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Economie

La méthode Google. Que ferait Google à votre place ?

Couverture ouvrage

Jeff Jarvis
SW Télémaque , 400 pages

S'inspirer de Google ?
[jeudi 25 mars 2010]


Mi-guide, mi-analyse, cet ouvrage très dynamique et concret nous aide à faire tomber nos barrières pour oser des expérimentations et mettre à profit les nouvelles technologies dans des domaines variés.

Voilà un ouvrage dont le sous-titre ("Que ferait Google à votre place ?") est bien alléchant. Car qui n'a pas glorifié le puissant moteur de recherche et ses nombreuses applications ? Qui n'a jamais rêvé de voir des outils flexibles, pertinents et accessibles se développer dans sa vie quotidienne ? Ou de connaître soi-même un succès si ample et si "naturel"? Car qu'on l'apprécie ou qu'on l'envie, on aime tous Google. Et ce n'est pas Jeff Jarvis, fondateur de l'hebdomadaire Entertainment Weekly et animateur du blog www.buzzmachine.com, qui nous dira que nous avons tort.

Dans une première partie, son propos n'est pas tant de revenir sur le succès de Google mais de s'intéresser au nouveau point de vue qui sous-tend la façon d'opérer de l'entreprise américaine : redonner à l'utilisateur-client sa vraie place, la place centrale. Google focalise en effet son énergie sur un but : faciliter notre vie en mettant à notre disposition de nouveaux outils. Et à travers ce changement de point de vue, Google laisse transparaître des valeurs que l'on n'était plus tellement habitué à voir, sinon en publicité : ouverture (avec l'Open Source), simplicité (comme avec Blogger qui permet de créer son blog en quelques minutes, sans compétence particulière en informatique), primauté donnée à la liaison (avec la création de communautés et de blogs, l'importance des liens entre un site ou un blog et un autre), mise à disposition de plate-formes d'échange (grâce à Google Documents, par exemple), gratuité (à travers la notion de "don" sur laquelle insiste Jeff Jarvis).

Dans cette optique, l'auteur préconise ainsi de privilégier la relation client et de mettre de côté une bonne fois pour toutes le recours aux agences de publicité et aux services marketing. Mais bien que la page du moteur de recherche reste d'une sobriété éternelle, cela n'empêche pas Google d'installer des bandeaux publicitaires personnalisés... mais chez les autres. Il aurait d'ailleurs été intéressant que l'auteur souligne davantage combien la réussite indéniable de Google n'était pas liée aux efforts en publicité-marketing mais bien à un investissement important dans la recherche et développement. Car avec Google, ce n'est plus l'entreprise qui fait naître de nouvelles envies, de nouveaux besoins chez les uns et les autres ; elle reste bien au service de ceux-ci en améliorant ce qui existe. Google met en effet bien en pratique ce qu'il prône : trouver des solutions à des problèmes et laisser le bouche-à-oreille faire son oeuvre bénéfique. Là-dessus, il n'y a presque aucun doute.

Mais ce que l'on aurait aussi voulu savoir, c'est comment fonctionne l'entreprise de l'intérieur. On sait en effet que les employés ont le droit (voire l'obligation) de consacrer une heure par jour à un projet personnel et ce afin de faire émerger de nouvelles idées mais qu'en est-il de la hiérarchie dans une équipe ? Du stress ? Du déroulement des réunions ? Des méthodes de recrutement des collaborateurs ? On aurait voulu avoir une idée plus précise là-dessus, non pour savoir si l'entreprise sera élue "The best place to work" cette année mais pour envisager combien "la méthode Goggle" est ou non totale, s'il y a communication entre les applications proposées aux internautes et les méthodes internes de management ou gestion de projet, voire s'il existe un lien d'influence entre l'univers de l'un et celui de l'autre.

Comment Google détecte-il les problèmes que nous rencontrons ? Là non plus, Jeff Jarvis n'apporte malheureusement pas d'éclairage sur la méthode suivie.

Par contre, ce qu'il décrit très bien, et dans le style si direct, si vivant, si instructif des Américains, c'est ce qui prend (ou devrait prendre) de l'importance dans le monde actuel : la multiplication des marchés de niche au détriment des marchés de masse, l'importance grandissante des services clients, la mise en valeur par les entreprises d'un cœur de métier et non d'un produit, la participation active des consommateurs qui deviennent co-créateurs de contenus et peut-être demain de produits  , etc. Il faut dire que monsieur Jarvis est assurément un visionnaire.

