Arts visuels

L'évidence du possible. Photographie moderne et surréalisme

Couverture ouvrage

Herbert Molderings
Textuel

La naissance du huitième art
[mercredi 16 dcembre 2009]
Ce recueil d'articles de Herbert Molderings revient sur la naissance de le "Nouvelle photographie", et la progressive appropriation de ce medium par les mouvements artistiques comme le surréalisme.

Si la photographie existe depuis le milieu du XIXè siècle, elle n’est devenue réellement moderne que dans les années 1920 et 1930, à la faveur d’une multitude de courants dont les artistes contemporains, comme Christian Boltanski ou Anna et Bernhard Blume, reprennent aujourd’hui sous des formes diverses les procédés ou les intentions. C’est la naissance de cette "Nouvelle photographie" que retrace, illustrations à l’appui, l’historien de l’art Herbert Molderings dans les sept articles de cet excellent ouvrage, en examinant plus spécifiquement l’apport du surréalisme à cette entrée de la photographie dans la modernité.

La période évoquée vit naître des tendances qui toutes, malgré leur variété, montraient que la photographie n’était pas l’enregistrement passif de la réalité mais une véritable construction, contrairement à l’idée que l’usage scientifique du medium avait imposée depuis le XIXè siècle. Ainsi du constructivisme de László Moholy-Nagy, qui subvertit les usages scientifiques de la photographie et les associa aux possibilités ludiques du medium, pratiquées par les amateurs de photographie récréative. Il entendait ainsi forger une nouvelle sensibilité esthétique, adaptée à l’entrée des masses sur la scène sociale et politique. Ce même désir d’innovation est également perceptible dans ce que Herbert Molderings propose d’appeler "L’Ecole de Paris", qui regroupait dans la capitale des photographes de tous styles et de toutes origines, et qui, parce qu’ils n’étaient d’aucune école, purent montrer Paris depuis des perspectives inconnues. Brassaï fut l’un d’eux, et son Paris nocturne, très scénique parce que ses temps de pose étaient longs, était sans précédent.

Le surréalisme, lui, a entretenu avec la photographie une relation très paradoxale. Comme en témoigne l’absence de théorie surréaliste de la photographie, celle-ci n’était pas, à première vue, le moyen le plus adapté à l’expression plastique de l’image telle que la concevaient Breton, Soupault ou Aragon. C’est ce que montre en particulier le dernier article, qui donne son titre au livre. Selon Breton, l’image plastique, pour être surréaliste, devait naître du "rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées", de l’incongruité de la relation entre deux objets. La photographie, pensée depuis le XIXè siècle comme instrument d’enregistrement scientifique livrant à l’observateur la trace objective de la nature, semblait donc par nature incapable d’offrir ses services au nouveau courant esthétique : elle livrait le monde tel qu’il était, pas un monde merveilleux. De plus, Breton comparait l’écriture automatique à une "véritable photographie de la pensée", et demandait que l’œuvre surréaliste soit le décalque d’un modèle purement intérieur. Mais comment ne pas voir les limites de cette métaphore, dès l’instant que la photographie ne pouvait capter que le monde extérieur ? Pourtant, en dépit de cette impasse théorique, les surréalistes surent mettre à profit les possibilités chimiques et optiques de la photographie pour exprimer un monde intérieur et subjectif, et faire croire de surcroît à sa réalité en exploitant l’objectivité inhérente au medium. Man Ray, par exemple, utilisa les procédés de solarisation pour donner à voir des corps tout à la fois fermes et aussi mous que les montres de Dali. De même avec la fictionnalisation de l’objet photographique : ce procédé consistait, par une légende sans rapport avec l’image, à détacher cette dernière de son rapport avec son référent objectif. Des coïncidences poétiques inattendues entre les mots et les images voyaient ainsi le jour. La photographie pouvait alors dépasser la réalité et donner naissance à des images surréalistes. L’étonnement que suscitaient ces dernières était le signe que la photographie avait enfin conquis cette puissance d’interrogation propre aux grands arts.

 

Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.

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