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Pourquoi les Français veulent interdire la burqa ? Entretien avec John Bowen
[mardi 28 juillet 2009]



John Bowen est anthropologue, professeur à l’université Washington de Saint Louis, aux États-Unis. Il est spécialiste de l’Islam et ses récents travaux ont porté en particulier sur les musulmans de France. Tombé en plein débat sur le voile, il a déplacé un temps sa problématique pour s’intéresser à la perception de l’Islam par les Français : son livre Why the French Don’t like Headscarves, paru en 2007, interroge les ressorts de la mobilisations des valeurs républicaines et laïques contre la menace que représenterait le foulard.

Alors que la "mission d’information parlementaire" sur le voile intégral a commencé ses auditions, et les poursuivra jusqu’en décembre 2009, John Bowen propose d’interroger le sens de cette nouvelle préoccupation du politique. S’agit-il de légiférer davantage sur l’espace public ? ou bien de s’ingérer jusque dans la sphère privée ?


nonfiction.fr : Comment expliquez-vous la résurgence actuelle de la question de la burqa ?

John Bowen : Il est difficile d’expliquer pourquoi cette question ressurgit maintenant, car ce n’est pas lié à un événement particulier. Dans mon livre sur le foulard (2007) j’ai cherché des liens entre les résurgences des déclarations sur le foulard et les événements qui se passaient dans le monde musulman, en Algérie ou en Afghanistan par exemple. Avec la burqa, c’est plutôt une longue histoire. On voit depuis quelques années en Italie du Nord, en Belgique, aux Pays-Bas, des tentatives des pouvoirs locaux pour interdire la burqa. Ces mouvements européens contre l’Islam rencontrent un fort écho en France, et pas seulement dans les milieux d’extrême-droite, car les Français sont imprégnés de l’idée qu’on ne doit pas tolérer ce qui divise, or la burqa divise un individu. Le débat traverse le continuum politique droite-gauche, en se focalisant sur l’idée des valeurs communes : même si on fait appel aux questions techniques des contrôles d’identité par exemple, c’est plutôt le fait d’avoir des cloisonnements, des communautés qui gêne.


nonfiction.fr : Pourquoi ce déplacement de l’école à la rue ?

John Bowen : Pendant les débats en 2002-2003 quelques voix disaient que si le voile était symbole d’oppression de la femme, alors il fallait l’abolir de l’espace public, que ce soit à l’école ou dans la rue. Ces propositions, très cohérentes dans leur raisonnement, n’ont pas été suivies car à ce moment la loi sur le voile devait répondre à un ensemble de problèmes propres à l’école, et qui préoccupaient les enseignants comme les directeurs d’établissements : la contestation des cours d’histoire sur la Shoah par exemple, ou l’adaptation des rythmes scolaires aux obligations religieuses. Dans ce contexte, l’affaire du voile a fourni une opportunité pour légiférer, et donner l’impression de résoudre par la loi des problèmes face auxquels les acteurs se trouvaient démunis. Cette manie française de faire des lois, on la retrouve encore récemment avec la loi sur les bandes et sur le port des cagoules…


nonfiction.fr : C’est une coïncidence amusante, ce parallèle entre la cagoule et la burqa !

John Bowen : Oui, ce n’était pas forcément intentionnel mais les deux participent d’une même question : comment on légifère sur l’espace public ? De manière générale, la France a une conception positive de l’espace public, comme le lieu des valeurs communes et du vivre ensemble, d’où tout signe porteur de division doit être évacué ; c’est le sens de la laïcité à la française. Cependant les limites de cet espace restent floues. Dans le concret, l’espace public c’est quoi : la rue ? l’école ? la mairie ?