Il revient aussi à plusieurs reprises sur les notions de public et d'auteur sans toutefois jamais prendre la mesure du bouleversement que cela induit : comment considérer les résultats de co-créations jamais terminées (tant que la page web existe) entre un premier auteur et les auteurs suivants qui sont lecteurs et aussi contributeurs ? Quelle est l'unité de l'oeuvre créée ? Que recouvre alors le "droit" d'auteur ? Car les blogs font bel et bien penser aux écrits du Moyen-Age que n'importe quel auteur pouvait s'approprier, opérant des changements, des coupes, des développements ; car avec ces nouveaux modes d'expression collaboratifs se posent des questions importantes sur la création. A ce sujet, il est d'ailleurs dommage que l'auteur n'insiste pas sur le côté systématique de la numérisation massive et sans autorisation des ouvrages des éditeurs et des procès que cela engendre en France, en Italie, etc. Car cela aussi fait partie de "la méthode Google", n'en déplaise à Monsieur Jarvis.

La deuxième partie du livre consacrée à une éventuelle mise en pratique des principes de Google dans des secteurs aussi divers que la restauration, l'énergie, les médias, les hôpitaux, l'université est plus décevante, car moins conceptuelle. De plus, les idées proposées ne révolutionnent pas profondément les pratiques existantes ; il s'agit plutôt de pistes pour des améliorations marginales qui pourraient certes être appréciées du public car elles lui apporteraient des informations susceptibles de l'intéresser personnellement mais n'est-ce pas aussi fatigant et un peu vain de vouloir tout contrôler ? De vouloir, par exemple, connaître le taux de criminalité du quartier où l'on vient de visiter un appartement pour un futur achat, connaître la date où l'on a ôté les derniers graffitis et détenir la liste des commerçants de proximité ? Cela ne nous mène-t-il pas à être toujours plus connectés, toujours plus exigeants et donc, plus frustrés ?

L'exemple le plus stimulant pris dans notre vie quotidienne est celui de la restauration où l'auteur développe en plusieurs exemples ce qu'un restaurant “googlisé” pourrait être : les clients pourraient noter les plats et les notes seraient indiquées sur la carte ou un site web, le chef pourrait publier ses recettes sur un site et les clients pourraient faire des commentaires, des concours pourraient être organisés pour comparer sa propre recette avec celle du chef, les clients pourraient lancer des défis à celui-ci qui pourrait les relever devant la caméra, etc. Les autres applications ne sont pas dénuées d'intérêt même si, prenant effectivement racines dans “la méthode Google” et les prolongeant, elles sont loin de la révolution portée par l'entreprise américaine.

Mi-guide, mi-analyse, cet ouvrage très dynamique et concret est fondé sur un paradoxe que l'auteur relève lui-même à plusieurs reprises : bien que louant Google, Internet et les communautés de blogueurs, c'est bien sur un livre papier (car il convient désormais de préciser le support) que Jeff Jarvis nous transmet son propos, alors même qu'il anime un blog. L'auteur se justifie en expliquant, pragmatique, qu'il a besoin des avances de son éditeur pour vivre. Mais donner cette seule raison est quelque peu réducteur (et péjoratif, bien sûr, pour l'édition traditionnelle), et surtout, fait fi de ce qu'est encore le livre aujourd'hui : un objet de prestige, aisé à valoriser (car convenons-en, avancer “Je tiens un blog” et “J'ai publié un livre” ne développe ni le même imaginaire, ni le même respect dans le public). C'est aussi l'aboutissement d'une reconnaissance professionnelle puisqu'un autre que soi décide de la publication, mais aussi d'une reconnaissance sociale plus grande que pour un blog puisque le public est prêt à payer pour avoir accès au travail de l'auteur. Il croit en lui, risque l'expérimentation (comme toute entreprise ambitieuse qui se respecte, ainsi que le fait Google lui-même), pourrait-on dire.

Jeff Jarvis finit son ouvrage sur la mention d'Apple. Car oui, il existe des structures qui ne suivent pas la voie ouverte par Google et qui connaissent pourtant un succès public mondial incroyable. Aller à l'encontre de "la méthode Google" peut donc aussi donner naissance à de belles réussites.

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