Environnement

Regards sur la Terre 2008

Couverture ouvrage

Pierre Jacquet (dir.) Laurence Tubiana (dir.)
Presses de Sciences Po , 286 pages

Le changement climatique n'est-il que négatif ?
[lundi 19 novembre 2007]


Un livre qui rassemble une mine d'informations sur la gouvernance de la biodiversité, mais qui souffre d'une vision par essence négative du changement climatique.

Cet ouvrage dense et compact présente les enjeux actuels que la relation complexe entre biodiversité et développement fait apparaître. Il est organisé en trois grandes parties juxtaposées. La première est une sorte de chronique de ce qui, durant l’année 2007, a concerné le développement durable : conférences, événements, rencontres, discours politiques. Cette partie est introduite par un réflexion générale très synthétique. Ses deux auteurs, qui sont  les directeurs du volume, examinent dans un style clair et convaincant l’impact des prix actuels du pétrole, présentent l’état actuel de la réflexion économique sur la prise en compte des coûts et des bénéfices environnementaux et concluent de façon optimiste sur le rôle grandissant que les pays émergeants peuvent avoir sur la gouvernance du développement durable.

La seconde partie de l’ouvrage est composée de 9 gros articles (appelés chapitres) qui traitent chacun d’une problématique précise. Les trois premiers concernent l’aspect théorique de la définition de la biodiversité, ses relations avec les écosystèmes, la nature en général et avec les politiques de préservation. Un aspect particulièrement bien étudié est celui du débat entre ceux qui voient dans les politiques de développement durable un cheval de Troie néo-colonial et ceux qui, au contraire y voient l’occasion pour les acteurs locaux des pays du Sud de définir eux mêmes leurs règles, leur objectifs et leurs méthodes de développement durable. Le second groupe d’articles aborde la gouvernance de façon générale, ou à l’occasion d’études plus ponctuelles, sur le Brésil ou la politique forestière de la Chine. Le troisième ensemble décrit trois procédures innovantes, qui sont autant d’exemple réussis de nouvelles formes de gouvernance.  L’une est agronomique et permet de cultiver autrement, sans labours, sans engrais et en réduisant l’érosion du sol, l’autre porte sur les modes de la certification des bois produits dans des forêts durables et le troisième  explique comment commencent à fonctionner  les PES (paiements de services environnementaux).

La troisième partie de l’ouvrage  est composée de  23 fiches, sur double page, qui sont autant d’exposés synthétiques sur des questions cruciales : qui manque d’eau ? quels conflits d’usages en forêts tropicales ? qui finance la biodiversité ? Ces fiches sont illustrées de cartes souvent remarquables par leur  précision et leur conception graphique. L’ouvrage dans son ensemble est complété par des interviews, des encadrés et des cartes sur les pays mégadivers, sur les hotspots et les régions sauvages de la biodiversité. Il comporte un glossaire et une liste des sigles.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que ce livre soit excellent et en un sens il l’est, mais à condition que le lecteur décrypte un parti pris initial : le changement climatique est mauvais. Toutes les espèces invasives sont indésirables. Toute augmentation de chaleur est nocive. L’érosion du littoral est mise sur le même plan que la destruction des mangroves  . Il y a là un peu de catastrophisme ! Il est pourtant heureux que l’érosion fasse reculer le littoral et crée les falaises d’Etretat. Il n’est pas possible d’avoir un littoral fourni en sédiment (plages, vasières) si le sédiment ne vient pas de quelque part, c’est à dire d’un lieu qui subit une érosion !  La fiche 22 qui s’appelle "Climat, ça change déjà" propose 6 cartes qui localisent des "phénomènes climatiques remarquables en 2006" et qui les interprètent comme les effets du changement climatique (Les cartes mentionnent en fait des phénomènes de 2007). Il est cependant loin d’être acquis que des élévations extrêmes du niveau de la mer qui ont frappé l’Indonésie en 2007 soient liées à un changement climatique, ni que canicules, sécheresses ou pluies intenses soient forcément plus fréquentes ou plus violentes avec le changement climatique. Ce qui est certain est que la chaleur moyenne augmente et que le niveau marin monte. Il est certain aussi  que l’inertie du système fait que cela ne s’arrêtera pas demain… quelques soient les mesures prises aujourd’hui. Mais rien ne dit encore avec certitude comment cette énergie nouvelle sera dissipée. Il se peut (il est extrêmement probable) qu’il y ait plus de mouvement dans l’atmosphère mais aucun modèle ne sait encore dire si cela se fera par une augmentation des vitesses moyennes ou par une intensification d’événements extrêmes qui pourraient être soit plus violents soit plus fréquents. Les études actuelles à ce sujet ne permettent pas encore de conclure. Certaines démontrent qu’avec une accélération du cycle de l’eau et l’augmentation des précipitations les extrêmes ont tendance à être lissés  en région tempérés… Bref le débat est largement ouvert.

Ce point n’est pas anodin. Il soulève un enjeu réel de développement durable : le changement climatique peut aussi apporter des bénéfices ! Dans tous les milieux tempérés océaniques une diminution des jours de gel et une augmentations des pluies d’été pourrait être une bénédiction pour les agricultures super intensives de ces régions. Or les scenarii qui prévoient cela ne sont pas, actuellement, plus improbables que ceux qui  décrivent la péjoration du climat en milieu tropical et ses effets négatifs sur l’agriculture.  Il est envisageable que l’amélioration climatique vers 45 ou 50° Nord en Europe et aux Etats-Unis permette un développement agricole qui compensera, d’un point de vue purement comptable, les baisses de rendements d’une agriculture déjà pauvre au Sud.

Le problème est identique pour les migrations de faune. Plus de chaleur c’est sûrement plus de moustiques mais c’est aussi un élargissement vers le nord de l’aire de nombreux poissons et mollusques. Aucun pêcheur ne se plaindra du fait que les poulpes commencent à être localement abondants en Manche. Vu la surface de plate-forme continentale située entre 47° et 55° Nord en Europe, il est tout à fait intéressant qu’elle soit colonisée par des espèces méridionales qui s’étaient développées sur des habitats spatialement réduits, faute de plate-forme continentale vaste. La encore il existe des modèles qui ne sont pas moins improbables que ceux qui prédisent la disparition des espèces en Europe. Il est  étonnant de définir une espèce exotique qui sort de son aire de répartition comme menaçante pour l’environnement. Il est vrai que les poulpes espagnols viennent manger dans les trophotopes des mollusques français. Mais en quoi une migration de faune est elle une menace?


Ce livre est donc une mine de renseignements au sujet de la gouvernance de la biodiversité. C’est aussi une synthèse excellente des effets négatifs du changement climatique. Il en oublie cependant les effets positifs. C’est dommage parce que ceux qui refusent de réduire leurs émissions ont aussi des arguments écologiquement solides ! Il est donc important de donner une base politique claire à la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre. Mais cela ne peut pas être une base "écologique" puisque, globalement le terme durable n’au aucune espèce de pertinence pour le climat. Ce doit être une base sociale : le changement climatique fait gagner les uns et perdre les autres. Heureusement ce livre donne aussi  beaucoup d’exemples sur les inégalités sociales face aux changement climatique. Il est donc souhaitable que beaucoup de gens le lisent.
Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr