Psychologie

L'amour Lacan

Couverture ouvrage

Jean Allouch
Epel

L' "A quand l'amour ?" de Jean Allouch
[mardi 09 mars 2010]


L'incontestable chef-d'oeuvre d'un genre bien spécial, le "commentaire raisonné" de Lacan, servi par une liberté de ton, une passion pour la psychanalyse, et une érudition exemplaires.

"L'un des plus curieux sillages de 1968 sera de susciter dans l'Université et ses alentours, jusque dans les endroits les plus inattendus, des séminaires de "lecture de Lacan" qui, pour le malheur de la littérature universelle, n'ont pas trouvé leur Flaubert"  . Pour être cruel, ce mot de Marcel Gauchet n'en est pas moins juste. N'est-il pas politiquement et intellectuellement stupéfiant que, trente années après la mort de Lacan, dans un univers où la linguistique, la psychologie, les sciences humaines et sociales, les arts et la littérature (je ne parle même pas de la psychiatrie) se soucient de la psychanalyse comme d'une guigne, de nouvelles générations de jeunes gens remplissent encore les amphithéâtres pour recueillir de la bouche des élèves des élèves de Lacan une interprétation enfin éclairante de ses propos les plus obscurs ? Le plus sidérant en l'espèce, c'est qu'un travail qui fut en son temps aussi sensible aux avancées contemporaines, qui affûtait les oreilles des auditeurs en sorte de leur faire lire, bien avant leur vogue ultérieure, la linguistique structurale, la philosophie analytique, et mille autres choses recueillies à même le bouillonnement de l'époque, se soit pendant ces trente années transformé en un ensemble dogmatique aussi rigide, aussi imperméable à la vie réelle des sciences, et pas simplement de la médecine, pour ne rien dire de la vie sociale  , n'accueillant pour finir, et encore, avec des pincettes, que la partie la moins menaçante de tout ce qui se passe et se dit autour de nous. D'où ce paradoxe que les mots-clés de la doctrine ne sont plus désormais intelligibles qu'en consultant des dictionnaires historiques ("signifiant", "structure", etc.), tandis que le gros des défenseurs explique sans rire aux nouveaux disciples médusés que c'est l'époque, notre bien triste époque, qui résiste, elle, à la vérité inaltérable du lacanisme.

Il est amer de constater combien les moins imitables des penseurs, ceux qui n'auront eu de cesse de s'étonner qu'on puisse même les suivre un tout petit peu dans des voies frayées pour résoudre leurs plus intimes difficultés (et je pense à Wittgenstein autant qu'à Lacan), auront suscité tant d'épigones, de commentateurs obséquieux et d'insupportables rabacheurs, ne retenant d'eux qu'une inexpugnable totalité d'énoncés finement agencés, moins l'essentiel : la voix solitaire de qui les prononçait sans se prendre, lui, pour leur auteur. C'est donc avec un mélange d'anxiété et de prévention soupçonneuse (que calme à peine le doux frisson de la main se tendant timidement vers un livre sur l'amour, un regard en coin vers les autres clients de la librairie, un ange muet sur la couverture pour unique complice), qu'on fera discrètement l'emplette du pavé de Jean Allouch.
Car Allouch (et le petit groupe auquel il rend hommage à la dernière page de son livre) fait partie des très rares qui échapperont, peut-être, au Flaubert que leur promet Gauchet. Mais si c'est bien un jour le cas, se dit-on à la dernière page, encore sous le choc de l'émotion la plus vive qu'un simple amoureux de Lacan ait ressenti dans toute sa vie de lecteur, ç'aura été de haute lutte. Car le défi relevé dans L'amour Lacan ne peut apparaître, après coup, que plus énorme.

