terra Nova que M. Gattolin tacle au passage pour expliquer ce que ne doit pas être une fondation : "Terra Nova a des accords de publication, une double page dans Libé, il y a des logos, on en entend parler. Mais le but d’une Fondation, ce n’est pas d’être le maillot d’un coureur cycliste", lâche-t-il. Le sociologue reproche ainsi à la "fondation progressiste" de se limiter à "alimenter le débat du moment". "Terra Nova, je ne vois pas beaucoup d’intellectuels dedans, poursuit-il. Certains qui écrivent, je les vois dans des colloques internationaux : ils voient une bonne idée passer, et hop, ils pondent un papier de 4000 signes qu’ils balancent dans le Monde, Libération ou le Figaro sous leurs signatures. C’est de l’utilisation du travail d’autrui, quand ce n’est pas tout simplement un détournement de travaux de chercheurs". Pour M. Gatollin, en lieu et place de cette "imposture intellectuelle", il est primordial pour une fondation de reconnaître la part du travail des chercheurs et d’avoir sa propre "production intellectuelle". Rendez-vous en 2011 pour vérifier ce que sera la "Fondation de l’écologie politique"#nf#