Histoire

La dernière révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle, 1966-1976

Couverture ouvrage

Roderick Mac Farquhar Michael Schoenhals
Gallimard , 808 pages

La dernière révolution de Mao
[mercredi 30 dcembre 2009]


L’ouvrage de Roderick MacFarquhar et Michel Schoenhals sur l’épisode à la fois le plus déconcertant et le plus étudié de l’équipée maoïste, la révolution culturelle, est le plus complet actuellement sur cette question.

La révolution culturelle (1965-1976) est l’épisode à la fois le plus déconcertant et le plus étudié de l’équipée maoïste. L’ouvrage de Roderick MacFarquhar et Michel Schoenhals, le plus complet actuellement sur cette question, apporte de nouvelles précisions sur des faits déjà bien connus : la violence des Gardes rouges, la hargne fantasque d’un Mao indéchiffrable même à ses proches, la brutalité de son affrontement avec son "successeur désigné", Lin Biao, sa complicité fondamentale avec les "Quatre de Shanghai" dirigés par sa vindicative épouse, la servilité et la lâcheté du tant vanté Premier ministre Zhou Enlai…. et contient également de multiples révélations.

La première tient à la chronologie. On a coutume de dater la révolution culturelle de l’explosion du mouvement garde rouge, à l’été 1966, et de la faire s’achever à l’été 1968, avec la répression de ses factions les plus indépendantes, et l’envoi à la campagne de douze millions de jeunes urbains. Or l’ouvrage réévalue à la baisse tant le poids que l’autonomie des "rebelles révolutionnaires". Du coup, la grande purge que fut d’abord, et avant tout, la révolution culturelle s’amorce dès 1965 et continue jusqu’à la veille de la mort du Timonier (septembre 1976), la logique étant celle de la mainmise progressive sur l’immense pays d’un clan minuscule : celui des inconditionnels du dictateur. Ce rééquilibrage chronologique induit également un changement de perspective sur la violence politique. Celle des Gardes rouges fut la plus spectaculaire, mais pas la plus intense, et encore moins la plus systématique. C’est en fait entre 1969 et 1971 qu’eut lieu le plus grand nombre de détentions arbitraires, de tortures, d’exécutions et d’incitations au suicide : l’appareil militaro-policier, qui s’était adjoint des groupes "rebelles" domestiqués, en fut responsable. Les cadres maoïstes aussi bien que "conservateurs" (partisans de l’appareil auparavant dirigé par Liu Shaoqi) se répartirent les terribles campagnes des "Quatre propres", du "Nettoyage des rangs de classe" et la chasse à la prétendue "Conspiration du 16 mai". Quant aux millions de morts, aux dizaines de millions de persécutés de la période, la grande majorité fut issue, non des rangs du Parti ou des milieux intellectuels, mais de ces boucs émissaires habituels du régime, depuis le début des années cinquante : les "catégories noires", c’est-à-dire les anciens propriétaires terriens, paysans riches, capitalistes et fonctionnaires ou partisans du Guomindang déchu, ainsi que leurs familles, et même leurs descendants. Jamais la distinction entre "bien nés" et "mal nés" - le "casier social" et le "casier politique" se transmettant aux enfants- ne fut plus absolue qu’alors, et ses conséquences plus redoutables : confiscations, licenciements, déportations, persécutions menant parfois à la mort.

Le livre fait justice du mythe d’un Mao un moment écarté du pouvoir, et qui aurait visé à le reprendre. Il clarifie surtout les instruments utilisés par lui pour étendre son emprise et écraser ceux qu’il considérait comme ses adversaires. Son réseau propre d’informateurs, fort de milliers de personnes, ne lui laissait rien ignorer. Les "documents centraux", ayant force de loi, n’étaient édictés que par lui. Le "Groupe central de la révolution culturelle" aux ramifications tentaculaires, coiffa une administration amoindrie. Le quasi-clandestin "Groupe central d’examen des affaires" coordonna la répression policière. Il est faux que Mao ait été inquiété à un quelconque moment, ou qu’il ait perdu, si peu que ce soit, le contrôle des évènements (sauf lors de la fuite de Lin Biao, en 1971, qui semble avoir déclenché son déclin physique). En fait, "travailler en direction du Président" (concept adopté des travaux de Ian Kershaw sur le nazisme) fut la tâche difficile mais quotidienne de l’ensemble des cadres : leur capacité à comprendre ses intentions réelles déterminait leur avenir.

 

Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.

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