Disons donc tout d'abord que le livre d'Allouch s'appuie sur un relevé exhaustif, au sens de la philologie la plus rigoureuse, des références de Lacan à l'amour. C'est un labeur dont bien peu se soucient, hors des études anciennes, et ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard si David Halperin, le grand scholar américain, se trouve pour finir remercié. Comme je suis bien décidé à épouvanter le lecteur, ou à lui faire écarquiller les yeux d'incrédulité, j'ajouterai qu'Allouch n'a pas seulement relevé toutes les occurrences de l'amour chez Lacan. Il les a minutieusement contextualisées, et, comme il se doit quand on pratique comme il se doit l'histoire des sciences et des idées, il en a expliqué le sens et la portée dans les moments successifs de l'élaboration de Lacan, il en a défendu la pertinence contre des objections sérieuses, psychanalytiques mais aussi philosophiques, et il en a dissipé l'obscurité de façon convaincante, en les extrayant de la gangue oraculaire et mystificatrice où la négligence intéressée des commentateurs (qui veillent à ne pas gâcher aujourd'hui leur pain du lendemain) les avaient tout simplement abandonnées.
C'est ce dernier trait qui retiendra d'abord l'attention.
Car, avec Lacan, certains décoiffent. Allouch décape. Tout sort de ses mains patientes et précises plus brillant et plus tranchant. Et cependant, seconde surprise, l'éclat des grandes formules de Lacan sur l'amour s'avère, dans l'opération, ne jamais procéder exclusivement de lui. Foin du mythe du génie solitaire : mille sources poétiques, théologiques, d'innombrables tableaux (ce qui est une surprise : Lacan et la peinture. de l'amour !), des pièces de théâtre, d'autres textes souvent oubliés projettent sur ces propositions leurs lumières propres : c'est un peu des années 1950, puis des années 1960 et 1970 qui revivent alors, et qui nous restituent un Lacan bien attachant dans sa curiosité inaltérée pour tout ce qui l'entourait. En même temps, c'est sa vraie fragilité qui s'expose : ce dont il disposait, ce qu'il s'appropriait sans le dire, ce dont il dépendait et qui pouvait d'un moment à l'autre lui retirer son appui. Bref, Allouch nous montre une continuelle expérience de la pensée qui n'a rigoureusement rien à voir avec un système en train de se former (sauf quand il est à la mode, et pratique pour recruter, d'en fabriquer un) - en somme, la vie quand on sait qu'on en a qu'une, et qu'on s'est bien pénétré de ce que son nom propre finira un jour par s'effacer sans retour  . Ce Lacan rafraîchi, sinon décrassé, ce n'est plus un Lacan qui ne dit que ce qu'il aurait voulu dire. C'est un Lacan qui en dit à la fois bien plus et bien moins, un Lacan qui se trahit dans ses apories, un Lacan qui ne s'entend pas se dépasser  lui-même en se heurtant aux multiples impossibilités contre lesquelles il se cogne. C'est un Lacan dont on peut enfin sourire quand il nous fait le coup du "retour à Freud". C'est un Lacan dont on découvre à quel point il aura recouru à la formule "Jamais, ô grand jamais je n'ai dit une chose pareille" pour se dégager en bouffonnant de positions défendues avec acharnement pendant des années - laissant ses auditeurs bien en peine d'en comprendre le pourquoi.

Et c'est là, à mon avis, le mérite principal de l'entreprise d'Allouch, avec son titre si dangereux (car ce livre n'est pas, justement, une lettre d'amour à Lacan, le fait est assez rare pour être souligné). Ce Lacan ravivé, c'est le produit d'une lecture impitoyable, impavide devant sa rhétorique séductrice, comme devant la pétrification de la théorie que rendaient autrefois indispensables la construction d'un mouvement militant et la perpétuelle relance de son activisme. Allouch, jamais, ne craint la mise en lumière des ruptures, des contradictions, des désertions mystérieuses sur certains champs de bataille, et, ajouterai-je, de la lassitude de Lacan lui-même, écrasé par le fourmillement d'idées et de bons mots d'un séminaire de trente ans. Un tel geste, il faut le souligner, vaut discours de la méthode. C'est ainsi qu'il faut lire Lacan, et sans doute aussi Freud, et bien d'autres : avec le respect de l'irrespect, et la plus grande liberté de ton comme de jugement dans l'examen fidèle des accidents d'une pensée. Il faut d'ailleurs une belle confiance dans la psychanalyse, pour l'aborder d'une manière telle qu'on se moque à ce point de ce pour quoi la psychanalyse se prend, à tel ou tel moment de son invention ou de son développement, et pour juger le psychanalyste au travail sur la base des errances, des lapsus, des répétitions, des illuminations ponctuelles et des moments de grâce dont son travail est la scène - la scène, et non la description. On finira donc par se demander si cette manière de traiter impitoyablement Lacan n'est pas la mise en lumière la plus réussie de la consistance psychanalytique de son ouvre ; et inversement, si toute autre façon de procéder ne serait pas, sous couvert d'une quête plus raisonnable de consistance épistémologique, la plus vile des trahisons. Or quand cette intuition met presque 500 pages à vous venir, elle donne le vertige, tant elle implique de conséquences pour ce que vous estimiez "comprendre", en faveur ou en défaveur de Lacan comme de la psychanalyse.

Que l'amour soit l'angle d'attaque d'Allouch s'explique alors. Car l'amour, chez Lacan, c'est comme la pulsion chez Freud : un balai de sorcières dont on ne sait jamais où il vous conduira. Le parti-pris ? Non, la révélation de L'amour Lacan, c'est alors d'avoir abordé chacune des conceptions lacaniennes de l'amour comme les pièces d'un puzzle dont l'image finale nous restera pour finir inconnue. "L'amour Lacan : puzzle" est le dernier chapitre de ce livre. A mon avis, il faut l'entendre ainsi. L'amour, comme Lacan le voit, dit Allouch, "détient en lui sa propre limite", sans qu'il y ait là quoi que ce soit comme une carence ou un symptôme. Limite assurément étrange, parce que le fil conducteur de L'amour Lacan n'est rien d'autre que d'en parcourir successivement les figures. L'amour freudien renvoie aux limites du narcissisme. La dimension symbolique du don, dans l'amour, est une autre de ces limites configurantes. Même l'extase, ou le comique (puisqu'une des rares thèses constantes de Lacan sur l'amour, c'est qu'il est un sentiment comique), fonctionnent comme des limites de l'amour, et bien sûr la mort, qui s'y articule précisément pour cette raison. Bref, l'amour est connu selon ses limites, et les mettre en évidence, c'est donner un premier coup de crayon autour des pièces du puzzle, c'est les dessiner. Mais pour Allouch, ce motif de l'amour qui détient "en lui" ses limites en appelle un autre : le parallèle avec le savoir, lequel est, Lacan l'affirme sans cesse, ce qui lui aussi "détient en lui ses limites". Qu'on ne puisse pas tout savoir n'est en rien une limitation contingente. Quand on parle de savoir dans la psychanalyse, c'est-à-dire de "savoir inconscient", un tel savoir est par principe morcellé, partiel, affligé d'incomplétude. La chose dérange. Elle donne la mesure du refus résolu de la psychologie comme de la philosophie, si caractéristique de Lacan. Le savoir inconscient n'est pas un savoir qui fut un jour entier, et qui aurait été mutilé par la chute dans l'inconscient. Il n'est pas non plus ce qu'on pourrait faire revenir, à la manière d'une vérité totale, sur la scène de la conscience. Un savoir inconscient est plutôt comme un trou : certaines choses tombent dedans, et on les sait, et cependant, il n'existe que par ses bords limitants - au sens où il n'y a pas davantage, si l'on veut, de Savoir absolu que de grand Trou à l'intérieur duquel seraient contenus tous les trous du monde. Ce rapprochement entre "savoir" inconscient et "amour" chez Lacan, reconduit avec insistance jusqu'au pataquès ultime, "L'insu que sait de l'Une-bévue s'aile à mourre / l'insuccès de l'Unbewu  , c'est l'amour", et constamment justifié par Allouch, débouche sur l'idée que chaque conception de l'amour chez Lacan est inséparable d'une prise de position sur les limites du savoir dans l'inconscient. Ou pire : ce que Lacan dit de l'amour n'aurait jamais été, à chaque fois, qu'un nouvel exposé des limites inconscientes du savoir.

C'est ce tressage perpétuel des deux brins, amour et savoir, qui confère sa cohérence aux études si curieuses, et autrement parfaitement inintelligibles, que Lacan a consacré à Hegel (ou plus exactement à une note de Kojève sur Hegel et l'amour), à la poésie courtoise, puis à Dante, aux substitutions grecques de l'éraste et de l'éromène, à Kierkegaard, à Spinoza, Plotin ou Socrate. Enlevez cette association du savoir et de l'amour "qui détiennent en eux leur limite", et elles nous paraîtraient bien gratuites, ou bien fausses. Eclairez-là dans cette lumière, et l'impression d'artifice ou de sophistique qui a gêné tant de lecteurs critiques commencera doucement à s'estomper.

Muni de ce fil conducteur, Allouch lui inflige une torsion décisive, paradoxale, qui le durcit sous ses doigts et lui donne la force de lier ensemble autant d'éléments disparates. Cette torsion paradoxale, il l'extrait d'un propos lâché en passant par Philippe Sollers au sujet de Lacan, et dont l'auteur serait sans doute étonné de voir tout ce qu'Allouch en a tiré. "Lacan", dit Allouch, " cherchait une certaine sorte d'amour, l'amour qu'on n'obtient pas. La chose vaut-elle seulement pour lui, ou bien pour chaque psychanalyste ? Est-ce là le "trop de liberté" que Lacan se serait octroyé à l'endroit de l'amour ? Cet amour que l'on obtient comme ne l'obtenant pas, n'est-ce pas l'écho, la contrepartie de cette solitude, "pas si seuls", dont faisait état Lacan auprès de Sollers ? N'est ce pas là, précisément, la solitude du psychanalyste ? Celle que l'on trouve approchée par Donald Winnicott qui, dans un article intitulé "La capacité d'être seul", évoque ce que serait une heureuse solitude en présence de quelqu'un ?"  .