Revenons sur le cas de la femme à qui on a refusé la nationalité française parce qu’elle portait la burqa – le raisonnement du gouvernement  ce n’était pas de dire que les conditions n’étaient pas remplies pour l’obtention de la nationalité, mais de dire que, du fait qu’elle était ainsi vêtue, qu’elle restait chez elle, elle présentait un défaut d’assimilation. Voilà le point intéressant : le problème ne vient pas d’un trouble à l’ordre public, mais du fait de rester dans la sphère privée. C’est là que se trouve le changement : maintenant on va jusque dans la chambre, on l’a vu encore dans le débat sur l’annulation du mariage pour cause de non-virginité de l’épouse, une annulation qui n’était ni contestée par la femme, ni par les juges, mais par les voix politiques qui ont estimé que ces distinctions n’avaient pas lieu d’être dans la sphère privée. Dans l’affaire de la burqa, on considère que la vie privée peut être source de défauts dans la sphère publique – défaut de laïcité, d’assimilation etc. Ce qui m’intéresse beaucoup c’est l’évolution de la notion d’ordre public ; il y a d’une part l’espace public en ce qu’il s’oppose à l’espace intime, familial, et d’autre part il y a l’ordre public, cette idée très durkheimienne d’un ordre social, moral, qui peut être bafoué même en privé. Et c’est cette idée d’un ordre moral qui pourrait nous amener à une interprétation en faveur de l’interdiction de la burqa ; mais dans notre période post-Vichy on a du mal à parler d’ordre moral.


nonfiction.fr : Donc vous voulez dire qu’on sort du politique si on s’intéresse à la sphère privée ?

John Bowen : Je vois là une atteinte potentielle à la vie privée des gens, à la liberté dans la sphère privée. Avec la burqa, la question du communautarisme est maintenant portée sur le corps de la femme. Ce déplacement, qui paraît récent, s’inscrit pourtant dans le temps long, car la tension entre libertés individuelles et valeurs communes est une constante depuis la révolution française : il ne faut pas oublier qu’après 1789 il y a eu 1792. La France demeure traversée par cette tension entre l’État - expression de la volonté générale, et la liberté de l’individu. Cette tension qui apparaît clairement dans la pensée de Rousseau…


nonfiction.fr : Vous montrez d’ailleurs dans votre livre sur le foulard que la pensée rousseauiste imprègne fortement la mentalité française : est-ce que vous pensez que les petits Français devraient lire plus de philosophes anglo-saxons à l’école ?

John Bowen : C’est une question qui porte sur la pédagogie à l’école… depuis des années des efforts sont faits pour introduire la pensée des libéraux en France . Cependant, on peut trouver une défense de la liberté individuelle chez Rousseau, sans avoir recours à d’autres systèmes philosophiques qui seraient moins ancrés dans la pédagogie, l’histoire de la France.

D’autre part, ces questions ne posent pas seulement, de manière générale, le problème des libertés publiques, mais de manière plus particulière le problème de l’Islam en France. C’est ce que je cherche à montrer dans mon nouveau livre Can Islam Be French (L’Islam peut-il être français, à paraître, Princeton University Press). Il reste encore à inventer des formes de dialogue, à trouver des interlocuteurs privilégiés qui puissent, en quelque sorte, normaliser la présence de l’Islam en France.

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8 commentaires

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karg

31/07/09 19:40
La nation française n'est pas raciste, mais elle est exigeante, et plutôt suspicieuse voir carrément hostile par rapport à la religion. L'islam radical est vu comme agression contre la république et les valeurs de la révolution. Les français, peuple peu croyant, refusent de voir des croyants qui s'exhibent ou des étrangers gardant un mode de vie que les français ont rejetés, non sans effort, il y a moins de deux siècles.

Plus grave, la burqua et la niqab sont des atteintes a l'essence de la femme. Non pas qu'elles doivent forcément être des "prostituées" exhibant leurs corps, ces voiles intégraux ont pour fonction de filtrer la féminité, et donc réduire l'influence de la femme sur la société. Des visages sans expressions, des voix filtrées, c'est le pouvoir et l'essence de la femme qui est effacé de l'espace publique.

