Suite à la parution de la proposition de la fondation progressiste Terra Nova sur les modifications à apporter aux lois de bioéthique, Sylviane Agacinski, philosophe, a fortement réagi à une vision "progressiste"  favorable à la gestation pour autrui.

 

Avant tout, la parenté ne saurait être consacrée comme un droit à être parent. De ce postulat, l’auteur réfute l’utilisation du terme "parents d’intention" utilisé dans le rapport qui sous-tend l’idée que si on peut devenir parent c’est en passant par l’usage du corps d’autrui, que ce soit par l’usage de l’utérus de la femme ou par l’usage des gamètes masculins ou féminins.

 

La philosophe revient sur les droits de l’enfant, par opposition à un droit à l’enfant pour les couples qu’elle refuse de voir consacré. L’enfant doit pouvoir naître de personnes identifiables pour ne pas rester un objet fabriqué à partir de matériaux biologiques anonymes. L’enfant devrait donc disposer de droits : ne pas être traité comme une marchandise, ni être l’objet d’une convention et connaître les conditions de sa naissance, ce qui mettrait donc fin au principe d’anonymat qui prévaut aujourd’hui dans la loi française.

 

Le recours à des tiers dans le don de gamètes doit s’inscrire dans un processus médical pour pallier la stérilité. Sylviane Agacinski considère comme étrange que les couples homosexuels soient concernés par la médecine procréative, puisqu’il n’est pas question de soigner un problème médical. Elle met en avant une option qui s’ouvre aux couples homosexuels depuis toujours : celle de la "coparentalité" qui leur permet d’avoir des enfants issus d’un couple sexuel qui est différent du couple parental. La gestation pour autrui ne peut être regardée comme un procédé thérapeutique que ce soit pour permettre à des couples homosexuels de devenir parents ou pour contourner une stérilité féminine.

 

Le marché procréatif existe, il ne sert à rien de se leurrer avec les dons gratuits que certains mettent en avant. La philosophe rejette l’idée que le recours à une mère porteuse serait un progrès pour la société. Au contraire, la gestation pour autrui peut être considérée comme une forme moderne d’aliénation des corps, uniquement féminins bien sûr.

 

Le débat n’est certainement pas clos. Pour continuer la réflexion, sans refuser les difficultés, la fondation Terra Nova vous propose d’assister à une soirée-débat "Poings de vue" entre Geneviève Delaisi de Parseval, co-présidente du groupe de travail de Terra Nova consacré à ce sujet, et Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate. Cette soirée intitulée "Adoption, procréation assistée, mères porteuses... quelles familles pour demain ?" aura lieu le 7 avril 2010 à 19h30 à la Bellevilloise #nf#

 

 

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- 'Terra Nova et les révisions des lois de bioéthique', par Margaux Loire.