Car, bien évidemment, cet amour "que l'on obtient comme ne l'obtenant pas", n'est pas du tout une contradiction logique (Allouch ne dit pas "que l'on obtient en ne l'obtenant pas"), ni non une manière d'installer dans un inaccessible idéal l'amour qui vaudrait vraiment. C'est, rejaillissant par miracle dans notre langue et notre quotidien d'aujourd'hui ce que Jacques Le Brun nous a restitué de la mystique du 17ème siècle sous le nom magnifique de "pur amour"  . Sans doute ce pur amour est-il chez Lacan vidé de sa référence à la transcendance, et c'est d'ailleurs sur cette idée qu'Allouch clôt son enquête. Mais plus profondément, il permet d'élucider le concept de l'amour - oui, son concept, sa forme abstraite cachée sous les images sans nombre et les métaphores approximatives léguées par notre culture. C'est en effet grâce à cette formule étrange que l'amour est sauvé du brouillage que lui imposent nos modalités ordinaires d'expérience : l'amour n'est ni l'attachement de l'éthologiste, ni non plus la projection de l'investissement narcissique sur un trait contingent d'autrui (ce qu'on voit bien dans le comique de l'amour), ni enfin on ne sait quel don, extase, ou dilatation interne de l'âme. Dans sa pureté, il est rencontre du réel de l'autre sujet, installation aussi solitaire que joyeuse dans sa proximité, et tout le reste n'est que poésie sublime ou psychologie lamentable. C'est encore pour cette raison que, dans cette proximité à l'autre, le pur amour prend le risque véritable de la haine, haine qui n'a encore une fois rien à voir avec la petite monnaie de nos ambivalences. Mais cette proximité est en même temps un éloignement, comme le savent les amants, ou encore, l'articulation de deux solitudes - articulation qu'on pourrait peut-être faire valoir, ce qu'Allouch ne fait pas, mais que je risque, en traitant "l'amour qu'on obtient comme ne l'obtenant pas" comme un monstrueux prédicat à deux places : "l'amour qu'on obtient (pour soi) comme ne l'obtenant pas (de l'autre)".

Un des plus fascinants enjeux de cette analyse, c'est qu'elle surplombe jusqu'à donner le vertige la question de l'amour de transfert, au lieu de se laisser dominer par elle, comme il est habituel dans la littérature psychanalytique. En effet, L'amour Lacan ne se contente pas de prendre l'amour de transfert freudien en enfilade, en en faisant, pour ainsi dire, un simple cas de figure de l'amour Lacan. Allouch propose un néologisme : "transmour", pour fixer a priori et définitivement l'identité de l'amour Lacan et de l'amour de transfert. Moyennant quoi, cet amour de transfert étant désormais partout, il n'est aussi nulle part. Il ne saurait plus fonctionner comme l'horizon indépassable de toute conception psychanalytique de l'amour. C'est même exactement l'inverse : c'est par l'amour qu'on va à l'amour de transfert. Allouch, de ce point de vue, ne cesse de pourfendre ceux qui pensent que la psychanalyse suppose une épreuve initiatique (celle du transfert par exemple), et défend, en somme, la raison commune. Or la raison commune veut pouvoir juger de l'amour de transfert en examinant si elle y apprend bien quelque chose de l'amour, ou bien si on lui a fait le mauvais coup de changer en douce le sens du mot pour fuir dans des expériences ineffables ou réservées.  Du coup aussi, il n'y a plus d'amour de transfert "lacanien", distinct du "freudien". Il y a juste un moment, une circonstance contingente, où l'amour Lacan croise la condition freudienne de la psychanalyse comme du psychanalyste, s'en emparant et l'analysant, certes, mais sans lui accorder aucun privilège particulier, sinon historique. S'il est troublant de voir Allouch jeter à bas l'idée pourtant si répandue qu'il existerait une théorie spécifiquement lacanienne de l'amour de transfert, et une théorie élaborée sur le socle de l'héritage freudien, qui la dépasserait cependant, pour éclairer dans les parages d'autres usages moins profond (croit-on) du mot "amour", il y a encore bien plus troublant. C'est qu'un sujet, Lacan peut-être, dont toute la vie n'aurait été que la recherche de cet amour "que l'on obtient comme ne l'obtenant pas", n'aurait pas besoin, semble-t-il, de faire une analyse pour devenir psychanalyste. Il n'aurait aucun besoin de "résoudre" son transfert sur un analyste aimé ou haï. Il serait d'ores et déjà en position d'analyste de par sa quête fondamentale ! Et c'est bien plutôt de sa position subjective que nous devrions apprendre l'usage correct de ce qu'est l'amour de transfert - du transmour.
A l'heure où les professionnels se tâtent les uns les autres dans la nuit, en quête du juste critère de qui est psychanalyste et de qui ne l'est pas, voilà ce qui s'appelle ne pas y aller avec le dos de la cuiller..

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