C'est la féminité qui permet à la femme de compenser leur manque de force physique. Toute les sociétés patriarcales prennent soient de briser les femmes: d'abord en s'attaquant à leur égo dans leur enfance (éducation spécifique des petites filles), puis par divers artifice, notamment des accoutrements ou mutilations handicapants (pieds bandées chinois par exemple), et parfois même pas l'excision qui permet d'affaiblir la sexualité de la femme, et d'en faire qu'une matrice de reproduction. La mise en place de cette démarche de ségrégation sexuelle dans les sociétés occidentales est vécus comme une agression contre les valeurs d'égalités des sexes et de liberté individuelles.

Il ne faut pas se tromper quand on parle de consentement a porter ses accoutrements, dans une situation de voile d'ignorance, personne ne les accepteraient. Ils sont donc injustes, et leur acceptation n'est que le résultat d'un conditionnement et d'une pression mental que subissent ces femmes, souvent en douceur, parfois pas la force (le Coran l'autorise).
Je crains que M Bown confonde liberté de l'individu et liberté d'une communauté a imposer ces vues a ces membres.
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Anonyme

01/08/09 09:28
Pour penser la question du voile intégral il faut justement la distinguer de celle du foulard, ce que ne fait pas et/ou se refuse à faire Monsieur Bowen qui a tendance à confondre leur signification. Or cette distinction explique le fait que le premier, dans l'espace public, pose problème et fasse débat, au contraire du second (sauf à l'école publique qui est une institution de l'état destinée à former les futurs citoyens égaux de la république laïque).

Le voile intégral en effet nie un principe libéral: celui de la responsabilité vis-à-vis de tout acte ou activité libre dans l'espace public. Quiconque évolue dans cet espace doit pouvoir être reconnu ou reconnaissable pour être civilement responsable de ces actes; cela vaut pour le voile intégral comme pour la cagoule.

Un vêtement ne peut donc être admissible dans l'espace public, comme espace de responsabilité indissociable de celui de la liberté civique, que si le visage de celui qui le porte peut être identifié.

Là où je conteste l'interprétation de Monsieur Bowen concerne la question de la liberté, dès lors qu'il semble confondre la liberté privée de celle qui est, de fait et en droit, publique...Celle-ci est nécessairement règlementée ce qui exige de s'assurer de l'identité de la personne, comme cette identification, aux USA aussi, implique de devoir afficher la plaque minéralogique sur tout véhicule automobile utilisé sur la voie publique!

Je m'étonne que cela ne soit pas compris dans un pays qui multiplie les caméras de surveillance dans l'espace public.
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Sylvain Reboul

01/08/09 09:32
Je signe mon intervention sur la nécessaire distinction entre la liberté privée et la liberté civile de mon vrai nom: Sylvain Reboul. Avec mes excuses pour cet oubli paradoxal...
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karg

01/08/09 09:58
Tous a fait d'accord avec vous M Reboul, défendre la burqa avec comme argument le libéralisme anglo-saxon, c'est comme défendre la pédophilie au nom des principes libertaires.
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thierry bruno

13/08/09 11:49
Sylvain Reboul a succinctement et correctement posé le problème, sans s'égarer dans les considérations fumeuses de M. Bowen encouragé par le journaliste (port de la cagoule. De plus, M. Bowen semble croire que l'Etat se déplace jusque dans l'intimité des personnes ce qui est pour le moins mensonger. Si une femme veut revêtir la burqa chez elle, libre à elle. Mais dans l'espace public, c'est-à-dire à partir du moment où elle met un pied dans la rue ou dans un lieu recevant du public, la burqa doit être prohibée selon le principe rappelé par M. Reboul. Si ce principe républicain pose problème à certains musulmans, qu'ils changent de pays : ce n'est pas à la République Française de se renier.
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lepetitcandide

19/08/09 22:17
"Le voile intégral en effet nie un principe libéral: celui de la responsabilité vis-à-vis de tout acte ou activité libre dans l'espace public. Quiconque évolue dans cet espace doit pouvoir être reconnu ou reconnaissable pour être civilement responsable de ces actes; cela vaut pour le voile intégral comme pour la cagoule."

