<p>Portrait de la femme la plus puissante de la plan&egrave;te.</p>

La femme la plus puissante de la planète en 2009 d’après Forbes. À la tête de l’une des premières économies du monde au moment où se déclenche la crise financière, après une ascension fulgurante au sein de son parti et du pouvoir politique. Mais témoignant au quotidien d’un sang-froid à toute épreuve et d’une modestie désarmante : le reportage mené auprès d’Angela Merkel par Margaret Heckel, journaliste du quotidien conservateur Die Welt, n’est pas loin d’une profession de foi chrétienne-démocrate ou d’un discours hagiographique qui tombe à point nommé à l’approche des élections au Bundestag fin septembre. Il apporte néanmoins un éclairage instructif sur les réflexes politiques outre-Rhin et sur la perception que la droite allemande a d’elle-même vingt ans après la chute du Mur de Berlin.

Margaret Heckel a accompagné la chancelière de septembre 2008 à avril 2009 dans son travail à Berlin et lors de ses déplacements. Elle en retire un portrait où l’admiration transparaît sans détour : la réserve et le calme d’Angela Merkel sont présentés comme des atouts au service d’une intelligence politique de long terme, tandis que son pragmatisme est expliqué, un peu rapidement, par un souci d’efficacité hérité de sa formation de physicienne.


Un portrait inabouti

On peut regretter que cette analyse de sa personnalité ne soit pas plus approfondie au regard des éléments biographiques, et que les comparaisons se limitent le plus souvent à une critique du style belliqueux de ses rivaux ou du comportement impulsif de son prédécesseur Gerhard Schröder. D’autant que l’image d’une femme livrée à une arène de lions politiques, laissant passer les critiques et s’efforçant de tirer profit de l’alliance avec le SPD pour faire évoluer la frange réactionnaire de la CDU-CSU, paraît au fond peu conciliable avec l’âpre réalité des luttes de pouvoir au sein de son parti et de la Grande Coalition, suggérée par plusieurs allusions ("La chancelière ne serre les poings que lorsque les autres ne regardent pas. Mais, le plus souvent, la vengeance qui suit en est d’autant plus raffinée."). Peu compatible aussi avec le rapport de force latent qui la lie aux parlementaires et aux autorités des Länder, vexés d’être trop peu consultés sous prétexte de circonstances exceptionnelles.

Enfin, Margaret Heckel perd parfois de vue la chancellerie, à trop vouloir démontrer l’ampleur du danger pour valoriser le courage de celle qui s’y oppose, et s’attarde sur le déroulé de la crise financière et son impact en Allemagne jusqu’à paraître oublier l’objet même de son livre.

 

 

Une bonne introduction à la vie politique allemande

On cherchera en vain dans cet ouvrage des révélations sensationnelles sur de mythiques arcanes du pouvoir. Car si elle promet un regard derrière les coulisses, l’auteur fait en réalité l’éloge de la transparence et de l’absence de théâtralité, et soutient que la chancelière ne se soumet qu’à contre-cœur au jeu de la communication politique. Mais on y trouvera une description détaillée des mécanismes de prise de décision d’urgence et des enjeux de pouvoir sur la scène politique et économique allemande, aussi bien face aux événements géopolitiques d’envergure comme la crise en Géorgie que face aux difficultés du secteur bancaire et industriel, dans le cas de Hypo Real Estate ou d’Opel. Le contexte de négociation interne est toujours exposé avec précision, même si l’auteur se garde par exemple de mentionner la polémique sur la proximité d’Angela Merkel avec les milieux économiques, notamment avec Josef Ackermann, président de la Deutsche Bank, entretenue par ses détracteurs à l’approche du scrutin.

Les réflexions touchant la relation avec la France, présidente en exercice de l’Union Européenne, et l’image de la chancelière dans la presse étrangère, peuvent également intéresser le lecteur français. L’ouvrage consititue dans l’ensemble une présentation dynamique des rouages de la vie politique du pays, des évolutions idéologiques de la droite conservatrice et des questions en suspens sur le rôle de l’Allemagne dans le monde. Mais pour y accéder, il faut mettre de côté le message insistant adressé aux électeurs du 27 septembre, lui-même révélateur des attentes réelles ou supposées de l’opinion publique : la chancelière est une Allemande comme les autres, une femme simple et volontaire qui aime les randonnées dans le Tyrol et la soupe de lentilles#nf#