M.Reboul, je ne suis pas sur que vous ayez totalement raison, car effectivement le voile intégral semble s'opposer avec le principe libéral que vous rappelez. Cependant, dans le fond se sont bien deux principes de droit qui entrent en conflit, celui de la responsabilité vis-à-vis de tout acte ou activité libre dans l'espace public; puis l'autre qui relève des libertés individuelles (ex : le choix de porter tel ou tel vêtement).

Il ne faut pas se tromper de débat, bien que le problème que vous soulignez est juste. Il me semble bien que derrière cette histoire, la classe politique cherche à réagir face à la montée d'un islam extrémiste. c'est une affaire délicate, notre République est laïque, et le combat n'est pas gagné d'avance, en voulant repousser les extrémistes, on peut faire des victimes de guerre. Les musulmans modérés et respectueux de la République qui porteraient la burqa, porter la burqa ne peut-il être que le signe de l'oppression??! le débat reste ouvert...

Je suis assez étonné de voir nos hommes politiques réagir maintenant,
je ne sais pas trop, mais je ne suis pas sur que le phénomène de la burqa date d'aujourd'hui. Bien sur ce n'est pas une raison, il faut agir si ce vêtement représente véritablement un danger (ce qui est fort probable). Mais de quelle manière, faut-il agir? Allons nous au nom de la République mettre en place une espèce de police (de moeurs) qui verbaliseraient les personnes portant la burqa. Cela va-t-il vraiment être efficace, j'ai des gros doutes. A mon avis, voter une nouvelle loi interdisant le port de ce vêtement (même au nom de l'ordre public) ne va faire qu'envenimer la situation, et contredire notre idéal de laïcité.

Je pense simplement que le gouvernement dois rappeler quels sont les principes de la République, et montrer en quoi la burqa est problématique.

Mais si le législateur devait être amené à voter une loi, se serait pour mettre en place un vrai dispositif qui permettrait de prendre en charge les femmes, victimes de cette pratique, qui demanderaient à ne plus vouloir subir cette oppression.

Ainsi cela permettrait de faire respecter les libertés individuelles de tous nos concitoyen(ne)s. Pour celles qui ne sentiraient pas victimes, et qui seraient mêlées dans des affaires liées aux troubles de l'ordre public, la police et la justice n'auraient plus qu'à faire leurs métiers.
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pat83

11/04/11 14:15
Même si je pense qu'il s'agit d'un problème mineur de société, je suis contre le port de le burqa en France, tout en précisant que je ne suis pas contre la présence de musulmans sur le territoire. Mais l'islam modérée uniquement, en effet les femmes de ce pays se sont battues et se battent pour leurs droits. Notre pays a été construit sur des bases religieuses puis avec l'évolution des moeurs vers un système laïque. Je trouve intolérable que certaines personnes veuillent imposer leurs codes religieux à nous qui nous sommes émancipés de la religion en général.

Pour faire une comparaison approximative, je trouverais insensé d'entrer dans une mosquée tout en refusant de me plier aux règles qui la régisse. Si je veux y entrer, je me soumet sans problème à ses contraintes sinon je passe mon chemin. Japparente cela à un manque de respect du pays et de ses habitants.

Alors, puisque les règles de notre pays ne leur convient pas, je leur conseille de passer leurs chemins et de partir vivre dans un pays où ces pratiques font parties des traditions (Afghanistan, Iran, bref tous les pays où la religion musulmane radicale est admise et pratiquée).

Bien sûr certains partisans de cette religion feront un amalgame entre musulman et arabe pour mieux me qualifier de raciste. De toute façon, dès que nous remettons en cause leurs attitudes, cet argument infondé est inexorablement le même !
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waint12

19/08/11 09:23
Que Bowen retourne d'où il vient et qu'il ne cherche surtout pas à faire connaitre et faire appliquer ses idée ici. C'est une tête de pont d'un lobbying américains qui cherchent à affaiblir culturellement l'Europe en lui mettant l'Islam dans les pattes. Je suis sûr qu'il est pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe.
Donc passe ton chemin J.B et occupe toi d'autre chose.

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